
( 8577 )
Journet en dehors de sa théologie politique par Luc Perrin (2010-01-11 14:39:31)
Comme ce n'est pas le thème qui mobilise mon attention, je pose tout de même une question pour le cas où vous vous seriez frotté au personnage Journet dans sa globalité.
La période 1965-1973/1975 m'intéresse en particulier. Comment le Cardinal se positionne-t-il face à la crise sévère de l'Église qui explose après Vatican II ? Quelle attitude face à la néo-liturgie approuvée par Paul VI ?
La correspondance avec J. Maritain récemment publiée paraît muette, ce qui a beaucoup étonné : destruction de lettres ? Journet avait d'autres relations, qu'en disent-elles ?
Est-il exact qu'il venait dans les toutes dernières années/mois de sa vie à Bédoin chez dom Gérard ?
J'ai le sentiment d'un écart sur cela entre J. Maritain et Ch. Journet, plus sensible que le premier aux failles de la néo-liturgie.
nb. à la différence de D. Sureau, je crois que la position de Charles Journet est intéressante à creuser pour aujourd'hui car c'était un clerc très soucieux de Tradition et enraciné dans la culture thomiste/néo-thomiste, tout en étant désireux de répondre aux défis de la modernité. Cette position "stratégique" n'a rien perdu, à mon sens, de son actualité, indépendamment de telle thèse particulière sujette à débat.

( 8592 )
Journet et la crise de l'Eglise par
Guillaume de Thieulloy (2010-01-11 18:53:54)
[en réponse à 8577]
A vrai dire, je n'ai pas étudié Journet pour lui-même. Les écrits de la période qui vous intéressent ne sont pas encore publiés, que je sache, dans les Oeuvres complètes et on n'a que la correspondance Journet-Maritain pour répondre à votre question.
Personnellement, je m'étais posé fugitivement, en lisant "La Messe" de Journet la question des rapports entre l'auteur et la nouvelle messe et c'est la lecture des articles de Jean Madiran sur le dernier volume de cette correspondance Journet-Maritain qui m'y a fait repenser. Il me semble, à moi aussi, extrêmement douteux que ni Maritain, ni Journet, n'ait parlé par exemple de la réforme liturgique de 1969, alors que tout au long de leur correspondance, au détour d'une lettre, ils évoquent telle prière de la messe, tel temps liturgique...
Sur cette question liturgique, les seules choses certaines, c'est que Journet et Maritain ont refusé de critiquer en public la nouvelle messe (sauf, pour Maritain, la traduction française du Credo); mais aussi que Journet a, bien après 1969, aidé le convict qui devait devenir Econe et que jamais il n'a émis la moindre réserve sur l'utilisation du missel romain traditionnel (Mgr Masson dans le récit qu'il donne de ces premières années d'Econe sur hermas.info a fait allusion à cette proximité de la jeune fondation avec le cardinal Journet).
Je sais aussi que le cardinal Cottier a publié naguère un article pour dire que le cardinal Journet n'avait jamais exprimé la moindre réserve sur le nouveau missel, mais il me semble étrange qu'un prêtre aussi bon théologien de la Messe, et surtout doté d'une telle piété eucharistique, n'ait pas eu la moindre remarque à émettre (ni en bien, ni en mal) sur un bouleversement aussi important.
Sur la crise de l'Eglise, on a un échange de lettres assez fourni à propos du Paysan de la Garonne et de la profession de foi de Paul VI, dont, comme vous savez, Maritain par l'intermédiaire de Journet et de Mgr Macchi est l'un des principaux rédacteurs.