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Etat, Nation, Eglise par Justin Petipeu (2008-11-24 19:04:00)
J'ai lu sur votre blog les interventions de Hautebert et les réponses que vous lui avez faites.
Ces conversations étant un peu érudites pour moi, peut-on résumer votre pensée en disant que pour vous, l'Etat et la nation ne sont plus des cadres de vie ou de "vivre ensemble" qui sont viables pour les catholiques et qu'il faut donc que ceux-ci s'en affranchissent en plaçant les communautés "naturelles" et/ou traditionnelles sous la tutelle directe de l'Eglise ? C'est du moins ce que j'ai compris (pour aller très vite !)
- J'aimerais avoir votre sentiment sur la déclaration très disputée du concile "Dignitatis Humanae". Ne pensez-vous pas qu'en consacrant la neutralité de l'Etat comme un principe, cette déclaration, si vous l'acceptez, ne vous laisse finalement d'autre choix, en tant que chrétien, que de réclamer haut et fort la fin de l'Etat politique moderne ?
- Certains défenseurs de DH prétendent néanmoins que la neutralité de l'Etat ne doit pas être un obstacle à la construction d'une société chrétienne. Où l'on conclut que ce n'est plus à l'Etat d'organiser la société et qu'un Etat athée par principe, pourrait cohabiter avec une société civile chrétienne...N'est-ce pas là finalement la fin du politique tel que l'Eglise elle-même l'a encouragé en établissant la distinction du pouvoir temporel d'avec le pouvoir spirituel ? N'est-on pas en train de glisser doucement vers une théocratie sournoise en s'affranchissant d'un pouvoir civil que l'on ne veut reconnaître qu'a minima tout en encourageant de l'autre côté la "spiritualisation" de la société par l'Eglise, d'une manière directe ?
- N'y-a-t-il pas dans cette pensée le poison des philosophies modernes qui sonnent le glas d'un ordre harmonieux qui constituait juste à maintenant la doctrine politique de l'Eglise ? C'est-à -dire un Etat distinct de l'Eglise mais qui s'inspire de ses principes et qui marche avec Elle...A la place de quoi l'on voudrait nous proposer l'incompétence d'un pouvoir civil qui, théoriquement, ne se mêle pas de religion, mais dans les faits et en toute logique, se retrouve en conflit permanent avec l'Eglise ?
Excusez à l'avance les barbarismes de mes phrases et le côté obscur des questions. J'ose espérer que vous aurez compris quand même...

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Ouh la la par
Denis SUREAU (2008-11-24 19:35:36)
[en réponse à 6254]
Mon cher Justin, comment répondre illico presto à de telles questions. Le mieux est de lire Pour une nouvelle théologie politique. Enfin, pour faire bref :
- Oui je souhaite la disparition de l'Etat moderne, qui est né contre l'Eglise et finit par nous détruire. De ce point de vue Dignitatis Humanae ne me pose pas de problème.
- Cependant la déclaration en pose beaucoup d'autres. Après avoir passé des jours à la scruter, je déclare forfait. La distinction Etat/société civile est une fiction libérale : dans la modernité c'est l'Etat qui crée la société civile.
- Dans une perspective chrétienne, la société est régie par la subsidiarité et l'autorité politique n'intervient qu'en dernière instance. Celle-ci est comme le "ministre de l'intérieur" de l'Eglise, selon le mot d'un historien anglais. Par exemple, c'est à l'Eglise de déclarer qu'une guerre est juste ou pas.
Je n'ai évidemment pas répondu correctement à vos questions si pertinentes.