Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=6983
images/icones/hein.gif  ( 6983 )Le drapeau français par Ennemond (2009-01-19 13:51:23) 

La grande opportunité du retour des rois de France n'a-t-elle pas été manquée lors de l'entrevue versaillaise entre le comte de Chambord et le maréchal de Mac Mahon ?

Un monarchiste convaincu doit-il refuser l'air - à défaut des paroles - de la Marseillaise et le drapeau tricolore, dès lors qu'ils ont été lavés dans ce qu'on appela en 1918 "l'Union sacrée" ?
images/icones/5b.gif  ( 6986 )Pardonnez-moi par Ennemond (2009-01-19 14:12:12) 
[en réponse à 6983]

Je n'avais pas vu que vous vous étiez arrêté à Louis XVI...
images/icones/neutre.gif  ( 7022 )[réponse] par Gabriel Dubois (2009-01-20 18:34:20) 
[en réponse à 6983]

Je ne sais pas si je pourrais répondre à votre question comme vous l’espérez, étant donné que je me refuse, dans le cadre historique, à me positionner politiquement.

Je vais néanmoins tenter des réponses.

Il est certain qu’une occasion historique fut manquée lors de l’entrevue versaillaise entre le comte de Chambord et le maréchal de Mac Mahon. Etait-ce « la grande opportunité », je ne sais pas. Il est toujours difficile de se prononcer ainsi, après coup. Je pense qu’un historien comme Daniel de Montplaisir en parlerait avec plus de rigueur. A ce propos, je vous conseille de lire sa biographie du comte de Chambord, publiée récemment chez Perrin. Mais pour revenir à votre question, il aurait été difficile que cela se solda autrement que par un échec, lorsque l’on voit où était loger le comte de Chambord, à Versailles. Je vous invite à passer devant sa maison, si vous en avez l’occasion, c’est un petit immeuble de trois étages, sans aucune prétention, à la façade grise et triste. On y rentre par une petite porte piétonne, il n’y a même pas de porte cochère. Et cet immeuble, où le pouvoir avait logé le comte de Chambord, était à quelques centaines de mètres du château de Versailles. Je crois que l’on comprend mieux certaines raisons de l’échec du comte de Chambord lorsque l’on voit où il fut logé par ses fidèles, alors que ceux-ci habitaient dans leurs imposants hôtels particuliers quelques rues plus loin. C’est sans doute la raison pour laquelle l’historien doit parfois aller sur le terrain, respirer l’air des lieux dont il va parler.

Pour répondre à votre seconde question, sur la Marseillaise et le drapeau tricolore : Ces deux symboles républicains furent longtemps unanimement rejetés par les royalistes, comme symboles de la Révolution. Chacun avait le souvenir du sang de la Vendée, de l’exécution de Louis XVI et des excès de la Révolution. Pensez qu’un homme âgé de 40 ans en 1914 pouvait avoir des Grands-Parents ayant connus les dernières années de l’Ancien Régime. Ou à tout le moins la Restauration. Aussi, ces symboles étaient-ils proscrits, historiquement, dans les familles royalistes légitimistes. Moins chez les orléanistes, pour des raisons également historiques.

Mais que vienne la Grande Guerre, l’union sacrée, et le drapeau, ainsi que la Marseillaise, finirent par être adoptés par les légitimistes eux-mêmes. Un royaliste doit-il accepter ces symboles aujourd’hui ? Ce n’est pas à l’historien de se prononcer. En revanche, il apparaît évident que l’adoption de ces symboles, par les légitimistes eux-mêmes, entre 1914 et 1918, fut la plus grande victoire de la IIIe République sur ses adversaires.
images/icones/fleche2.gif  ( 7038 )Raisonnons toujours en historien... par Ennemond (2009-01-20 19:51:36) 
[en réponse à 7022]

Tout en évitant la politique...
Il me semble que la Marseillaise a même été abandonnée par ses véritables parents. Dès les années 1920, les milieux de gauche et d'extrême gauche adoptèrent l'Internationale dans leurs réunions politiques. Il n'y a guère que le "sursaut" de 2002 qui ait fait renouer ces milieux avec leur ancien hymne, un mois durant. Il fut vite oublié. Entretemps, la Marseillaise fut même joué dans les orgues d'église. Imaginons la tête des descendants de Babeuf !

Plus qu'une victoire de la IIIe République (parce que ce désaveu de la gauche empêche de parler d'unité autour de la Marseillaise), il y a un déplacement de la symbolique de cet hymne qui pourrait plutôt faire penser à une victoire de la droite sur ce champ/chant.

Restent les paroles...
images/icones/neutre.gif  ( 7041 )[réponse] par Gabriel Dubois (2009-01-20 20:06:00) 
[en réponse à 7038]


Au niveau historique, effectivement, on ne peut oublier le sens du refrain: "qu'un sang impur abreuve nos sillons." Comme l'a si justement rappelé Jean de Viguerie durant une conférence sur les Lumières, ainsi que dans son essai historique sur l'idée de patrie en France:

Les deux patries, chez DMM


Ce sang impur, c'est celui des ennemis de la Révolution. De fait, si la Marseillaise est aujourd'hui un chant d'unité nationale, authentique, chanté par tous les Français, hormis certains intellectuels auto-proclamés, on ne peut oublier que ce chant reste idéologiquement marqué, orienté vers la haine de tout ce qui n'adopte pas les idéaux révolutionnaires.

Ce n'est, bien sûr, qu'une constatation historique...