Le Forum Catholique
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"Jeunes d'aujourd'hui"... par Jeanne Smits (2008-12-01 19:24:05)
Cher Bernard Viallet,
En attendant d’avoir le plaisir d’attaquer votre livre et d’en faire la recension, je voudrais connaître votre opinion sur ce qu’il est convenu d’appeler (depuis des temps immémoriaux !) « les jeunes d’aujourd’hui ». Sont-ils différents de ceux de jadis ? Ou sont-ce l’école et ses méthodes qui les handicapent ?
Partagez-vous l’analyse d’Elisabeth Nuyts selon laquelle les pédagogies « globales » (visuelles, avec l’accent mis sur le travail de reconnaissance et de rapidité) qui ont cours dans la plupart des matières, inhibent le travail d’analyse et de raisonnement des jeunes au point de les rendre prisonniers de leurs envies et de leurs sentiments ?
Il me semble qu’on laisse leur raison en friche bien plus qu’ils ne se complaisent dans l’ignorance – et c’est pourquoi j’ai trouvé le film « Entre les murs » épouvantablement cynique…
Alors : assistons-nous à une sorte de crime contre l’humanité, un « avortement des esprits » ?
Merci pour votre réponse.
Jeanne Smits

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Jeunes d'aujourd'hui par
Bernard Viallet (2008-12-01 20:51:26)
[en réponse à 6410]
Les jeunes d'aujourd'hui sont assez différents de ceux d'hier. Personnellement, je les plains très sincèrement. Pour beaucoup, l'avenir est drôlement fermé et pas seulement à cause du chomâge et des problèmes économiques. J'aime beaucoup votre expression "Avortement des esprits", terrible expression qui fait peur et honte. Je me contenterai "d'abrutissement programmé et généralisé". Pour vous donner une idée de ce que j'ai ressenti lors des évènements de l'automne 2005, quand ma banlieue s'est mise à flamber. Je me suis dit : "Mais tous ces jeunes qui font n'importe quoi, mais ce sont tes anciens élèves et ceux de tes amis collègues. J'ai eu honte pour eux et pour nous. Je me suis dit que nous avions raté quelque chose quelque part, que nous n'étions pas parvenus à en faire des citoyens honnêtes et responsables. Puis, à la réflexion, j'en suis venu à la conclusion qu'en fait, ON NE NOUS AVAIT PAS LAISSE VRAIMENT FAIRE CORRECTEMENT NOTRE BOULOT et que notre culpabilité était bien moindre que celle de nos responsables qui depuis 40 ans nous mènent à la catastrophe. Cette explosion ne m'a d'ailleurs pas surpris car depuis bien des années avant 2005, j'avais été témoin de petits incendies et de violences en tous genres, annonciateurs de la suite. Je crains que cela ne se reproduise et peut-être en pire car il n'est pire conseiller que le désespoir. Le Mammouth désespère les jeunes sans doute encore plus que nous autres profs! Les milliards du contribuable n'y changeront pas grand chose malheureusement.
Merci, chère Jeanne Smits, de bien vouloir consacrer un petit article au Mammouth dans Présent.

( 6452 )
Merci... par Jeanne Smits (2008-12-01 21:33:38)
[en réponse à 6438]
pour votre réponse sincère. Je suis persuadée pour ma part de la bonne volonté d'un grand (du plus grand ?) nombre de professeurs, et de la perversité du petit nombre de "pédagogistes" qui orientent leur action.
Une chose m'effraie grandement : à côté d'enseignants structurants (plus âgés, ou plus indépendants d'esprit) que l'on trouve encore par bonheur, survivants à l'intérieur du Mammouth, combien va-t-il en arriver en remplacement des "babyboomers", combien de jeunes qui n'auront pas reçu ce minimum nécessaire pour transmettre ?
J'ai discuté ces jours derniers avec une jeune femme professeur de candidats au CAPES. Scrutant les réformes Darcos, elle a constaté avec consternation que l'essentiel du cursus de formation des maîtres portera sur... la "connaissance du système éducatif", tandis que pour les futurs professeurs des écoles, le français ne comportera plus d'épreuve obligatoire à l'oral : ils tireront au sort entre lui et l'histoire.
Encore merci
Jeanne Smits