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[réponse] par Gabriel Dubois (2009-01-20 18:23:11) Imprimer

La France de Louis XIII à Louis XVI a ceci de paradoxale que c’est un royaume en plein essor, atteignant une sorte d’apogée, de sommets inégalés dans les arts, les armes, les lois et les lettres, et en même temps, c’est un royaume rongé par des maux qui expliquent en grande partie la Révolution.

Au niveau du monde des idées, les Lumières, double héritière du « libre examen » de la Réforme et du « contractualisme » anglais, sont les principales causes de l’esprit de la Révolution.
Mais on a trop souvent laissé de côté l’influence du jansénisme français, qui, par ses ramifications politiques, est en grande partie responsable de la crise parlementaire qui secouera le règne de Louis XV, puis de Louis XVI, rendant le terrain plus favorable à la Révolution. De même, durant la révolution, des jansénistes, comme l’abbé Grégoire, auront un rôle non négligeable, et le « conciliarisme » développé par les jansénistes aura une traduction politique néfaste à la royauté, on s’en doute.
A ce titre, on peut toujours reprocher à Louis XIV de ne pas avoir géré au mieux la crise janséniste, qui débuta sous Louis XIII mais pris toute sa force sous son fils. La critique est, à la vérité, un peu facile. Louis XIV ne pouvait pas imaginer, personne n’aurait pu imaginer, que les querelles sur la grâce, d’ordre avant tout religieux, auraient des conséquences politiques aussi profondes. Sur les origines jansénistes de la Révolution, je vous invite à consulter, aux éditions du Seuil, l’ouvrage de l’historien américain Dale Van Kley : Les origines religieuses de la Révolution française. Ainsi que l’ouvrage de Catherine Maire, publié chez Gallimard, De la Cause de Dieu à la cause de la Nation, le jansénisme au XVIIIe siècle.

Dans l’ordre plus politique, on peut reprocher à Louis XIII et Louis XIV d’avoir désorganisé le vieil équilibre féodal en brisant l’indépendance de la noblesse, en faisant de la haute noblesse une équipe de courtisans coupée de la petite noblesse, toujours terrienne et souvent ruinée, mais là encore, la critique est facile, et ils ne pouvaient envisager la portée de tels actes sur plus de cent ans. On a également beaucoup glosé sur la mise en veille du droit à la remontrance parlementaire, en 1679, et de son rétablissement, peut-être maladroit, par le régent, Philippe d’Orléans, dès 1715, mais là encore, il s’agissait de combinaisons politiques dont personne ne pouvait imaginer les conséquences.

La liste serait encore longue, des causes de la révolution, plusieurs volumes ne suffiraient pas.

Donc, oui, il y a une sorte de montée vers la Révolution, dès Louis XIII. L’œil le plus aiguisé pourrait sans doute sentir les premiers frémissements dès la Réforme protestante, dans le domaine des idées philosophiques. Mais, la critique des souverains, après coups, comme l’ont fait certains historiens, est toujours un peu facile.

Il est en revanche fascinant d’étudier les causes profondes de la révolution en remontant les pistes aussi haut que cela est possible.

Pour conclure, le regard que l’on peut porter sur la France de Louis XIII à Louis XVI est fondamentalement double. On ne peut que regarder avec admiration cette sorte de sommet du raffinement et de la force française, éclore, tout en voyant monter avec une sorte de fatalité, l’orage de la Révolution.
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