Le Forum Catholique

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images/icones/hein.gif  ( 7078 )La place à donner aux corporations ? par Marine (2009-01-21 18:45:34) 

Cher Yves-Marie, très heureuse de vous relire (même si cela fait tout bizarre de vous vouvoyer) !

Lisant le descriptif de la Monarchie contemporaine selon Yves-Marie, et ayant présente à l'esprit l'importance capitale que jouaient les corporations dans le domaine des libertés individuelles (d'où leur nécessaire et incontournable suppression par les révolutionnaires !), je me demandais quelle place une monarchie moderne leur ferait.

Rompant avec une politique multiséculaire, renoncerait-elle à les faire revivre (pas sous la forme de syndicats qui ne défendent qu'eux-mêmes, donc autorisée par nos actuels dirigeants) ?

Merci de donner de votre temps pour nous lire et répondre à nos interrogations. Je te vous reconnais bien là.

Marine

images/icones/neutre.gif  ( 7166 )[réponse] par Yves-Marie Adeline (2009-02-02 18:26:25) 
[en rponse 7078]

Je ne me suis jamais beaucoup intéressé au corporatisme, parce qu’il ne me semble pas adapté à notre époque. Cela dit, beaucoup d’idées corporatistes ont été appliquées dans les faits : les conventions collectives, par exemple ; la planification aussi, encore que le socialisme la pratique également. Par ailleurs, certains métiers sont corporatistes, tous ceux qui conduisent à toucher à la personne : médecins, coiffeurs. Et l’on a tendance aujourd’hui à protéger le métier de boulanger. C’est vrai que c’est agaçant de voir quelqu’un s’inventer un métier qu’il ne maîtrise pas. Mais le principe de la liberté d’entreprendre a ses avantages aussi. Il faudrait éviter les abus qui conduisent au monopole, car le monopole entraîne souvent la stagnation. Ou alors il faut s’appeler Lully, qui était seul à pouvoir produire des opéras à Paris… mais quels opéras !
images/icones/neutre.gif  ( 7176 )Que signifie par Marine (2009-02-02 18:41:33) 
[en rponse 7166]

cher Yves-Marie, "pas adapté à notre époque", pour une institution qui a traversé tant d'époques si différentes, depuis le Moyen Âge jusqu'à la révolution ?

Il semblerait au contraire que nous ayons plus besoin que jamais de corporations à notre époque où l'ordre est défaillant, où les personnes sont individualisées jusqu'à les rendre isolées et fragiles comme jamais dans l'histoire on ne l'a constaté.

Les personnes aujourd'hui éprouvent le besoin de se créer des communautés, faute d'en avoir. En attestent tous ces blogs et forums où les personnes se retrouvent pour échanger des vues "entre elles".

N'oublions pas que les corporations ne se préoccupaient pas uniquement des conditions de travail, mais de toute la vie des membres d'une même profession, depuis les métiers les plus rémunérés jusqu'aux métiers "de misère".
Le socialisme, en semant la haine entre les patrons et les ouvriers, n'a contribué qu'à désorganiser davantage les professions.

images/icones/neutre.gif  ( 7192 )[réponse] par Yves-Marie Adeline (2009-02-02 19:30:28) 
[en rponse 7176]

Certes, les associations dont vous parlez sont bonnes. Quand je parle d'adaptation, je pense à l'économie contemporaine. Comment envisageriez-vous d'organiser les métiers, selon quelle nomenclature aujourd'hui? C'est devenu très compliqué.
Quant au socialisme, qui est une doctrine à laquelle je n'adhère pas, je rappelle tout de même qu'il fut le premier courant à dénoncer la misère prolétarienne, même s'il fut tôt suivi par le comte de Chambord. Cet ordre chronologique doit pouvoir nous inviter à plus d'humilité sur la question de savoir si nos écoles de pensée ont toujours été authentiquement chrétiennes dans le souci des pauvres.
images/icones/neutre.gif  ( 7206 )Les premiers à avoir par Marine (2009-02-02 19:54:19) 
[en rponse 7192]

dénoncé la misère ouvrière au XIXème siècle n'ont pas été les socialistes, mais les ministres de Charles X.
Karl Marx rédige son "Capital" en 1862, donc presuqe 20 ans après l'enquête du Marquis de Villermé, ministre de Charles X, parue en 1840, la même année que l'enquête sociale de Buret.

Rendons donc à Marx ce qui est à Marx et surtout aux Légitimistes ce qui est aux Légitimistes...!


Aujourd'hui, ce qui est devenu très compliqué c'est surtout de réformer !

Mais si l'on remettait au goût du jour les corporations, avec l'organisation et la règlementation de la profession, la prise en charge des familles nécessiteuses, et la justice interne à la profession et à tous les corps de métiers, alors les grèves n'existeraient plus, le "trou de la sécu" non-plus, et une foule de soucis d'aujourd'hui seraient ainsi évaporés.

Une réforme a suffi à défaire les corporations, donc une réforme suffirait à les rétablir... il suffirait d'une volonté politique.

Merci d'avoir répondu

Marine
(nostalgique de l'époque de Philopolis et de l'INREF !!!)

images/icones/neutre.gif  ( 7211 )[réponse] par Yves-Marie Adeline (2009-02-02 20:06:35) 
[en rponse 7206]

Pardonnez-moi mais Marx (qui d'ailleurs a écrit autre chose avant son Capital...)n'est pas le premier socialiste, il est celui qui va dominer le socialisme après Proudhon. Et avant Proudhon, il y eut pléthore de socialistes, Fourier par exemple, Babeuf, Cabet, Considérant etc.
Fourier, observant la prétendue souveraineté politique du citoyen inventé par la république, prend acte du fait que les dés sont pipés parce que la misère de l'ouvrier le rend incapable d'exercer sa liberté et son égalité politiques. C'est pourquoi il écrit: "Le plaisant souverain que voilà!"
Mais la question va au-delà, nos écoles de pensée, quand elles ont commencé à s'intéresser à cette question ouvrière, ont préconisé un apitoiement paternaliste qui n'a évidemment pas su convaincre. Encore une fois, cela ne fait pas de moi un socialiste, mais je pense que nous (l'école légitimiste en effet, comme vous le rappelez justement)n'avons pas toujours été à la hauteur de la question.
images/icones/1i.gif  ( 7222 )Mea culpa par Marine (2009-02-02 20:35:33) 
[en rponse 7211]

Mea maxima culpa !
J'avais littéralement fait table rase des socialistes utopiques.
Ils sont si éloignés du socialisme (celui qui a triomphé) que je les avais totalement oubliés.



Bonne soirée, cher Yves-Marie, et merci d'avoir répondu.

A présent j'ai un rendez-vous avec un gentil de ma connaissance et dois donc filer !

In Christo

Marie


images/icones/neutre.gif  ( 7255 )Victor Hugo par Castille (2009-02-03 08:23:36) 
[en rponse 7206]

"La misère est une chose affreuse" in son discours à l'Assemblée Constituante en 1848