Le Forum Catholique
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( 8932 )
Prier, ou penser Dieu ? par Virgile (2010-06-02 21:50:59)
Cher Père
Vous avez dit souvent que "notre manière de penser Dieu détermine notre manière de le prier" et je vous avoue avoir du mal à bien saisir : très maladroitement, nous avons souvent l'impression que seule notre prière nous permet d'approcher même très lointainement, Dieu et que seule la prière, et la contemplation intérieure, permet d'avancer plus en avant en dépassant la seule expérience première de sa présence. Dieu est impensable, in-imaginable, et seule, la prière, par tâtonnements inquiets mais aimant, permet peut-être d'en entrevoir non le Visage, mais déjà quelques lueurs qu'Il peu nous donner, dans sa rencontre.
Pourriez-vous simplement nous dire ce que vous entendiez par votre formule ?
Je vous remercie de votre présence à ce débat, que je regrette vivement de ne pouvoir suivre étant contraint ce soir-là ,
Bien à vous
Virgile.

( 8955 )
Notre manière de penser Dieu... par
Père Keith Beaumont (2010-06-03 18:38:58)
[en réponse à 8932]
Merci pour votre question. Je suis désolé que ma formule "Notre manière de penser Dieu détermine notre manière de le prier", etc. C'est une formule que j'utilise souvent dans mes cours universitaires, sur Newman et sur d'autres auteurs spirituels. Ce que je cherche à dire par là est que nos idées concernant Dieu, ou notre conception de Dieu, détermine notre manière de le prier, de le chercher, etc. - ou pas. Prenons trois exemples:
- Le Dieu du déisme - vu simplement comme le créateur de la grosse "horloge" que constitue l'univers - ne peut susciter en nous aucun désir de le prier. Il est lointain, distant. Aucun rapport entre lui est nous n'est possible, sauf peut-être une vague admiration pour la beauté de la "mécanique".
- L'image de Dieu qui dominait souvent les esprits au 19e siècle: le Juge terrible, qui "guettait" nos moindres péchés, dont nous avions peur, qui risquait de nous condamner à "l'enfer" lors du Jugement, ne pouvait guère susciter qu'une prière de supplication: Seigneur, prends pitié de nous, écarte de nous la punition, etc.
- Mais le Dieu trinitaire, le Dieu qui est Mystère de communication - le Dieu qui (selon l'enseignement d'auteurs bibliques commes saint Jean ou saint Paul) veut venir "demeurer" ou "habiter" en nous, le Dieu qui est communicatilon de vie, d'amour, de miséricorde, de paix, de joie profonde... Il peut susciter en nous le désir de le chercher, de nous laisser rejoindre par lui, de l'aimer et de nous laisser aimer par lui. Notre prière deviendra alors louange, &ction de grâces, mais aussi simple présence à Dieu, disposition d'accueil, recueillement dans l'espérance et l'attente de sa Présence...

( 8959 )
Sans cette Trinité par Glycéra (2010-06-03 19:20:47)
[en réponse à 8955]
n'est-il pas impossible de se rendre peu à peu réel et pratique, oserai-je dire, que Dieu est aussi en nous ?
Sans la communication au sein d'un Dieu trine, peut-on comprendre son propre dialogue intérieur, peut-on même concevoir que prier est une respiration, un échange entre ce Dieu présent en nous et Dieu créateur et énergie vitale de tout le cosmos ?
Où est-ce inscrit dans les livres du cardinal Newman ?

( 8993 )
Dieu, une Présence intérieure par
Père Keith Beaumont (2010-06-04 10:12:54)
[en réponse à 8959]
Où est-ce que cela se trouve chez Newman? Un peu partout à travers son oeuvre, notamment dans ses sermons, ses textes de prières et de méditations, mais aussi dans ses commentaires d'auteurs patristiques comme saint Athanase. Pour commencer, il suffit de lire le tout premier texte de l'anthologie publiée aux Editions Artège, intitulé "Une définition du chrétien". J'en cite les premières lignes:
"On peut donc presque définir le vrai chrétien comme un homme qui a un sens souverain de la présence de Dieu en lui..."
Newman ne fait que reprendre une sagesse chrétienne traditionnelle, qui s'enracine dans l'Ecriture (St Jean, St Paul), se trouve largement développée par les Pères de l'Eglise, qui parcourt ensuite toute la tradition médiévale et se retrouve même dans "l'Ecole française de spiritualité", chez Bérulle, Jean-Jacques Olier, même Vincent de Paul, au 17e siècle...