Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=7453
images/icones/abbe1.gif  ( 7453 )La collégialité par Gentiloup (2009-03-01 18:37:01) 

Depuis Vatican II la collégialité s'est installée à tous les niveaux: les évêques se sont regroupées en associations nationales, au niveau des diocèses ils se sont entourés de conseils , idem au niveau des paroisses et même des communautés religieuses.

Tout ceci relève-t-il selon vous des textes du Concile ou bien s'agit-il de déviances? Ou encore l'ambiguïté des textes se prêtait-elles à ce genre de dérives?

Y-a-t-il, selon vous des aspects positifs à la collégialité?

Gentiloup
images/icones/barbu2.gif  ( 7463 )Pas de gros mots! par Gaston Lagaffe (2009-03-01 22:20:46) 
[en réponse à 7453]

Gentiloup,
Vous ne pourriez pas éviter de prononcer des gros mots, comme collégialité?
Pourquoi pas syndicat ou soviet tant qu'yzy sont?
Désolé pour cette dérive au débat.
Aussi, voici ma petite question à Rémi Fontaine.
Est-ce que le consensus ne serait pas devenu la dictature de la pensée de notre époque?
Nos évêques étant des hommes chez qui l'héroïsme n'est pas forcément présent, oser rompre pour ce consensus pour défendre la vérité, n'est-il pas bien souvent au-delà de leurs forces?
Merci par avance de votre réponse.
gaston
images/icones/1i.gif  ( 7511 )Vous y allez un peu fort! par The wild rover (2009-03-02 22:04:40) 
[en réponse à 7463]

Pourquoi ces petits boutons lorsque vous entendez parler de collégialité? Ce n'est pas quelque chose de nouveau. Avez-vous déjà entendu parler du Sacré Collège? Le principe de collégialité est vieux comme le monde et je le trouve plutôt neutre dans son acception
images/icones/neutre.gif  ( 7513 )Tout dépend de quelle collégialité on parle par Meneau (2009-03-02 22:11:30) 
[en réponse à 7511]

Si l'on parle de collégialité au sens "collège des Evêques en union et sous l'autorité du pape", alors effectivement il n'y a pas de problème.

Si l'on parle de collégialité au sens où malheureusement de trop nombreuses personnes l'entendent, à savoir "assemblée démocratique des Evêques qui décide avec ou sans le pape", il y a "gros mot" comme le dit Gentiloup.

Cordialement
Meneau
images/icones/1b.gif  ( 7516 )Petite question... par The wild rover (2009-03-02 22:16:54) 
[en réponse à 7513]

D'accord avec vous, s'il est bien prouvé que les évêques aient envie de décider "démocratiquement", en voulant se passer du Pape. Au fait, cela ne vous rappelle pas quelque chose dans l'histoire ça, cette volonté d'autonomie des évêque par rapport au Saint-Siège?
images/icones/neutre.gif  ( 7518 )Quelque chose ou QuelqueS choseS ? par Meneau (2009-03-02 22:22:49) 
[en réponse à 7516]

Malheureusement, outre le gallicanisme, les exemples de conciliabules sont nombreux dans l'histoire de l'Eglise. Bossuet en cita quelques uns à l'appui de sa thèse (à tort ou à raison).

Par exemple, synodes locaux présidés par l'autorité civile où l'on ne respecte pas les légats du pape. Ou synodes où on ne prend même pas la peine de l'informer ou de faire confirmer les décisions.

D'ailleurs de multiples hérésies se sont fait jour et ont "fait des petits" dans ce genre de conciliabules.

Toutefois, ces hérésies ont en général rapidement et fermement été condamnées par le pape en exercice.

Cordialement
Meneau
images/icones/1b.gif  ( 7524 )Sur le Gallicanisme par The wild rover (2009-03-02 22:45:19) 
[en réponse à 7518]

Voilà le terrain sur lequel je voulais vous conduire: celui du Gallicanisme. J'entends fréquemment parler de Gallicanisme à propos de l'attitude des évêques d'aujourd'hui envers le Saint-Siège. A mon sens, la référence est erronée, anachronique sans nul doute.

Car le Gallicanisme est beaucoup plus complexe qu'il n'y parait. C'est un courant qui a été traversé de multiples tendances. Il a existé plusieurs Gallicanismes: royal, parlementaire, épiscopal (celui que vous semblez évoquer). Mais attention, le Gallicanisme est d'un autre temps, car il supposait au minimum l'union du roi et du clergé pour administrer l'Eglise de France. Depuis la Révolution française, et le divorce entre les institutions politiques et la religion catholique, il n'y a plus de gallicanisme à proprement parler. Tout au plus une survivance de celui-ci dans les dispositions adoptées par la Constitution civile du Clergé et le Concordat de 1801. Mais le Concile Vatican I et la loi de 1905 ont porté un coup fatal au courant gallican.

