Le Forum Catholique

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images/icones/1a.gif  ( 537 )Qu'est-ce qui explique la position actuelle de l'épiscopat ? par C.I.E.L. (2006-11-20 18:12:51) 

Les réactions récentes des évêques le montrent objectivement, les traditionalistes ne sont pas considérés par eux comme pouvant apporter quelque chose d'utile à l'Eglise mais constituent plutôt un élément négatif ; de plus ce qui est avant tout mis en avant ce sont des positions supposées (politiques, historiques, théologiques, militantes) qui sont soit inexistantes soit non représentatives de l'ensemble de la mouvance traditionnelle

quatre questions :

* est-ce que d'après vous dans le fond cette position médiatique est la position réelle de l'épiscopat ?

* si c'est le cas il semble qu'il y ait donc une grande ignorance; quelle en est la cause ? manque de moyens d'information ? est-ce que cela a été la même chose dans le passé par exemple pour l'attitude vis à vis des communautés nouvelles ?

* comment expliquer que l'on affirme d'une part que cette mouvance n'intéresse personne, est dépassée, et que d'un autre côté on ne lui laisse pas les moyens d'exister ? cela ne contredit-il pas le désir oeucuménique par ailleurs affirmé ?

* est-ce que malgré les fruits (vocations, familles, fidélité au magistère) du mouvement traditionnel les évêques estiment que la mouvance traditionnelle est une impasse, une forme historique du catholicisme qui doit disparaître ? quelles sont les racines de cette position ?

merci
images/icones/neutre.gif  ( 578 )[réponse] par Luc Perrin (2006-11-20 22:36:49) 
[en réponse à 537]

Il ya une part d'ignorance. Certains la confessent comme Mgr Bruguès dernièrement qui disait penser que les "tradis" c'étaient des vieux, qu'ils allaient disparaître et qui a été "surpris" quand il est allé voir sur place.
Or Mgr Bruguès était un dominicain, un théologien, un homme de lecture avant de venir à Angers comme évêque : et pourtant tous ces clichés éculés, dont la fausseté avait été démontrée mille fois, formaient son image des "tradis". Cette simple confession est éloquente.

Mais après avoir vu, peuvent-ils vraiment "comprendre" ?
Pas facile et là encore, le témoignage de l'évêque d'Angers est clair : il précise que l'octroi d'une paroisse s'est fait sous de nombreuses conditions restrictives, qu'il veille à ne pas accorder plus que la messe et les funérailles ... Pourtant, à Strasbourg, un évêque de la même Conférence épiscopale, grand théologien aussi, a accordé une quasi-paroisse personnelle et déjà le statut d'association publique de fidèles auparavant avec la plénitude de l'apostolat. A Bordeaux, le cardinal Ricard a lui aussi concédé une pratique beaucoup plus large.
D'ailleurs l'évêque d'Angers devrait prendre le temps de relire avec attention l'actuel motu proprio (1988) qui parle "des formes liturgiques et disciplinaires" et enjoint de "faciliter la communion ecclésiale grâce à des mesures nécessaires pour garantir le respect de leurs justes aspirations".
Dans le flou des idées reçues, on finit par perdre la précision des termes employés par Jean-Paul II.

Et puis il y a ceux qui tels Mgr Lacrampe ou Mgr Noyer ne peuvent que souffrir à l'idée que des vocations naissent dans ces communautés. Car souvent, la vocation "sacerdotale" n'est plus leur souci premier mais bien plutôt l'aménagement d'une Église sans prêtre, qui pourrait ainsi être lavée des stigmatisations des féministes, enfin embrasser son temps - celui de notre Modernité desséchée, impitoyable, celui de l'Europe radieuse de la "concurrence libre et non faussée" anonyme comme ses billets de banque sans passé. Ces catholiques libéraux, parfois venus du pur catholicisme intégral mais dévoyé en théologies de la libération, du XXIe voient vos "succès" comme des obstacles. Le NOM est parfaitement adapté à la bourgeoisie, aux classes moyennes, aux bobos dont ils veulent assurer la "clientèle" à l'Eglise.
Aussi bizarre que cela puisse paraître, c'est par amour de l'Eglise qu'ils vous haïssent, le mot n'est pas trop fort.

Cela explique l'intensité des heurts : à cet égard, cela déborde la France ; les propos du président des évêques américains, un catholique libéral notoire, étaient aussi méprisants que ceux que j'ai évoqués ci-dessus. Ils sont loin de refléter la réalité de l'épiscopat américain.
La crise aidant, des lectures, des rencontres, un ressourcement dans l'Evangile - le vrai -, on peut espérer que des chocs naîtra un peu de sens fraternel au bout du compte.
Attendons et travaillons à faire tomber les écailles des yeux sans négliger d'empêcher une poutre d'obstruer les nôtres.