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Légitimisme et maritainisme par Denis SUREAU (2010-01-11 14:07:37)
Vous êtes un spécialiste reconnu de Jacques Maritain, comme votre dernier essai le montre encore brillamment.
Par ailleurs, vos racines sont également à chercher du côté du légitimisme.
J'avoue que j'ai du mal à comprendre la persistance de votre intérêt pour Maritain qui fut malgré tout ce qu'il a pu dire un penseur d'un catholicisme profondément libéral même s'il s'agit d'un libéralisme à l'américaine. Votre dernier livre sur "La théologie politique de Charles Journet" montre l'impuissance de la politique maritainienne (et de celle de son disciple Journet) à résoudre les apories créées par leur propre pensée.
Ne serait-il pas temps de tourner la page ? La nouvelle théologie politique anglo-saxonne que, par ailleurs, vous connaissez bien, n'offre-telle pas des ressources plus fécondes pour repenser une politique authentiquement chrétienne?

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Légitimisme et maritainisme par
Guillaume de Thieulloy (2010-01-11 18:39:48)
[en réponse à 8576]
Je vais essayer de répondre à toutes les questions que j'entends dans cette courte question:
1) Effectivement, malgré tout ce que cela peut avoir de "daté" (ou de précurseur?), je reste un fidèle d'Henri V: je reste persuadé que la tradition du comte de Chambord ou de La Tour du Pin serait une bonne réponse à la modernité. Et, personnellement, j'ai toujours été frappé par la "consonance" entre l'enseignement socio-politique des Papes et celui des légitimistes sociaux.
2) Je ne sais pas si je suis un spécialiste reconnu de Maritain. Comme il y a bien peu de lecteurs de Maritain aujourd'hui, pour peu que l'on ait consacré quelques années à l'étude de cette pensée, on devient un "spécialiste", mais cela me paraît un peu exagérément flatteur!
3) Je reconnais volontiers que, avec ou sans l'aide du cardinal Journet, je reste impuissant devant les apories de la pensée de Maritain.
4) Malgré cela, je crois qu'il n'est pas inutile de chercher à creuser car j'ai la certitude (ou plutôt l'intime conviction, car cela ne résulte que d'un faisceau d'indices) que la compréhension de ce qu'est ce libéralisme qui refuse d'en être un pourrait m'aider à comprendre ce qu'ont voulu dire les Pères conciliaires dans Dignitatis humanae (mais j'avoue que, plus j'étudie, moins je comprends).
5) Quant aux nouveaux penseurs anglo-saxons, entièrement d'accord avec vous pour penser qu'il y a là des réflexions stimulantes à creuser. Ce n'est que le temps qui m'a jusqu'à présent empêché de le faire autant que je le voudrais.
6) De ce que j'en ai lu, j'oserai formuler une première remarque (dont, si ma mémoire est bonne, nous avions parlé brièvement à propos de votre livre sur Courtoisie): autant je trouve salubre que des théologiens cessent de demander l'autorisation aux psychologues, sociologues et autres spécialistes en tout genre l'autorisation de parler, autant je crains que cette nouvelle "theological pride", si j'ose dire, n'entraîne un rejet des lois de la nature, voire de la loi naturelle au singulier (pour le dire d'un mot, selon moi, le naturel n'est évidemment pas déconnecté du surnaturel, mais a tout de même à certains égards ses lois propres).
Guillaume de Thieulloy