Le Forum Catholique

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images/icones/1f.gif  ( 6494 )Néo-iconoclasme et néo-marcionisme par Aétius (2008-12-09 10:11:33) 

Cher monsieur,

Ayant assisté hier soir, jour de l'Immaculée Conception, à une messe dans le rite moderne, n'ayant pas trop d'autres possibilités autour de chez moi, de multiples pensées me sont venues à l'esprit, suite à une question que vous a posée Bernard Viallet, concernant le néo-arianisme dans l'Eglise.

Tout d'abord, à propos de ce dernier, je crois qu'il y a une grande différence avec la fin de l'empire romain : l'arianisme antique, si j'ai bien compris en quoi il consiste, en effet veut "sauver" l'unicité de Dieu, et sa majesté, regardant donc le Christ comme un simple homme, en qui Dieu a insufflé son esprit (un peu la conception donc que l'Islam se fait de Jésus). Le néo-arianisme a tendance à humaniser Dieu, voire à le passer à la trappe, au profit d'un Jésus bien humain et sympa, qui rassemble plutôt qu'il ne vient apporter la division...

Pour revenir à mes pensées suite à la messe à laquelle j'ai assisté hier, je me disais qu'en fait il y a quarante ans, après tout un temps de gestation, avait soufflé sur l'Eglise un vent de tempête iconoclaste, comme avait pu en connaître l'empire byzantin aux alentours du 8ème siècle : mise au ban des autels, des ornements liturgiques, du latin, des chants hérités des siècles chrétiens, des attitudes et gestes traditionnels, au profit d'une simple table, qu'on peut souvent prendre pour une table Ikéa, d'un répertoire choral qui refuse toute production antérieure au concile Vatican II...Bref, désacralisation généralisée, qui fait que la messe devient plus un temps de prière un peu intellectuel en commun qu'un sacrifice clair à Dieu.

Par ailleurs, même si le rituel moderne fait redécouvrir dans les lectures des extraits de l'Ancien Testament et le chant des psaumes (mais avec des traductions souvent édulcorées), tout l'aspect vétéro-testamentaire (avec le côté sacré et légaliste, la codification des gestes et des paroles, l'aspect majestueux de Dieu, par exemple) du rite traditionnel me paraît évacué.

Bref, il me semble qu'il y a là une forme larvée de marcionisme, une des plus grande hérésies des début du christianisme, contre laquelle l'Eglise naissante a bataillé ferme, pour défendre la célèbre phrase du Christ, disant à propos de l'ancienne Loi, qu'il n'était pas venu pour l'abolir, mais pour l'accomplir. C'est ainsi que le rite traditionnel rassemble le côté sacrificiel de l'ancienne Alliance et le côté Banquet fraternel de la nouvelle. Qu'on enlève une des deux faces, et le déséquilibre se crée

Néo-arianisme, néo-iconoclasme, néo-marcionisme...Cela commence à faire beaucoup : serait-il possible que ce soit effectivement un retour de toutes les hérésies, sous une forme bien plus discrète, et sympathique (et dans ce cas-là, que faire ?), ou est-ce moi qui me fait des idées (et dans ce cas-là, quel médecin pourriez-vous me conseiller) ?

Je vous remercie d'avance de votre réponse.

Cordialement,

Aétilius
images/icones/neutre.gif  ( 6521 )[réponse] par Michel De Jaeghere (2008-12-09 19:24:18) 
[en réponse à 6494]

Je crois que vous avez raison sur l’arianisme, et ce que vous dites sur l’aspect vetero-testamentaire du rite traditionnel me parait très juste et très bien vu.
Je suis assez irrité d’entendre répéter que la réforme liturgique a eu au moins un mérite indiscutable : celui d’introduire des lectures de l’Ancien testament dans la Messe. Ceux qui assistent régulièrement à la Messe traditionnelle savent que toute sa liturgie est scandée par le chant des psaumes. Il me semble que l’Ancien Testament y est justement à sa place : il nourrit notre prière, alors qu’il me semble que dans le rite réformé, il tend à être présenté comme un enseignement directement applicable, placé en quelque sorte sur un pied d'égalité avec celui du Nouveau Testament (je sais bien qu’il arrive aussi dans le rite traditionnel qu’un texte de l’Ancien Testament prenne la place de l’épitre, mais cela reste exceptionnel).
Je ne crois pas que vous soyez fou. Il me semble que Saint Pie X a défini le modernisme comme l’égoût collecteur de toutes les hérésies.