Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 5388 )Questions ponctuelles par Franciscus (2008-04-12 10:44:08) 

Cher Monsieur,

Venant de terminer la lecture de votre ouvrage, j'aurais, si vous le permettez, trois éclaicissements historiques à vous demander.

- p. 89, vous reproduisez en partie la fameuse déclaration du 21 novembre 1974 de Mgr Lefebvre dont plusieurs phrases ne peuvent que faire penser à une déclaration de guerre contre Rome : comment expliquez-vous la teneur si offensive de ce texte à cette date (fameuse distinction entre les deux Rome), puisque la visite apostolique de 1974 devait se conclure par un rapport "très favorable" à la FSSPX?

- p. 90, vous signalez que le Père Bernard Sesboüé S.J. dispose de la minute des discussions entre Mgr Lefebvre et la commission cardinalice instituée en 1974 : l'article des "Etudes" est-il le seul moyen d'en avoir une connaissance indirecte ou le contenu de ces discussions est-il reproduit ailleurs?

- p. 109, on lit qu'en juin 1978 le pape Paul VI était "décidé à une intervention plus rigoureuse" que sa mort, en août, n'a pas permis de connaître. Les guillemets signalent sans doute qu'il s'agit du témoignage de Mgr Mamie. Aucune note ne vient cependant renseigner l'information : pourriez-vous, tout simplement, signaler la source de cette information?


En vous remerciant, F.
images/icones/neutre.gif  ( 5438 )Quelques réponses par Nicolas Senèze (2008-04-23 18:53:14) 
[en rponse 5388]

1) En fait, j’ai toujours du mal à expliquer les ruptures successives de Mgr Lefebvre (et de ses successeurs, cf. la dernière Lettre aux Amis & Bienfaiteurs de Mgr Fellay) avec Rome. A mon sens, les explications sont à chercher dans le côté « psychorigide » de Mgr Lefebvre qui je mets en avant à plusieurs reprises dans le livre. S’érigeant en défenseur absolu de la Vérité, il se refuse de transiger avec elle, quitte à devenir « plus catholique que le pape ».

2) Concernant les minutes des discussions entre Mgr Lefebvre et la CDF, je ne connais pas d’autre moyen d’y avoir accès. A moins d’attendre l’ouverture des archives du pontificat de Jean-Paul II dans plusieurs dizaines d’années…
C’est effectivement le témoignage de Mgr Mamie. Il est également cité dans le livre de Tissier de Mallerais (p. 536).
images/icones/neutre.gif  ( 5478 )Addenda et autre question par Franciscus (2008-04-23 20:04:43) 
[en rponse 5438]

Merci pour vos réponses.

- Qu'il y ait eu des durcissements qui furent le fait personnel de Mgr Lefebvre apparaît clairement dans la biographie de Mgr Tissier de Mallerais, par exemple au sujet de la messe de Lille à l'été 76 (p. 516) : Mgr Lefebvre refuse d'abord d'y aller, par un jugement prudentiel, pour finalement accepter le lendemain (cf. l'accord de 1988).

- La question des influences, ou pour le moins des informations reçues, demeure cependant, me semble-t-il, capitale. Un exemple : le "substitit in" de LG est présenté par Mgr Tissier (p.501) comme une suggestion protestante du pasteur Schmidt au théologien du card. Frings, l'abbé Ratzinger (renvoi en note d'une lettre de ce pasteur) : tout ceci à comparer avec l'explicitation théologique de la SCDF de la même formule l'an dernier.

- Il est également intéressant de noter que le témoignage donné par le Père Sesboüé sur les réponses de Mgr Lefebvre va précisément dans le sens de la synthèse que fait le cardinal Congar sur "l'attitude intégriste" et que vous citez supra. La lecture de ladite minute se révélerait du plus haut intérêt : pourrait-on écrire au théologien jésuite?

- Autre question, plus théologique : dans la récente lettre de Mgr Fellay que vous mentionnez, le principe de la levée des excommunications de 1988 est rappelé. Sauf erreur, c'est le prélude réclamé avant toute discussion officielle (au moins depuis 2000). Or, pour ceux qui en demandent la levée, il semble justement que ces excommunications n'aient jamais eu lieu (la "Tradition ne peut être excommuniée"). Une subtilité canonique explique-t-elle cette apparente contradiction?

D'avance merci, F.

images/icones/neutre.gif  ( 5486 )[réponse] par Nicolas Senèze (2008-04-23 20:11:16) 
[en rponse 5478]

Pour le P. Sesboué, je pense qu'il est possible de lui écrire, mais je n'ai pas son adressé sous la main...

Quant aux excommunications, j'y répond, en même temps qu'une précédente question évoquée sur le schisme. les deux sont en effet liées.

Comme le rappelle le Code de droit canonique (canon 751), le schisme consiste en un « refus de soumission au pontife suprême ou de communion avec les membres de l’Eglise qui lui sont soumis ». Le refus de soumission a été maintes fois manifesté, et le plus gravement lors des ordinations illicites d’Econe le 30 juin 1988. « Une telle désobéissance, qui constitute en elle-même un véritable refus de la primauté de l'évêque de Rome, constitue un acte schismatique », rappelle Jean-Paul II dans le motu proprio Ecclesia Dei adflicta. « En accomplissant un tel acte malgré la monition formelle qui lui a été envoyée par le cardinal préfet de la Congrégation pour les Evêques le 17 juin dernier, Mgr Lefebvre a encouru avec les prêtres Bernard Fellay, Bernard Tissier de Mallerais, Richard Williamson et Alfonso de Galarreta, la grave peine de l'excommunication prévue par la discipline ecclésiastique », continue le pape qui poursuit en soulignant que « nul ne doit ignorer que l'adhésion formelle au schisme constitue une grave offense à Dieu et comporte l'excommunication prévue par le droit de l'Eglise ».

Depuis 1988, le monde intégriste a certes déployé d’énormes efforts pour souligner qu’il n’y avait ni schisme ni excommunication. Par exemple en expliquant que le fait de suivre les prêtres de la FSSPX ne constituait pas, en soi, une « adhésion formelle au schisme ». Mais, comme le rappelait en 1997 la Congrégation pour les évêques, « La participation (aux célébrations des prêtres de la FSSPX) est objectivement illicite parce qu’elles ne sont pas faites en communion totale avec l’Église et qu’elles sont source de grave scandale et de division de la communauté ecclésiale »…