Le Gallicanisme était-il mauvais? Difficile à dire, tant ses aspects ont été divers. Je pense que les attitudes gallicanes ont toujours plus ou moins existé, mais qu'elles se sont chargées de significations différentes à travers les siècles. Je pense néanmoins que le gallicanisme du XVIIIème s'est nettement envenimé, et qu'il y a là une des causes de la Révolution française.

En revanche, un gallicanisme modéré est-il condamnable? Je ne le pense pas, si l'on songe aux écrits de Pierre de Marca ou Bossuet au XVIIème siècle, beaucoup plus favorables au Saint-Siège que l'on veut bien le dire.

En tout cas, je suis à peu près certain que l'attitude des évêques d'aujourd'hui envers le Pape n'a rien de gallican. Il s'agit de résistances politiques qui, on l'espère, disparaitront avec le temps et...une certaine génération d'évêques. Je ne souhaiterais qu'une chose: que nos évêques aient la même science de l'histoire de l'Eglise et de la théologie que leurs prédécesseurs gallicans des XVIè, XVIIè et XVIIIè siècles, et le même attachement à la tradition!


Cordialement.
images/icones/hein.gif  ( 7472 )Est-ce une planque ou une arme ? par Glycera (2009-03-02 18:43:40) 
[en réponse à 7453]



La "collégialité" , qualité d'être en collège, n'a jamais été synonyme de majorité, mais de convergence sous la houlette d'une loi supérieure.
Le collège de France, pour la tenue de notre culture, etc...

Or, ces mots de collégialité ne sont-isl pas déviés, comme tant d'autres comme le "bonheur du peuple", pour servir d'appeaux aux pigeons pas doués ?

Autrement dit, verrions-nous deux catégories d'évêques : ceux qui la prônent pour éviter d'obéir au Pape, ou à la loi ecclésiale vraie, donc traditionnelle, et les autres pour se planquer quand ils ont à prendre un avis qu'ils ne savent pas tenir seuls, ou pour chercher un bouclier, une porte dérobée si facile à présenter poliment à tout interlocuteur tenace ?

La conférence des évêques de France est-elle un de ses politburo qui évite à un évêque de répondre désagréablement ? Les consezils épiscopaux sont-ils autre choses que ses relais noyautés sous couvert de "bonne âme attentive à vos problèmes" ?

Vous avez dû avoir un avis là-dessus lors de vos investigations, mais pourrez-vous nous le dire ?



Merci de votre venue, et bonne soirée sous le feu !
Glycéra
images/icones/vatican.gif  ( 7480 )Réponse globale à Gentiloup, Gaston et Glycera par Rémi Fontaine (2009-03-02 19:00:17) 
[en réponse à 7472]

Je ne suis pas un spécialiste des textes, mais il y en a, apparemment, sur le Forum ! Je peux simplement dire que les conférences épiscopales ne sont pas d’institution divine. Et constater, avec Mgr Gaïdon, que leur fonctionnement actuel obéit sociologiquement à la logique subversive des « sociétés de pensée » dénoncée par Augustin Cochin, avec notamment leur noyau dirigeant. Je rejoins donc parfaitement Gaston Lagaffe sur la dictature du « consensus dominant » qui rend la plupart de nos évêques captifs d’une collégialité malsaine, tétanisés par la pensée unique ou le politiquement (et religieusement) correct. Jean Madiran a fait plusieurs fois la démonstration de la nocivité des conférences épiscopales et de leurs commissions théodules (cf. « La trahison des commissaires »), notamment dans « Présent » des 20 et 24 décembre 2008 à propos de l’accueil du motu proprio établi par un rapport de la Fédération internationale d’Una Voce. On a pu également montrer leur inadéquation avec la collégialité authentique (« sous et avec Pierre ») comme hiérarchie en quelque sorte parallèle sans chef vraiment et (sur)naturellement responsable. Et Jacques Trémolet de Villers dénonce aussi dans la postface de mon livre leur pesanteur problématique. D'accord donc avec Glycera aussi sur l'usage trop fréquent d'une certaine collégialité et des conférences épiscopales comme "arme par destination" contre l'autorité du Magistère romain. En tant que laïcs, « il ne nous appartient pas de choisir entre leur réforme ou leur suppression. Mais la question, maintenant, est bigrement posée », écrivait Madiran. En espérant avoir quand-même répondu un peu à vos questions, bien amicalement.
images/icones/neutre.gif  ( 7506 )Conférences épiscopales par Meneau (2009-03-02 21:32:16) 
[en réponse à 7480]

Les "Conférences épiscopales" ont effectivement pris ce nom, et ont reçu une nouvelle définition à la suite de Vatican II.

Notion, structures, compétence et collaboration des Conférences sont définies dans le décret Christus Dominus. (cf § 38), leurs modalités de fonctionnement sont précisées dans le droit canon (CIC 447 sq), et le motu proprio Apostolos Suos en définit la nature théologique et juridique.

