Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 8297 )Médiation par Thomas (2009-12-07 08:46:41) 

Bonjour,

J'ai lu que vous aviez écrit un livre sur la médiation. Le sujet me paraît important et j'ai cru remarqué que les conflits individuels naissaient plus souvent de qui pro quo, d'incompréhension et de procès d'intention que de véritables raisons.
Il me semble que, par ailleurs, l'autre grande source de conflit est l'égoïsme, l'égocentrisme malheureusement largement développé dans notre société.

J'aimerais donc savoir si votre expérience de médiateur confirme ou infirme ces impressions. J'aimerais aussi savoir si la médiation est souvent efficaces.
Malheureusement, autour de moi, il arrive que des couples se séparent et je suis toujours surpris de constater, lorsque je leur pose la question, qu'ils n'ont pas demandé l'aide d'un médiateur. Quels sont les succès et quels sont les échecs de la médiations ?
Si une médiation échoue, un médiateur peut-il proposer des solutions alternatives ?

Pardonnez-moi si les réponses à ces questions sont déjà dans votre livre : je viens seulement d'en apprendre l'existence et ne l'ai donc pas lu.

Cordialement,
Thomas
images/icones/neutre.gif  ( 8303 )Médiation, assertivité, poids des interactions de pouvoirs, langages de relation... par Glycera (2009-12-07 16:16:42) 
[en réponse à 8297]

Vaste programme !

1 - Dans les situations de désaccord explicite, ou latent, le langage est-il cause ou révélateur de la non compréhension ou de la divergence exprimée ?

Dans les relations sociales ou d'associés, (et le couple est dans ce cas, association de deux personnes selon leur niveau : pour un temps ou pour longtemps), est-ce que le premier pas n'est pas de reprendre les mots pour en savoir les contenus et les contours ? Commencer par relever les notions attachées à un mot, déceler les cortèges de non-dits, comme on traque les graines de bardanes cramponnées aux tissus quand on marche dans les champs... cela gratte les jambes et cela gêne la progression.



2 - Que pensez-vous de la technique enseignée dans les "CNV" (stages de communication non violente) ?
Connaissez-vous les livres de J J Crèvecoeur : "Relations de pouvoir" où il expose que celui qui réagit porte autant le poids des conflits que celui qui agresse :
Voici un exemple familial :
Madame a les mains occupées, Monsieur arrive près d'elle :
- Amélie a sali sa couche !
et si la réaction est si souvent ...
- C'est encore/toujours moi qui doit ...
(c'est qu'elle a senti un ordre -injustifié ou détesté, le résultat est le même- et qu'elle a traduit en un : Cesse ce que tu fais, et va t'occuper d'Amélie qui pleure et qui me dérange. Alors qu'il ne l'a pas dit...
Pas dit ? Non, pas dit, du moins pas cette fois-ci, mais cela a peut-être aussi réveillé des sentiments vécus dans les remarques précédentes... A tort ou à raison. décoder cela est le premier pas pour arriver à l'objectivité de la situation avant de parler de médiation.



3 - Les livres peuvent-ils être des moyens réels de médiation ?
Un livre ne cause pas... N'est-il pas nécessaire d'avoir un médiateur pour sortir de son mode habituel de réaction à une situation ?
N'est-ce pas indiscret ou maternant de vouloir "médiater" tous les gens ? Votre livre se veut-il informatif sur les bases de la médiation ou se veut-il un outil en soi pour résoudre les questions rencontrées ?


4 - Que pensez-vous de l'assertivité ? de sa présentation en entreprise, en coaching, en famille ?
Est-ce une qualité qui se travaille bien, qui s'enseigne bien ?
Connaissez-vous des cas de travail sur ce sujet, des résolutions par ce moyen explicitement utilisé ?

N'est-ce pas une qualité catholique à propager ?
Voici ce que j'ai compris :
Elle commence par déblayer le terrain des imprécisions ou des différences de compréhension des mots. Elle veut être une force tranquille, une sûreté de soi devant la vérité, la réalité (c'est la même chose), et propose à chacun de voir les choses comme elles sont sans se sentir démoli par le regard de celui qui pense autrement.
Si c'est exact, n'est-elle pas la clef des médiations ?



5 - Sont-ce les mêmes moyens de médiation dans le privé, entre peu de personnes ou dans le grand nombre ?
Comment jumeler cet exercice avec le "que votre oui soit oui", sans compromission ?
Bien des catholiques qui se veulent fermes ne confondent-ils pas précision de la vérité et raideur de l'assertion, tuant dans l'oeuf cette qualité de l'assertivité ?



