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[réponse] par Révérend Père Louis-Marie de Blignières (2009-11-27 18:40:30) Imprimer

Gérard Leclerc a longuement repris dans France Catholique son analyse au sujet du cardinal BILLOT, pour en essayer une critique nuancée; inévitablement, il fait écho aux reproches des théologiens jésuites, que ce thomisme du P. GARRIGOU- LAGRANGE et du card. BILLOT se développait sans s'appuyer et se ressourcer dans l'Ecriture et les Pères de l'Eglise. Finalement, que cette théologie fabriquait des esprits étroits, qui traitaient de modernistes dangereux tous les esprits un peu innovants.
Dans son blog, il s'attire la réplique de l'anglais John LAMONT:
--->Vous écrivez :

‘Il arrive ainsi que les théologiens qui sortent des ornières d’un pseudo thomisme se montrent plus orthodoxes que les maîtres qu’ils critiquent. … L’affaire de la nouvelle théologie correspond pour une bonne part à une projection imaginaire où l’on croit percevoir un complot, en fait tout à fait mythique, une menace pour la foi.’ La manque d’orthodoxie dans la ‘nouvelle théologie’ est un fait, même avant le concile et les excès tardifs de Congar et Chenu : voir mon ‘Determining the content and degree of authority of Church teachings’, The Thomist, July 2008. --->De toutes les critiques de la néo-scolastique du genre Billot/Garrigou-Lagrange, peut on nommer un seul qui montre la fausseté des idées de ces auteurs ? Ces critiques se bornent à répéter des termes abusives – ‘scolastique poussiéreuse’, etc. – sans jamais éprouver le besoin d’offrir une analyse intellectuelle sérieuse. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a rien à critiquer chez ces auteurs et cette école – j’offre moi-même des critiques dans les références que je cite – mais les critiques qu’ont servi pour les abolir comme penseurs dans les milieux catholiques ne sont que la propagande. John Lamont


Pour les liseurs comme votre serviteur, qui peinent à distinguer entre St Thomas, Suarez et Cajetan, et qui se déclarent thomistes par prudence plutôt que par conviction raisonnée, éclairez-nous un peu, svp.


Réponse. Je suis assez d’accord avec ce John Lamont. Je me sépare moi-même de Garrigou sur quelques points en métaphysique, mais d’abord je lui rends hommage pour l’ensemble de son œuvre si formatrice, par exemple pour son Sens commun et la philosophie de l’être, dont Fabrice Hadjadj dit qu’il fut pour lui un « éblouissement métaphysique » ! Quelles que soient les limites des thomistes classiques, il faut reconnaître qu’ils sont l’objet depuis 60 ans d’un procès injuste et pénible (la dérision en est rarement absente). Souvent les auteurs (qu’ils se réclament de la Nouvelle Théologie, de Radical Orthodoxy ou d’un certain « thomisme historique ») se recopient l’un l’autre sans aller lire les textes. On a beau leur mettre sous les yeux des textes explicites qui vont à l’encontre, par exemple, de leurs imputations contre Cajetan, ils n’en tiennent pas compte : je pense aux remarquables articles du Père Elders (peut-être le plus érudit et compétent des philosophes et théologiens thomistes vivants), dont nous avons publiés certains.
Lubac et les jésuites de Fourvières, mais aussi le grand historien Gilson, ont une responsabilité dans cette façon de voir. On a bien réussi à « démolir la scolastique » (un jésuite qui avait vécu cela le reconnaissait comme une intention), mais qu’a-t-on édifié à place ? Ce qui en est résulté (malgré les avertissements de Pie XII dans Humani generis), c’est (sous prétexte de revenir aux Pères de l’Eglise, mais « il fallait faire ceci et ne pas omettre cela ») un discrédit pour la théologie spéculative, dont les conséquences catastrophiques se font largement sentir aujourd’hui. Il suffit de voir la formation donnée dans beaucoup de Cathos et de séminaires en Occident. Les étudiants ont des connaissances ponctuelles, parfois très poussées, sur l’Ecriture et le Pères, mais aucune véritable forma mentis théologique. Il faudra revenir à la métaphysique et au sens des « arêtes vives du dogme », qui suppose l’intérêt pour le contenu intelligible de la foi. Alors que nous vivons en principe un « renouveau de l’ecclésiologie », qui connait par exemple l’admirable synthèse de Journet sur l’Eglise ?
Sur ce point, je vous conseille les recensions données par l’Abbé Lucien dans les numéros 59 et 107 de Sedes sapientiæ, et aussi Florent Gaboriau, Trente ans de théologie française, dérive et genèse (Lausanne, Suisse, Ed. L’Age d’homme, 2003, 252 pages).
Une certaine réaction retrouvant la richesse du thomisme classique, notamment « les trois G » (Gardeil, Garrigou et Guérard), s’amorce, en particulier dans les pays anglo-saxons.
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     images/icones/fleche2.gif [réponse] par Révérend Père Louis-Marie de Blignières (2009-11-27 18:40:30)



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