Le Forum Catholique

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images/icones/vatican.gif  ( 6978 )Le testament de saint Louis par Vianney (2009-01-19 10:14:06) 

 
Prolongeant en quelque sorte la question de Chouette ci-dessus, je voudrais vous demander ce que vous pensez de l’ouvrage Saint Louis et la papauté où Dom Guéranger met à jour la falsification du testament du saint roi sous l’influence des légistes de Philippe le Bel, « pour enlever à saint Louis, aux yeux de la postérité, le caractère d’un prince dévotement attaché au pontife romain ».

Falsification sur laquelle plusieurs historiens se seraient ensuite appuyés, avec plus ou moins de bonne foi, pour affirmer comme Fustel de Coulanges dans son Saint Louis et le prestige de la royauté : « Il n’y a pas de roi plus gallican. »

Par contre, au dire de l’abbé Bruno Schaeffer, qui préface la réédition toute récente de l’étude de Dom Guéranger : « L’historiographie la plus récente s’accorde sur l’extrême loyauté de saint Louis envers la papauté. »

Qu’en est-il exactement, selon vous ?

V.
images/icones/neutre.gif  ( 7018 )[réponse] par Gabriel Dubois (2009-01-20 18:29:29) 
[en réponse à 6978]

J’ignorais l’existence de l’ouvrage de Dom Guéranger, mais, en effet, si l’on se penche sur les recherches historiques récentes, comme celles de Jacques Le Goff, plus éminent spécialiste du règne de St Louis, sa fidélité à la papauté semble évidente, et il serait anachronique de parler de gallicanisme pour le règne de St Louis. Si la fidélité ne veut pas dire la soumission, et si St Louis ne se laissera pas non plus dominer par les prétentions temporelles des papes d’alors, il sera toujours le fils de l’Eglise.

En revanche, effectivement, le gallicanisme est une réalité du règne de Philippe le Bel, et la falsification peut, dans ce contexte, largement se comprendre, surtout si l’on suit le détail des affrontements entre le roi de France et le pape sous le règne de Philippe le Bel. Affrontements dans la ligne de ce qui se passait également dans l’Empire Romain Germanique, alors. Nous sommes, à ce moment là, en pleine opposition autour des prétentions du pape à une supériorité politique, temporelle, par rapport aux souverains d’Europe.

Mais pour en revenir à St Louis, M. L’abbé Schaeffer a tout à fait raison, et ce avec les éminents médiévistes des dernières années.

La position de Fustel de Coulanges, elle, s’explique non seulement à cause de la foi accordée à un document falsifié, mais également à cause d’une orientation de l’historiographie de l’époque. A la France républicaine de ce début de IIIe République, préparant la revanche contre l’Allemagne, en prise aux luttes anticléricales, il faut à la fois une indépendance totale face aux puissances intérieures et extérieures qui pourraient brider l’Etat républicain, mais il faut également une indépendance dans le domaine de l’histoire. Dans ce mythe de la France parfaite, quasiment de la « déesse France », il faut une patrie immaculée, qui ne fut jamais soumise à qui que ce soit sous quelque forme que ce fut, et conserva toujours ses spécificités. Le gallicanisme faisant partie de ces spécificités.

Enfin, à cette France de la fin du XIXe siècle, il faut des saints, mais des saints laïcs. St Louis, Godefroy de Bouillon, Philippe Auguste, Philippe Le Bel, mais également Jeanne d’Arc, seront récupérés par l’historiographie, comme les bâtisseurs de la nation, mais des bâtisseurs laïcs. La foi est absente.

Autrement dit, il y a également, ici, un enseignement à tirer des orientations idéologiques de l’historiographie, selon les situations nationales. Ainsi, même Fustel de Coulanges, qui se disait positiviste, et voyait l’histoire comme une science exacte, même lui, qui fut pourtant un novateur éclairé dans son domaine, a parfois pêché dans ce sens.