Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 7724 )dimanche, épiscopat français, catholicisme intransigeant par Luc Perrin (2009-03-23 17:31:03) 

Le 12 mars dernier, Mgr Dagens s'est élevé contre le "catholicisme intransigeant" qui constate un "antagonisme" entre la modernité/post-modernité et la foi catholique. Ce catholicisme intransigeant tend d'abord à inscrire la foi, non seulement dans les coeurs d'une manière sentimentale ou désincarnée, mais dans la société, suivant la Doctrine sociale de l'Église. Ce catholicisme intransigeant estime aussi que l'État a son rôle et que l'Église ne peut, de ce fait, être indifférente à la législation civile.

Le dimanche me semble un bon exemple pour juger du "rapport au monde" : d'un côté des catholiques "intransigeants", rejoints par les héritiers des divers socialismes, pour défendre - à partir d'arguments partiellement convergents - la légalité du repos dominical. De l'autre, les libéraux de tout plumage, à commencer par le premier d'entre eux auquel vous écrivez.
Le récent communiqué de Mgr di Falco était une application de ce rejet de la confrontation avec la modernité libérale prôné par Mgr Dagens. Comment se situe, selon vous, l'Église de France, dans ses diverses composantes (CEF, évêques individuellement, organisations de laïcs, intellectuels catholiques, media type La Croix ou La Vie) dans la question de la banalisation du dimanche, inspirée par le libéralisme philosophique et économique ? Dans l'acceptation du fait accompli (catholicisme libéral) - "Il importe donc de connaître et de comprendre le monde dans lequel nous vivons, ses attentes, ses aspirations" (partie de Gaudium et spes soulignée par Mgr Dagens) - ou dans la logique du catholicisme intransigeant, logique qui reste celle, à mon sens, du Magistère romain après Vatican II [cf. Dies Domini], même si elle a été reformulée ?
[nb. excusez cette question fort longue ...]

images/icones/neutre.gif  ( 7738 )Dimanche et épiscopat par Michel Fauquier (2009-03-23 20:42:47) 
[en rponse 7724]

Cher ami,

une nouvelle aurait été que Mgr Dagens ne dît point ce qu'il a dit. Il m'est arrivé de l'entendre une fois longuement sur des sujets de société présents et à venir, et ne dirais pas que j'ai été époustouflé par son courage politique. Disons que son courage est plutôt très... académique.

Pour ce qui concerne les autres évêques: deux (sur cinq destinataires directs) m'ont écrit après avoir lu mon ouvrage - on ne peut plus explicite, concernant la question que vous posez - et m'ont chaleureusement félicité. Je doute qu'ils aient la même analyse que Mgr Dagens.

N'ayant pas beaucoup de goût pour les appareils, je ne suis pas plus (litote) un familier des pratiques de la franc-maçonnerie sur laquelle on m'interogeait tout-à-l'heure, que des conférences épiscopales. Mais j'observe plusieurs choses contradictoires:
- un texte a été composé à la demande de cette conférence épiscopale sur la question dominicale. Il est souvent cité par les évêques quand on les interroge sur cette question et, par déférence, j'en ai indiqué les références dans mon ouvrage. il est peut-être fort intéressant... mais le lien qui permet d'y accéder n'a, à ma connaissance, jamais fonctionné! Je n'ai en tous cas jamais réussi, malgré plus de dix tentatives sur plusieurs postes différents. J'ai alerté le "webmestre" du site de la Conférence épiscopale, sans effet.
- a contrario, il y a un virage incontestable dans le discours épiscopal actuel en France (puis-je me permettre, de ce point de vue, de relever qu'il vaut mieux parler de "l'Eglise en France", que de "l'Eglise de France") qui emprunte plus régulièrement la voie du courage apostolique (cf. la déclaration sur le statut dit des "beaux-parents") alors que le vent du monde souffle comme rarement ces derniers mois. Je ne serais donc pas étonné que l'épiscopat soit agacé par les velléités gouvernementales concernant le repos dominical et soit prêt à se manifester si les choses devaient aller plus loin, mais je crains que le "compromis Copé" (huit dimanches ouverts par an, zones touristiques) ne serve d'argument pour refroidir les plus tièdes. Sur ce point, cette affaire servira de test pour prendre la température de l'épiscopat en France, mais, je le redis, je trouve quelques raisons d'espérer et j'admire le courage de certains de nos pasteurs, dont le nombre des interventions a plutôt tendance à s'accroître.
- ce qui m'ennuie plus, c'est que l'argumentaire clérical - pour faire vite - favorise les arguments sociologiques (et ses dérivés), comme si la question relevait avant tout et même seulement de ce champ. Pour ma part, j'ai montré dans mon ouvrage qu'il n'était pas inutile (re-litote) de se pencher sur les arguments religieux, pour montrer qu'ils sont en harmonie avec les autres arguments, et qu'ils sont même leurs fondements implicites.
- dans cette optique, comprendre et connaître le monde dans lequel nous vivons, n'est pas une invitation à... devenir le monde! Je ne le lis en tous cas nulle part dans Gaudium et Spes, mais peut-être n'ais-je pas la même version que Mgr Dagens? Il me semble que cette compréhension est orientée en vue de l'évangélisation, laquelle ne consiste pas précisément en le fait de taire le message du Christ au monde.
- quant à ce qui a trait aux laïcs, les initiatives se multiplient: sites dédiés ou non, revues de presse, billets... une certaine mayonnaise prend, et elle est plutôt de bonne qualité, même si, une nouvelle fois, l'argument religieux est peu utilisé, pour des raisons tactiques qui me paraissent infondées. Je ne crois pas que les politiques favorables à l'ouverture dominicale écoutent moins les arguments religieux que les arguments socilogiques: à vrai dire, ils n'en écoutent aucun!