Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 7783 )Trop de latin tue le latin ? par Aétilius (2009-05-25 19:33:36) 

Cher monsieur,

Je n'ai pas eu le temps de lire votre livre mais je vais le faire bientôt, promis.

Vos premières réponses vont en tout cas tout à fait dans le sens de mes propres réflexions, à chaque fois que j'entre aujourd'hui dans une église, qu'elle soit ancienne, avec condamnation du maître-autel et "profanation" de l'espace sacré, ou nouvelle, avec un côté salle des fêtes, où l'on est tous tournés les uns vers les autres.

Assistant de par la force des choses aux deux rituels aujourd'hui, j'en arrive aujourd'hui à me dire que le rituel actuel est déficient sur nombre de points, en particulier le côté auto-célébration de l'assemblée, Dieu n'étant plus, symboliquement, qu'en arrière-plan.

Toutefois, je me dis souvent par ailleurs que l'ancien avait besoin d'un bon ajustement, comme peut-être le fait que le prêtre s'adresse à l'assemblée dans sa langue vernaculaire, au lieu des "dominus vobiscum" et autres "ite missa est", et surtout qu'il y ait plus d'interaction entre lui et les fidèles (comme le fait qu'il chante les chants avec eux), et de chaleur humaine dans l'assemblée (je pense au célèbre et polémique baiser de paix).

Bref, je comprends que dans les années soixante, on soit passé à ce que certains considéraient comme un extrême à un autre.

D'un côté donc, une liturgie sacrée, et unifiée (en gros), mais des obédiences qui, malheureusement, ont tendance à s'entredéchirer, de l'autre, des cathos sympas, mais dont la foi se dilue dans le monde au fil des générations.

Que pensez-vous donc de l'idée de réforme de la réforme, si du moins elle repartait du rite "tridentin", avec des évolutions comme un plus grand usage de la langue vernaculaire, une plus grande participation des fidèles...?

En vous remerciant de votre réponse, et en espérant pouvoir en discuter de vive voix avec vous un jour

Aétilius
images/icones/neutre.gif  ( 7803 )[réponse] par Marc Levatois (2009-05-25 22:14:55) 
[en rponse 7783]

Cher Monsieur,

Merci de votre témoignage et de vos questions.

Ce que vous dites pose à nouveau le problème de la relativité du sacré chrétien et de sa soumission à l’impératif de sainteté. Il se situe, de ce fait, dans un équilibre réaménagé à chaque époque. Un nouvel équilibre est ainsi établi dans l’espace sacré à la suite des recommandations pastorales qui ont suivi le concile de Trente. C’est cette recherche de l’équilibre, dans une évolution continue, qui a pu faire craindre à notre époque, de Pie XII au cardinal Ratzinger, les conséquences d’une réécriture complète de la liturgie. C’est, d’une certaine façon cette réécriture – y compris pour l’organisation spatiale – à laquelle on s’est attelé dans les années soixante. Les mémoires des membres français du Consilium le reconnaissent. Les quelques prises de position du futur Benoît XVI sur « la réforme de la réforme » affirment ainsi la nécessité d’un mouvement qui effacerait également les oppositions – de tous ordres – entre l’avant et l’après.

Ce que vous dites de la chaleur humaine est aussi très important. Il est sûr que la grande majorité des fidèles qui fréquentent les églises paroissiales de France sont désormais surtout des affectifs et que cet aspect doit nécessairement être pris en compte. Un prêtre me disait un jour que le problème des traditionalistes était de trop poser les problèmes dans la sphère intellectuelle, alors que, « de l’autre bord », le point de vue était exclusivement affectif, sans préoccupation doctrinale suffisante. Il en déduisait une difficulté du dialogue et la nécessité de faire passer aussi la position traditionaliste « dans le cœur ». Je ne saurai verser ici ni dans une approche platonicienne de l’âme où je me perdrais, ni dans une analyse sur les principes de l’analyse transactionnelle, qui dépeuplerait les lecteurs du Forum catholique. Toutefois, la remarque de ce prêtre me paraît essentielle.

Cela veut-il dire qu’il faille renoncer totalement au symbolisme sacré, y compris à celui qui est lié au caractère non entièrement directement intelligible de la langue liturgique ? La réponse est complexe mais certainement pas affirmative. Le caractère sacré de la liturgie et de son espace sont aussi des symboles qui « parlent » aux hommes d’aujourd’hui, dans la mesure où ils ne sont pas rationnellement totalement explicites et où le ressort de nos contemporains ne réside plus dans l’intelligible tel qu’on l’exigeait dans les années soixante. La faveur de nombreux représentants des jeunes générations pour la liturgie « extraordinaire » doit être comprise dans ce cadre.

La chaleur humaine et le sacré sont certainement de moins en moins irréductibles. A nous de savoir les marier. C’est certainement un enjeu actuel. Merci de l’avoir mis au jour.

Dans l’attente d’un échange de vive voix. Bien cordialement. Marc Levatois