Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=8715
images/icones/fleche2.gif  ( 8715 )Nouveauté et philosophie par Philippilus (2010-03-21 22:58:06) 

Monsieur,

Merci de votre présence ici. permettez à un profane en la matière de vous interroger sur la portée d'une élément que vous évoquez :

(je cite votre article dans récent Monde et Vie)
"Cette démarche, qui consiste à remonter d'un phénomène jusqu'à sa condition de possibilité, est pratiquée en ce système nouveau de la philosophie avec une radicalité ...".

Je mets cette formule en relation, avec ce que nous dit E. Gilson dans ses "Constantes philosophiques de l'Etre" (de la connaissance du principe): "On se résignera donc à ne pas philosopher en artiste, à la manière de l'idéaliste, et l'on admettra peut être même que, le progrès dans l'intuition métaphysique étant rare, philosopher consiste, pour chaque homme qui s'y emploie, à remettre modestement ses pas dans ceux des philosophes qui l'ont précédé, ou plutôt à redécouvrir lui-même la voie qu'ils ont suivi avant lui, refaisant ainsi pour son propre compte l'apprentissage de la même vérité."

Face à un même souci de rechercher une Vérité, à la valeur transcendante, que vous paraissez partager avec E. Gilson, pouvez-vous nous expliquer comment vous envisagez la possibilité de prendre un nouveau chemin ?

Voie contemplative, ou chemin discursif ?

Philippilus

Nota : Je me promets de vous lire sans tarder.
images/icones/neutre.gif  ( 8732 )à Philippilus par Maxence Caron (2010-03-22 19:52:34) 
[en rponse 8715]

Vous me donnez l’occasion d’exprimer mon inconditionnelle admiration envers Etienne Gilson et je vous en remercie.
Le chemin de Gilson a cet avantage d’avoir su garder le thomisme dans la puissance de ses dimensions. Il a maintenu la notion de « substance » alors que triomphait la philosophie heideggerienne y compris chez les catholiques. Et je ne parle même pas de la beauté de ses différentes lectures des philosophes du Répertoire. Pas un aujourd’hui n’a écrit un seul ouvrage qui puisse rivaliser avec son « Saint Augustin », livre aujourd’hui âgé de presque un siècle et finalement seul livre sur le Docteur de la grâce. Et les travaux de Gilson sur Descartes, dissimulés par la splendeur du reste de l’œuvre, sont à mes yeux les meilleurs.

Toute admiration mise à part, et sur le chemin de la profondeur qui doit conduire, par une méthode qui est celle d’un transcendantalisme radical, vers l’Origine, Gilson n’a pas su penser la teneur même de la pensée, et c’est précisément l’un des maigres apports, aveugle, et qu’il s’agit de considérablement développer, de la pensée heideggerienne dont j’ai montré à cet égard, en la restituant intégralement, ce que l’on en pouvait comprendre avec de la bonne volonté (cf. mon « Heidegger – Pensée de l’être et origine de la subjectivité »). Gilson n’a pas voulu pénétrer dans ce qui fait l’acte même de la philosophie et de toute démarche humaine, la réflexivité dont la réalité précède tout acte de pensée, de parole, de fait. En cela il n’est pas rentré dans l’une des dimensions possibles du thomisme allié à la démarche augustinienne du De Trinitate – alliance dont la mémoire déploie la prise de conscience, par elle-même, de la pensée de la Différence fondamentale.
Ouvrir un nouveau chemin, comme vous dites, a lieu dès lors que l’on constate que la philosophie n’a jamais, Gilson compris, regardé vers le fondement de ce qui fonde la conscience même : la réflexivité. Dès lors, si l’on veut que la philosophie soit, si l’on veut qu’elle établisse le lien entre sa démarche, sa méthode, son discours et son fondement, si l’on veut que la pensée pense, qu’elle pense pleinement, qu’elle ne se contente pas de penser par bouts ou par bribes mais qu’elle fasse ce à quoi sa vocation l’appelle, c’est-à-dire savoir d’où provient son agir et contempler l’ordre du monde puis l’ordre de l’âme en cet espace d’un autre ordre, si l’on veut penser, tout est à refaire, mais cette réfection sera la dernière car il est impossible de monter plus haut qu’une pensée de la Différence fondamentale dont l’aboutissement est une pensée de la Trinité Elle-Même, autrement dit l’oraison.