
( 9539 )
Le monde "tradi" et un certain "anti-culturisme" par Aétilius (2010-12-12 23:25:11)
Dernière question, et je laisse la place à d'autre :
Vous qui êtes apparemment sculpteur, si j'ai bien compris, n'avez-vous pas l'impression qu'il y a une certaine méfiance vis-à -vis de la culture au sens large du terme, vue comme un repaire de "gauchistes boboïsant" chez nombre de "tradis", attachés à la liturgie traditionnelle plus par réflexe identitaire, social voire ethnique, que par une réelle compréhension de celle-ci ?
Le rêve des parents "tradis", là où nombre de catholiques modernes aspirent à de grandes écoles de commerce pour leur progéniture, est souvent d'envoyer ses enfants à l'armée ou dans des métiers "sérieux" socialement parlant aujourd'hui et rapportant de l'argent. Bien peu aspirent pour leur enfant à une vocation d'artiste ou, vous-même portant les deux casquettes, d'homme de culture, en particulier professeur, pourtant indispensable pour mener les combats du bon goût et de la transmission des savoirs, du Beau, du Vrai, du Bien.
Si c'est le cas, comment lutter contre ce phénomène, pour rester crédible ?
Mais comment encourager la création de nos jours sans que ce ne soit d'un côté du recopiage des siècles passés, inadapté aujourd'hui, ou de l'autre un remake de l'art moderne profane, bien peu ancré dans les siècles chrétiens ?
Merci beaucoup du temps que vous nous consacrez, et bonne continuation.
Bien cordialement
Aétilius

( 9556 )
artiste et tradi par
Samuel Martin (2010-12-13 19:15:28)
[en réponse à 9539]
Il y a en effet chez les Tradis (et je me compte parmi eux), parfois, une méfiance ou un mépris de l’art. Mais je ne vous suis pas lorsque vous les dites « attachés à la liturgie traditionnelle plus par réflexe identitaire, social voire ethnique, que par une réelle compréhension de celle-ci ». Ils me paraissent au contraire bien savoir pourquoi ils l’aiment et la défendent. Cette méfiance vis-à -vis de l’art n’est-elle pas celle plus globalement de la société depuis le XIXe ? La disparition des corporations et maîtrises, qui étaient tout à la fois des structures de transmissions, des syndicats, des mutuelles, des organisations patronales, cette disparition a totalement affaibli l’artiste qui a cru se retrouver « libre » alors que ce n’était que la liberté d’être isolé. Depuis l’artiste et la société se regardent plutôt méchamment.
En ce qui concerne l’art sacré, il est (j’ai eu l’occasion de le dire dans une réponse précédente) dépendant de la condition faite à l’art en général. Je pense qu’au-delà de l’asservissement au passé ou au présent, la renaissance des arts passe par l’attention au réel, à son étude. C’est ainsi, dans le passé, qu’on est sortis des périodes de stérilité, de routine, d’académisme…
Merci à vous, Aétilius, et cordialement.