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"Débâcle de l'Arctique" : qu'en pensez-vous? par Jean Kinzler (2008-12-19 17:36:34) Imprimer

La débâcle de l'Arctique semble engagée
LE MONDE | 19.12.08 | 15h09 • Mis à jour le 19.12.08 | 15h09
SAN FRANCISCO ENVOYÉ SPÉCIAL

Les hautes latitudes de l'hémisphère Nord se réchauffent et se transforment, à marche forcée. Les dernières observations de l'Arctique, rendues publiques à San Francisco (Californie) au congrès d'automne de l'American Geophysical Union (AGU), suggèrent que les effets de ce que les scientifiques nomment l'"amplification arctique" sont désormais tangibles. Propre aux régions polaires, cette "amplification" du réchauffement est caractérisée par l'enclenchement d'un cercle vicieux - une cascade d'événements favorisant la fonte de la banquise, et déclenchés par elle.

Le signe le plus évident du changement rapide en cours est la diminution de la surface de la banquise. Celle-ci se rétracte de manière saisonnière, tous les étés, avant de s'étendre à nouveau au cours de l'hiver. Mais en septembre 2007, puis en septembre 2008, la glace de mer arctique a connu deux minimums jamais atteints depuis que le début des observations. "En septembre 2007, elle a été de 26 % inférieure à celle de l'année précédente, explique Julienne Stroeve (National Snow and Ice Data Center). Et 2008 a été presque aussi mauvais."

Cette perte de glace estivale a des répercussions en cascade. En réanalysant les données satellites obtenues entre 1979 et 2007, Mme Stroeve a observé que les températures de la basse atmosphère ont eu tendance à être de plus en plus élevées en automne. Pourquoi ? L'absence de glace expose l'océan, plus sombre, aux rayons du Soleil : la mer absorbe ainsi une énergie qui, auparavant, était réfléchie. "Et en automne, alors que la glace se reforme, une grande part de la chaleur absorbée par l'océan en été est restituée à l'atmosphère, ce qui entrave la formation de nouvelles glaces", précise Mme Stroeve. Ainsi, en 2008, malgré une année plutôt fraîche, les anomalies chaudes en Arctique sont demeurées importantes.

Cette amplification locale du réchauffement ne surprend pas. Elle est prévue par tous les modèles numériques utilisés par le Groupe intergouvernemental d'experts sur l'évolution du climat (GIEC) : pour un réchauffement moyen de 3 °C à la fin du siècle, les modèles prévoient une augmentation des températures de 7 °C dans la zone arctique. "Ce qui arrive était prévu, mais on ne l'attendait pas aussi tôt", résume la chercheuse.

Elément déclencheur de l'amplification arctique, la réduction de la banquise estivale affecte également les terres émergées de la région. Et en particulier le Groenland, dont la réduction des glaces semble être corrélée à celle de la banquise. Dans les régions les plus septentrionales de l'inlandsis, la période de fonte estivale des glaciers, habituellement comprise entre dix et quinze jours, s'est étendue sur près de trente-cinq jours cet été. "Dans une zone située à l'extrême nord du Groenland, c'est quelque chose que nous n'attendions pas", explique Marco Tedesco (City College of New York), coauteur de ces observations par satellite. Des observations appuyées par d'autres résultats, dévoilés par Jason Box (université de l'Ohio), et obtenus par d'autres instruments satellites : selon eux, la perte de glace de l'inlandsis groenlandais a été trois fois plus importante au cours de l'été 2008 qu'au cours de l'été précédent.

Autre conséquence des changements accélérés de la région : la fragilisation du permafrost et la possible déstabilisation des hydrates de méthane (ou clathrates) qui reposent sur le plancher océanique. Or ce sont des réserves considérables de carbone organique - de l'ordre de 1 000 milliards de tonnes pour la zone arctique - dont le dégazage aurait de graves conséquences climatiques.

FORTES CONCENTRATIONS DE MÉTHANE

Ce dégazage est-il en cours ? Une expédition océanographique russo-américano-suédoise a, au cours de l'été, longé la côte russe, depuis la mer de Barents jusqu'aux confins de la mer de Sibérie orientale et de la mer de Chukchi. Plus de 1 000 prélèvements des eaux de surface ont été effectués par les océanographes qui ont noté des concentrations très importantes de méthane, un puissant gaz à effet de serre.

"Parfois jusqu'à 100 à 200 fois les valeurs de fond", souligne Igor Semitelov (International Arctic Research Center, université d'Alaska). Cela suggère que la région joue de moins en moins bien son rôle de séquestration du carbone qu'elle stocke depuis des dizaines de milliers d'années. Mais il n'y a cependant pas de surveillance continue du méthane dans la zone et il est difficile d'évaluer l'importance de ces mesures.

Rendu public au cours du congrès de l'AGU, un rapport américain dressant l'état des connaissances sur les changements climatiques abrupts - dont une cause possible est précisément le dégazage de ces fameux hydrates de méthane - estime pour sa part "très improbable" une telle éventualité au cours du siècle.

Stéphane Foucart
Article paru dans l'édition du 20.12.08
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