Cependant, de telles associations existaient déjà sous d'autres formes bien avant Vatican II : synodes des évêques, patriarcats, conciles régionaux, etc, les occasion pour les évêques de travailler en collège existaient déjà. Ce qui est nouveau, c'est les pouvoirs dont elles sont dotées, l'autonomie dont elles jouissent, et dans la pratique, le fait qu'elles prétendent jouer un rôle plus ou moins indépendant de l'autorité du pape.

Cordialement
Meneau
images/icones/fleche2.gif  ( 7508 )Merci par Rémi Fontaine (2009-03-02 21:40:40) 
[en réponse à 7506]

Merci pour ces précisions éclairantes. Toutes les assemblées ne sont pas en effet forcément mauvaises, surtout quand elles ne sont pas livrées à elles-mêmes et sont bien dirigées dans le sens du bien commun par une autorité compétente. Les conciles provinciaux étaient dirigés par un légat du Pape.
images/icones/neutre.gif  ( 7509 )Exact par Meneau (2009-03-02 21:54:01) 
[en réponse à 7508]

Le légat du pape montrait la nécessaire subordination des conciles au chef de l'Eglise.

Les textes que j'ai cités très clairs au sujet de la nécessaire subordination au pape. Malheureusement, certaines Conférences épiscopales ont une très fâcheuse tendance à l'oublier.

Exemple dans Apostolos Suos :


1. Le Seigneur Jésus a constitué les Apôtres « sous la forme d'un collège, c'est-à-dire d'un groupe stable, à la tête duquel il mit Pierre, choisi parmi eux ».(2) Les Apôtres ne sont pas choisis et envoyés par Jésus indépendamment l'un de l'autre, mais au contraire formant le groupe des Douze, comme cela a été souligné par les Évangiles au moyen de l'expression « l'un des Douze », utilisée à maintes reprises.(3) Le Seigneur leur confie, à tous ensemble, la mission de prêcher le Règne de Dieu;(4) et ils sont envoyés par Lui non pas isolément, mais deux par deux.(5) Au cours de la dernière cène, Jésus prie le Père pour l'unité des Apôtres et de ceux qui, par leur parole, croiront en Lui.(6) Après sa Résurrection et avant l'Ascension, le Seigneur confirme Pierre dans la charge pastorale suprême(7) et confie aux Apôtres la mission même qu'il avait reçue du Père.(8)
(...)
Le Pontife romain, chef du corps épiscopal, est le principe et le fondement visible de cette unité.
(...)
9. L'ordre des Évêques est collégialement, « en union avec sa Tête le Pontife romain et jamais sans cette Tête, le sujet d'un pouvoir suprême et plénier sur l'Église tout entière ».(43) Le Concile Vatican II, et c'est connu de tous, a également rappelé, en enseignant cette doctrine, que le Successeur de Pierre garde « le pouvoir de ce primat qui s'étend à tous, qu'ils soient pasteurs ou fidèles. En effet, le Pontife romain, en vertu de sa charge de vicaire du Christ et de pasteur de toute l'Église, a sur l'Église un pouvoir plénier, suprême et universel qu'il peut toujours exercer librement ».(44)

Le corps des Évêques ne peut exercer que collégialement le pouvoir suprême qu'il possède sur toute l'Église, soit de manière solennelle quand les Évêques sont réunis dans le Concile œcuménique, soit quand ils sont dispersés dans le monde, du moment que le Pontife romain les appelle à un acte collégial ou au moins approuve ou accepte librement leur action commune. Dans ces actions collégiales, les Évêques exercent un pouvoir qui leur est propre pour le bien de leurs fidèles et de toute l'Église et, en respectant fidèlement le primat et la prééminence du Pontife romain, chef du Collège épiscopal, ils n'agissent cependant pas dans ce cas comme ses vicaires ou ses délégués.(45) Il en ressort clairement qu'ils sont Évêques de l'Église catholique, un bien pour toute l'Église, et, comme tels, reconnus et respectés de tous les fidèles.



Autres exemples dans Christus Dominus :


2. Dans cette Eglise du Christ, le Pontife Romain, comme successeur de Pierre, à qui le Christ confia la mission de paître ses brebis et ses agneaux, jouit, par institution divine, du pouvoir suprême, plénier, immédiat, universel pour la charge des âmes. Aussi bien, en sa qualité de pasteur de tous les fidèles, envoyé pour assurer le bien commun de l'Eglise universelle et le bien de chacune des Eglises, il possède sur toutes les Eglises la primauté du pouvoir ordinaire.

Les Evêques eux aussi, établis par le Saint-Esprit, succèdent aux Apôtres comme pasteurs des âmes (3): ils ont été envoyés (4) pour assurer, en union avec le Souverain Pontife et sous son autorité, la pérennité de l'oeuvre du Christ, Pasteur éternel.



On pourrait multiplier les citations.
Mais je crains que ce soit de peu d'effet.

Cordialement
Meneau