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Eloges et critique par bbdg (2011-01-14 21:17:19)
De la part d'un collègue.
Vous êtes parvenus à mettre le "système" devant ses plus cruelles contradictions au point que vous lui êtes devenu insupportable comme de l'acide sur une plaie. Au travers des avanies dont vous êtes victime, on perçoit à quel point la "liberté d'expression" pratiquée dans nos "démocraties" n'est qu'un avatar du relativisme, doctrine englobante qui n'accepte les autres convictions que si elles se reconnaissent comme secondaires, accessoires, insignifiantes au sens premier c'est à dire incapables de faire sens. C'est ainsi que le seul fait d'envisager l'avortement comme possible, de le "dépénaliser", implique, quelles que soient les limites que l'on y mette, que la vie n'a de réalité que dans le regard de l'autre (le fameux projet parental). C'est donc affirmer une certaine conception de la vie, négatrice du Logos, que la possibilité même d'une discussion à son sujet -ultime paradoxe!- suffit à fragiliser. Et c'est donc à un nouveau Logos, mais contre-Logos, qu'aboutit la négation du Logos. Qu'il suffise de reprendre cette affirmation paradoxale, terrifiante et anti-éducative qu'ont assénée en cœur le SNES comme le SNALC : la classe n'est pas un espace de libre expression.
D'où ma question. Pourquoi avez-vous terni la lumineuse démonstration, dont vous êtes en quelque sorte l'incarnation, par la projection d'un film inepte qui n'apporte strictement rien à votre propos ? Vous avez beau jeu de dire que si ce film est choquant c'est que la réalité elle-même est choquante. Mais ce faisant, ne participez-vous pas à la confusion du réel et l'image, de la vérité et de la sensation ? Utiliseriez-vous des images de tortures et d'exécutions capitales dans un débat sur la torture ou la peine de mort - quelle que soit d'ailleurs votre position sur l'une ou l'autre de ces questions ? A quelques détails de montage près, ce sont les mêmes images qui choquent ou qui banalisent !
Sans doute allez-vous me répondre que la projection de ce film ne constituait qu'une toute petite part de l'éventail documentaire offert aux élèves. Il est dommage toutefois que votre fortune médiatique procède de cet embarrassant talon d'Achille et que vous ayez, sur ce point, "servi la soupe" à vos adversaires.

( 9804 )
[réponse] par
Philippe Isnard (2011-01-17 17:35:20)
[en réponse à 9786]
Tout d'abord, je pense que, devant le matraquage dont étaient victimes les élèves dans ce lycée ( regroupés par 5 pour entendre le planning par exemple),il était nécessaire de faire la preuve par l'image.
Je peux vous assurer que j'ai bien expliqué aux élèves que justement, il ne s'agissait pas de fiction. Et, si au moyen Age, on utilisait récits et gravures pour rendre compte de la violence d'une bataille, aujourd'hui nous avons l'image.Projeter " No need to argue" a permis de faire sauter un verrou dans l'esprit des élèves.J'ai projeté ce film pour montrer les différentes procédures d'avortement, et faire surgir la vérité.Loin de banaliser l'avortement, cela a permis de convaincre la grande majorité des élèves . c'est d'ailleurs pour cela que les partisans de l'avortement ne peuvent le supporter.Il fallait me suspendre, pour éviter que le lycée bascule...
Pourquoi, pour dénoncer l'enfer du goulag, ou des camps de concentration nazis, ne pourrait-on utiliser des images?
Ceux qui banalisent la violence de l'avortement, sont ceux comme certains de mes supérieurs et le planning qui prétendent qu'elle n'existe pas.Forcer les Allemands à visiter les camps en 1945 a aidé à la dénazification du pays.De même, si l'on pouvait montrer à la population les procédures d'avortement, je suis sûr que des centaines de milliers de vies seraient sauvées,sans compter les centaines de milliers de mamans à qui l'on éviterait les souffrances et séquelles liées à l'avortement.
J'ajoute que mes élèves pouvant avorter, doivent être informés exactement de quoi il s'agit.Et il s'agit, à dix semaines, d'un petit être humain déchiqueté.
En espérant vous avoir convaincu
cordialement

( 9846 )
J'apporte de l'eau à votre moulin par Gentiloup (2011-01-18 13:04:55)
[en réponse à 9804]
Pourquoi, pour dénoncer l'enfer du goulag, ou des camps de concentration nazis, ne pourrait-on utiliser des images?
(Philippe Isnard)
En effet, ayant été lauréate en terminale du "concours de la Résistance", j'ai eu comme prix remis par le préfet, un très gros livre d'images abominables de camps de concentration avec des détenus faméliques, cadavériques, humiliés, dénudés et des monceaux de cadavres, de chaussures, de peaux humaines tannées en forme d'abat-jour, de suppliciés dans les positions les plus atroces etc. etc. Tout ce qu'on peut imaginer et au-delà . Cela ne suffisant pas, j'en ai eu un second plus petit pour faire bon poids.
Je les ai toujours dans ma bibliothèque.
Donc l'
Education Nationale et les plus hautes instances de la république savent utiliser les images chocs sans crainte de choquer les élèves lorsque cela abonde dans leur sens.