Long débat...
Je n'ai pas lu votre livre, dont j'ignorais l'existence même... Y répondez-vous aux questions que je vous soulève ?


Beau programme
que de "médiater" sans trahir !
La médiation est-elle d'actualité généralisable pour faire avancer les relations propres aux demandes au sein de l'Eglise de France : redonner sa place à la liturgie ancienne ?
Comment enseigner aux catholiques, amoureux de la tradition oubliée quelque peu, ces méthodes qui leur semblent modernes ou laxistes ?

Avez-vous des projets en ce sens ?

Merci de votre réponse !
Glycéra





images/icones/coeur.gif  ( 8327 )[réponse] par Guillaume d'Alançon (2009-12-07 20:47:51) 
[en réponse à 8303]

1. cf. ma réponse adressée à Thomas.
2. La CNV est intéressante au sens où elle permet de vivre la relation en évitant le jugement du "tu qui tue". Il y a là de bonnes techniques. Certaines, poussées à l'excès, peuvent faire l'inverse de l'objectif à atteindre. On ne communique plus, par contre on cherche à assouvir au maixmum ses besoins de bien être (éviter certains livres de Jacques Salomé sur le sujet). Et où est l'autre dans tout ça ?
3. Le seul et unique médiateur c'est le Christ. Tout le reste ne peut en être qu'un reflet plus ou moins abouti.
Un livre ? Oui, pourquoi pas... Un livre drôle ou beau, permettant une communion sur des émotions. Ce qui est déjà un début.
4. J'ai utilisé et évoqué l'assertivité dans des formations que j'ai données auprès de salariés il n'y a pas loin de 10 ans maintenant.
L'assertivité, manière d'exprimer une émotion et un souhait dans le respect d'un certain équilibre, et en rapport avec la vérité qui me semble heureuse la plupart du temps. C'est une manière de vivre la douceur évangélique.
5. Le médiateur doit aider les parties en conflit à se réconcilier sur la vérité. Il doit les aider à débarasser la vérité de ce qui l'occulte. Ce principe est valable dans les différents situations de conflit qui peuvent apparaître (travail, famille, politique,...)
Le médiateur doit travailler à disparaître, comme Jean-Baptiste "il faut qu'Il croisse et que je diminue", afin que la réconciliation des parties soit l'ordre du jour de son intervention. Il doit chercher à vivre toujours plus en union avec le Christ, pour être chaque jour plus humble.

Amicalement,

Guillaume
images/icones/fleche2.gif  ( 8324 )Essai de réponse par Guillaume d'Alançon (2009-12-07 20:16:38) 
[en réponse à 8297]

Il est vrai que les conflits naissent souvent de l'angle d'approche subjectif que nous avons avec une réalité.
La médiation est le travail des parties en conflit, accompagnées par un tiers, le médiateur, visant à décaper les malentendus, dans la perspective de revenir autant que possible à l'objectivité de la réalité. Le but étant la réconciliation des parties; on ne le dira jamais assez.

Il n'y a rien de magique là-dedans, et un accord ne peut se faire sans l'effort de chacun.

Quelques "idées forces" :
- Pour avancer, il faut accepter humblement que JE ne suis pas le meilleur interprète de Ce-qui-Est.
- Avoir présent à l'esprit la certitude que l'autre a des raisons qui lui semblent justes, de penser ce qu'il pense... L'accepter c'est franchir un énorme palier.
- La médiation peut se solder par un échec apparent, mais, comme rien n'est impossible à Dieu, ne pas hésiter à se lancer à nouveau dans la bataille... de l'amour du prochain et de la vérité.

Attention : En période d'épidémie relativiste, se munir de prudence. En effet, parmi les innombrables médiateurs familiaux qui travaillent à la réconciliation au sein de notre société "multiculturelle" et "multi-confessionnelle", l'objectif véritable de la médiation est souvent occulté (parfois inconsciemment). Le maître-mot étant : à chacun sa vérité, je respecte ta vérité respecte la mienne et tout ira bien. Il s'agit de cette tolérance molle qui en fait coupe de l'amour vrai. En effet, il me semble que l'amour vrai suppose d'aimer l'autre tel qu'il est, dans la perspective que le vrai médiateur est le Christ.
Les divorces sont souvent sujet à médiation, et le but de celle-ci est davantage de bien se séparer, sans trop de violence, plutôt que de travailler à se retrouver en réapprenant à s'aimer.
La médiation OUI, MILLE fois, mais attention aux médiateurs...