Le Forum Catholique
http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=9434

( 9434 )
Enrichissement réciproque par NB (2010-11-29 11:09:09)
Bonjour Monsieur l'abbé,
Dans son Motu Proprio Summorum Pontificum, Benoît XVI a formulé une invitation explicite à l'enrichissement réciproque des deux formes de l'unique rite romain.
La Commission Ecclesia Dei ayant clairement indiqué qu’il n’était pas permis de mélanger les deux formes (calendrier, lectionnaire, préfaces…), que faut il comprendre par enrichissement des deux formes de l’unique rite romain ?
Dans la pratique, en quoi la forme extraordinaire peut enrichir la forme ordinaire ?
Merci

( 9441 )
La réciproque : de l'hypocrisie ? par Lux (2010-11-29 21:07:54)
[en réponse à 9434]
Réciproquement, en effet, la question me semble aussi pertinente (si l'on parle de "réforme de la réforme") : comment la forme ordinaire peut-elle enrichir la forme extraordinaire ?
Je vous demanderais, cher M. l'abbé, de me répondre sans hypocrisie aucune. Non pas que vous ayez la réputation d'être un hypocrite notoire, bien au contraire ! Mais le fait est que quand l'on demande, par exemple, à un moine célébrant dans le rit de Saint Pie V de répondre à cette question, il affirme (à la suite du cardinal Ratzinger lui-même, en 2001, lors des Journées liturgiques de Fontgombault), que l'on pourrait ajouter des saints au calendrier, modifier quelques préfaces, en ajouter quelques-unes, et supprimer le Dernier Evangile... Autant dire pas grand chose, et la messe qui en résulterait ressemblerait alors beaucoup à celle de Saint-Pie-V, et très, très peu - si ce n'est pas du tout - à celle de Paul VI !
Ma question est donc : y a-t-il possibilité d'un enrichissement substantiel de la forme extraordinaire par la forme ordinaire (du même type, autrement dit, que l'enrichissement de la forme ordinaire par la forme extraordinaire), ou bien, lorsqu'on parle d'un tel enrichissement, ne le fait-on que pour faire plaisir à ceux qui restent attachés à la forme ordinaire (c'est ce que j'appelle de l'hypocrisie) ?
Merci infiniment.
In Christo,
Lux

( 9480 )
et à Lux par Abbé Claude Barthe (2010-11-30 19:19:05)
[en réponse à 9441]
Enrichissement substantiel, certainement pas. Vous avez raison en disant que l’enrichissement de la forme riche par la forme pauvre, si vous permettez cette pointe polémique, consiste en effet à peu de choses. On peut dire en effet que c’est pour apaiser - diplomatiquement plutôt qu'hypocritement - les partisans les plus décidés de la forme ordinaire, à savoir les évêques, que l’on insiste sur cet enrichissement-là qui n’a rien de commun avec l’enrichissement inverse.
Selon des sources qui paraissent fiables, ce point a fait l’objet de discussion entre les prélats et professeurs favorables à la Réforme de la réforme. L’introduction du nouveau lectionnaire semble avoir été écartée, car outre le caractère en soi très discutable de la composition de ce lectionnaire, son introduction dans la forme traditionnelle en bouleverserait trop radicalement l’économie. Le lectionnaire traditionnel – au moins en ce qui concerne le temporal – est inchangé depuis au moins le XIème siècle. Toute la tradition interprétative de la messe romaine (saint Bernard, saint Bonaventure, parmi tant d'autres) est fondée sur elle. Qui plus est temporal + lectionnaire nouveau supposent des changements tels que la suppression du temps de la Septuagésime.
Bref, ce qui semble retenu est ce qu’a exprimé Mgr Schneider dans un entretien qu’il a accordé à Paix liturgique (1er octobre 2010). Certes, Paix liturgique n’est pas L’Osservatore Romano et Mgr Schneider parle en son nom propre, mais ce qu’il dit résume ce que pourrait être l’enrichissement de la forme extraordinaire par l’ordinaire : « L'introduction de quelques-unes des préfaces du nouveau missel serait une initiative belle et utile, ainsi que l'introduction de nouveaux saints dans le calendrier liturgique traditionnel. »

( 9478 )
à NB par Abbé Claude Barthe (2010-11-30 19:12:40)
[en réponse à 9434]
Pour être plus précis, la Commission ED a indiqué qu’il ne fallait transformer la forme extraordinaire en y mêlant de la forme ordinaire. A la question posée par des fidèles polonais, le 5 janvier 2010 : « Est-il possible d’utiliser dans la forme extraordinaire des préfaces, lectures ou calendrier de la forme ordinaire ? », la Commission Ecclesia Dei a répondu le 20 janvier 2010 : negative, non. Cette réponse revoie implicitement au « principe Ratzinger » posé lors des journées liturgiques de Fontgombault ( Autour de la question liturgique. Avec le cardinal Ratzinger : actes des Journées liturgiques de Fontgombault, 2001) : on ne touche pas au rite traditionnel.
Mais il est très important de noter que la réponse de la Commission Pontificale ne rejette que les infusions du nouveau missel dans l’ancien et non pas l’inverse.
L’enrichissement de la forme ordinaire par ce qu’on peut appeler la « forme riche », la forme extraordinaire, consiste essentiellement – c’est un des thèmes de mon livre – à choisir systématiquement, ou progressivement, entre toutes les possibilités, options, variations de la messe de Paul VI, celles qui existent dans la messe tridentine.