Le Forum Catholique
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( 7033 )
Maupeou, dernier grand serviteur de la royauté? par
Gabriel Dubois (2009-01-20 19:01:23)
Bonsoir,
Afin d'apporter un peu de grain à moudre au débat que nous venons de débuter, je souhaite attirer votre attention sur un personnage oublié de l'Ancien Régime, M. de Maupeou.
Ancien président du parlement de Paris, devenu chancelier de Louis XV à la fin des années 1760, il fut celui qui, en 1771, mis fin à la crise parlementaire qui secouait le règne depuis son commencement et secouerait de nouveau celui de Louis XVI par la suite.
Maupeou, par sa poigne, mais également sa clairvoyance, su se conduire en véritable homme d'Etat, lui qui, par le passé, s'était trouvé, de fait, homme de faction, en tant que président du parlement de Paris. Il su également rendre possible les réformes qui suivirent son coup de force. Rétablissement des finances de l'Etat, réforme en profondeur de la justice, et notamment l'instauration de sa gratuité, l'apointement des juges et la fin de la vénalité des charges. Tant de choses auxquelles Louis XVI mit fin au début de son règne.
Maupeou n'était pas seul, bien sûr, mais il su s'entourer, ce qui est également la qualité de l'homme d'Etat.
Enfin, Louis XV, lui, eu l'intelligence et le sens de sa charge suffisament pour soutenir son ministre jusqu'au bout.
L'Ancien Régime aurait-il été sauvé par l'action du tandem Maupeou-Louis XV? on ne le saura, évidemment, jamais, mais je donne à méditer, ce soir, une sentence que Maupeou prononça lorsque Louis XVI aboli ses réformes et remit tout dans l'état antérieur, sous l'influence de Vergennes et Turgot:
"J'avais fait gagner au roi un procès vieux de trois siècles, s'il veut perdre sa couronne, il en est bien le maître."
Voilà , je pense, quelque chose à méditer, dans l'étude des causes de la Révolution.
A ce titre, je ne saurais trop conseiller à chacun l'ouvrage du duc de Castries, l'Agonie de la Royauté, chez Perrin, qui n'est plus édité, malheureusement, aujourd'hui, mais que l'on peut encore acheté via internet dans des librairies spécialisées.

( 7046 )
Maupeou, Louis XV, monarchie républicaine par auxiliumchristianorum (2009-01-20 20:37:56)
[en réponse à 7033]
Bonsoir Monsieur,
Sans qu'elle soit éminemment politique, ma question touche aussi à l'histoire récente de la France. La personnalité et l'oeuvre du chancelier Maupeou m'ont toujours poussé à une réflexion prospective.
Ne pensez-vous pas que ce personnage s'inscrit dans la ligne de tous ceux qui depuis Richelieu au moins ont accepté d'aller à l'encontre de leur propre famille de pensée pour "mieux épouser la France" en voulant édifier l'Etat - sans lequel comme le disait de Gaulle au Conseil d'Etat en 1958, il n'y a pas de France ? Ne pensez-vous pas qu'il est de ceux qui nous ont transmis en héritage cette immanence de l'Etat, puissance publique au service de l'intéret général, que l'on retrouve chez Louis XIV, Louis XVI, le baron Louis, Guizot, Napoléon III, Maurice Hauriou - que vous devez connaitre un peu vu vos études - Clémenceau, de Gaulle ? Ne serait-ce pas là le leg impérissable de la monarchie capétienne et qui n'a cessé depuis, de façonner les régimes constitutionnels successifs meme* ceux qui furent les plus marqués par une certaine idéologie gauchisante comme un moment la IIIe République et surement la IVe ? N'est-ce pas ce leg qui fait aussi en partie l'exception culturelle française - expression horrible soit dit en passant - et qui fait que les plus grands Français ont toujours été monarchistes de coeur et républicains de raison ?
N'est-ce pas cette res publica - qui définissait la monarchie meme dans le langage savant du XVIe siècle (voir Bodin et les monarchomaques) que la monarchie a léguée à la République française, à savoir un Etat fort, détenteur de la souveraineté, l'exerçant par le biais de la puissance publique au service de l'intéret général et au détriment des féodalités de toute nature ?
Nous savons que c'est le chancelier Maupeou qui inspira largement le discours de la célèbre séance de la flagellation du 3 mars 1766 pendant laquelle, Louis XVI en costume de chasse humilia tous les corps constitués par un discours mémorable qui révèle à mes yeux l'essence de la monarchie française : "C’est en ma personne seule que réside la puissance souveraine », « c’est à moi seul qu’appartient le pouvoir législatif, sans dépendance et sans partage », « l’ordre public tout entier émane de moi et les droits et intérêts de la nation, dont on ose faire un corps séparé du monarque, sont nécessairement unis avec les miens et ne reposent qu’en mes mains »
Tout est dit. On est étonné de trouver à peu près les memes expressions dans la tout aussi célèbre conférence de presse du 31 janvier 1964 dans laquelle le général de Gaulle définit la nature profonde de la fonction du président de la République assurant la chefature de l'Etat dans la plus monarchique des républiques françaises : "[...] Il doit etre évidemment entendu que l'autorité indivisible de l'Etat est confiée tout entière au président par le peuple qui l'a élu, qu'il n'existe aucune autre, ni ministérielle, ni civile, ni militaire, ni judiciaire, qui ne soit conférée et maintenue par lui, enfin qu'il lui appartient d'ajuster le domaine supreme qui lui est propre avec ceux dont il attribue la gestion à d'autres [...]".
C'est la meme définition, par le sommet, de l'Etat, construction abstraite, mais construction bien française, qui fut celle de la monarchie avec toutes les nuances que l'on sait et que vous soulignez à très juste titre et à très bon escient.
Ne pensez-vous pas au final, que de Richelieu à de Gaulle, en passant par Maupeou, Louis XV et bien d'autres encore, c'est cette présence immanente de l'Etat français, de notre chose publique qui constitue le véritable legs et la véritable gloire impérissable de la monarchie nationale qui fut celle des Capétiens ?
Merci d'avance de votre réponse.
* Post sans accents circonflexe à cause d'un problème de clavier
Auxiliumchristianorum

( 7050 )
[réponse] par
Gabriel Dubois (2009-01-20 20:55:37)
[en réponse à 7046]
Cher Monsieur,
A vrai dire, je ne sais que répondre, car votre très belle question contient déjà , dans son développement, toutes les réponses qu'il serait possible d'apporter.
En effet, vous avez raison. En dépit de la profonde opposition entre la royauté capétienne et la république moderne dans l'esprit, on doit admettre cette continuité de l'Etat.
Et finalement, c'est l'institution royale, donnant l'Etat à la France, qui aurait pu dire en s'éteignant:
"Je m'en vais, mais l'Etat, lui, demeurera toujours."
De même, si la république jacobine, dans sa vision de l'Etat, est allée bien plus loin que la royauté, peut-être trop loin, puisqu'elle a poussé l'emprise étatique au-delà du simple service, allant jusqu'à briser les particularismes français qui lui faisaient obstacle, elle a su conserver et transmettre l'idée de l'Etat, du service de l'Etat et de la nation, qui anima les grands fonctionnaires du XIXe et du XXe siècle, quoi qu'on en dise parfois, et qui anime encore aujourd'hui les grandes écoles, à un degré ou un autre, qu'il s'agisse de St Cyr, de l'ENS ou de l'ENA. Certes, ce sens de l'Etat est parfois embrumé d'idéologies, mais il se retrouve presque toujours.