Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=6550
images/icones/computer.gif  ( 6550 )Internet et foi par XA (2008-12-09 21:23:28) 

Je pousse plus loin la question posée par Polydamas.

Un de vos éminents confrères signait dans l'Homme Nouveau en janvier 2007 un éditorial dans lequel il écrivait "tout le monde a-t-il la même légitimité à s'exprimer en public ? A-t-on le droit et le devoir de tout dire sur la toile ?"

Il entendait par là que les catholiques lambda avaient meilleur compte à lire les Ecritures saintes, les textes du Magistère ou les grands auteurs chrétiens que de discuter de leur foi sur le net.

Quel est votre avis sur la question ? Pensez-vous que la pensée doit rester le fait des intellectuels reconnus (par qui ? on ne le sait pas toujours très clairement) ou au contraire le net peut-il être une occasion pour tout un chacun de s'approcher jour après jour de la Vérité, tâtonnements après tâtonnements, interrogations après interrogations ?

En tant que journaliste, quel est votre avis sur la question ?

XA
images/icones/neutre.gif  ( 6557 )[réponse] par Michel De Jaeghere (2008-12-09 21:54:31) 
[en réponse à 6550]

Je suis embarrassé pour vous répondre. Il me semble, par l'expérience de certains de mes enfants étudiants, qu'Internet peut aussi devenir une drogue, et qu'on risque souvent d'y perdre un temps qui serait, de fait, mieux utilisé à lire de bons livres.
En même temps, il est indéniable que des sites tels que le vôtre ou le salon beige diffusent et transmettent nombre d'informations intéressantes, inédites. Il faudrait parvenir à garder une mesure qui suppose une discipline intraitable, ce qui est toujours aléatoire.

S'agissant de la question de savoir si tout le monde a le droit de s'exprimer: c'est une question difficile. En théorie, il serait bon que ne soient pas mis sur un même plan l'avis du spécialiste et l'improvisation de l'amateur (mais il suffit après tout que le spécialiste donne ses titres, et que l'amateur ait l'honnêteté de préciser qu'il en est un). En pratique, nous vivons une crise marquée par la défaillance des autorités hiérarchiques. Si les traditionalistes avaient attendu le feu vert des autorités compétentes pour réagir aux dérives que l'on a pu observer dans l'Eglise, où en serions nous aujourd'hui? S'il avait fallu attendre que l'Académie française dénonce les méfaits de la méthode globale, que le ministre de l'Intérieur s'inquiète de l'immigration, que nos évêques prennent la tête des manifestations contre l'avortement, nous ne serions pas allés très loin.
La réaction s'est donc faite au prix d'un certain nombre de concession à l'anarchie. Cela ne fait pas de l'anarchie un idéal, bien sûr. Mais le respect de l'ordre établi a montré, lui aussi, ses limites. Il me semble que tout cela est révélateur d'un phénomène d'épuisement des élites. Les élites en place ont failli à leur mission. D'autres ont relevé le gant, c'est dans l'ordre naturel des choses. Il n'est pas normal qu'un maire du Palais usurpe la place du roi légitime. Sauf s'il arrête les arabes à Poitiers pendant que baguenaudent les rois fainéants. Ensuite, vient un temps où les hiérarchies se remettent en place, et où les nouvelles élites, issues de l'anarchie, exigent l'obéissance au nom du nouvel ordre établi. Comme dit Madame Sans-gêne: Maintenant, c'est nous qu'on est les princesses. Monseigneur Lefebvre appelait cela : "reprendre les clés de la sacristie" (il parlait des laïcs qui avaient pris l'initiative d'ouvrir des chapelles, et qui pouvaient avoir tendance à considérer les prêtres comme des chapelains à leur service).
Tout cela pour vous dire que la méthode du tatonnement, de la confrontation, à laquelle vous faites allusion ne me parait pas condamnable en temps de crise, mais qu'elle n'est, à mes yeux qu'un pis aller, en attendant la reprise en main par les autorités légitimes. Le problème est toujours celui de l'atterrissage, du moment où l'on s'aperçoit qu'on a cessé de subir l'anarchie comme une contrainte, et qu'au fond, on y a pris goût.
images/icones/bravo.gif  ( 6559 )Merci pour votre réponse. par XA (2008-12-09 22:07:47) 
[en réponse à 6557]

Cher Monsieur,

Oui, un grand merci pour votre réponse claire et précise. Et pour votre analyse que je rejoins en tout point. Si ce forum a vu le jour, c'est bien la conséquence même de la crise, et parce qu'il entendait faire en sorte que les catholiques de diverses sensibilités puissent poursuivre un dialogue, même houleux, pour se retrouver autour de l'essentiel. Derrière le Successeur de Pierre, en fin de compte.

Ce qui aux grandes heures de la Chrétienté était une évidence ne l'est plus tout à fait de nos jours, même si l'on doit admettre que les catholiques traditionnels ne sont pas aujourd'hui les enfants les plus infidèles de l'Eglise.

A l'heure où certains évêques en France se moquent éperdument des rappels à l'ordre romain, à l'instar d'un Monseigneur Bouilleret (photo ci-dessous), il me semble important que les catholiques scandalisés puissent exprimer publiquement leur désarroi et qu'ils sentent qu'ils ne souffrent pas seuls chacun dans son coin.

Lorsque la crise sera passée, ce qu'à Dieu ne plaise, il est clair qu'un forum de discussion tel que celui-ci n'aura plus la même vocation. Ni la même utilité. Il suffira alors aux fidèles d'ouvrir leur catéchisme... et à dévorer effectivement nos grands auteurs chrétiens.

Merci encore pour votre participation ce soir, très riche et dense. Je n'ai pas fini de vous lire... et de vous relire.

Bon et saint Avent.

XA

Comme (pr)omis, la photo :

images/icones/computer.gif  ( 6566 )Sur la lecture et Internet par Polydamas (2008-12-10 00:25:36) 
[en réponse à 6557]


Il me semble, par l'expérience de certains de mes enfants étudiants, qu'Internet peut aussi devenir une drogue, et qu'on risque souvent d'y perdre un temps qui serait, de fait, mieux utilisé à lire de bons livres.



Tout à fait, c'est vrai. Mais il ne faut pas oublier également que bon nombre des grands classiques sont en libre accès sur Internet, il n'y a rien de plus facile que de les télécharger et de les lire sur écran, vous êtes au courant des tentatives de Google de numériser le plus de livres possibles. Alors, certes, ce n'est pas aussi souple et agréable qu'un livre, mais il est tout à fait possible de rester des heures devant son écran tout en lisant de très bons bouquins. A moindre frais.