Le Forum Catholique
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( 5279 )
Grossesse extra-utérine par Clem (2008-03-11 13:53:18)
Bonjour Monsieur,
Je comprend bien que l'Eglise condamne les interruptions médicales de grossesse, que ce soit dans le cas d'une maladie de l'enfant ou de la mère. Mais qu'en est-il des grossesses extra-utérine? Peut-on légitimement y mettre un terme pour préserver la vie de la mère?

( 5310 )
Pas de problème moral en cas de grossesse extra-utérine par
Pierre-Olivier Arduin (2008-03-13 19:45:39)
[en réponse à 5279]
La grossesse extra-utérine est le développement d’un embryon bloqué dans une des deux trompes de Fallope qui relient l’ovaire à la cavité utérine. C’est une urgence gynécologique gravissime qui met en jeu le pronostic vital de la maman selon le moment où on fait le diagnostic. L’embryon est dans tous les cas condamné car il n’existe pas à ma connaissance de méthode microchirurgicale pouvant le prélever pour le réimplanter dans la muqueuse utérine. On peut donc légitimement intervenir pour sauver la vie de la mère car dans tous les cas il n’existe aucun moyen de sauver cet embryon. Dans certaines situations, nous sommes confrontés à un dilemme éthique très difficile à résoudre. C’est l’exemple de sainte Jeanne Beretta Molla béatifiée et canonisée par Jean-Paul II à qui les médecins proposaient d’enlever une tumeur utérine diagnostiquée durant sa quatrième grossesse, intervention qui conduisait inévitablement à la mort du bébé. Refuser cette opération signifiait sauver éventuellement l’enfant mais avec le risque d’y laisser sa propre vie. Elle a choisi de poursuivre sa grossesse envers et contre tout pour sauver l’enfant et est décédée quelques heures après l’accouchement. Pie XII conseillait aux médecins, dans ces situations heureusement rarissimes, de tout faire pour sauver l’enfant ET la maman. Jeanne Beretta Molla a donné sa vie quand il n’y avait plus aucun espoir d’aboutir au secours de la mère et du bébé.

( 5315 )
Pouvez-vous préciser ? par Emmanuel (2008-03-13 20:33:57)
[en réponse à 5310]
Vous dites :
L’embryon est dans tous les cas condamné [...]. On peut donc légitimement intervenir pour sauver la vie de la mère car dans tous les cas il n’existe aucun moyen de sauver cet embryon.
Indiquez-vous que, dans ce cas là , on peut légitimement supprimer l'embryon ?

( 5318 )
si je puis me permettre par Evangelium Vitae (2008-03-13 20:40:00)
[en réponse à 5315]
Je pourrais vous donner des précisions " techniques " sur ce sujet plus tard sur le forum ou en messagerie privée car je suis moi-même médecin.
En effet, sans m'étendre ici sur le sujet, un embryon implanté de façon extra utérine n'est pas viable.

( 5322 )
Oui, mais ma question est : par Emmanuel (2008-03-13 21:01:44)
[en réponse à 5318]
un embryon implanté de façon extra utérine n'est pas viable
Oui, ça je le sais que trop bien. Mais ce que l'on appelle un embryon, c'est un bébé. Et ma question est : peut-on éliminer un bébé car on sait qu'il va bientôt mourir ?
Même si l'on sait aussi que dans ce cas, on sauve la mère ; mais en morale, la fin ne peut pas justifier les moyens.

( 5325 )
Il n'y a pas de dilemme éthique par
Pierre-Olivier Arduin (2008-03-13 21:15:09)
[en réponse à 5322]
Il ne s'agit pas du tout d'une situation de moindre mal qui fonctionnerait sur le modèle de la fin qui justifie les moyens. L'embryon d'une grossesse extra-utérine ne peut pas être secouru par la médecine actuelle. Que vous sauviez la mère ou pas en procédant à l'intervention sur sa trompe, l'embryon mourra. Il n'y a donc pas de dilemme éthique.

( 5334 )
C'est comme pour Paul Touvier par jl d'André (2008-03-13 21:59:00)
[en réponse à 5325]
Il n'y avait pas de dilemme éthique puisque les 7 otages qu'il a désigné pour être massacrés par les allemands l'auraient été de toutes façons parmi les cent otages qu'ils voulaient massacrer.
L'Église n'admet pas ce genre de sophisme.
Paul Touvier lui-même a regretté toute sa vie cette lâcheté criminelle.

( 5335 )
Je ne vois pas le rapport par Une Ame (2008-03-13 22:09:27)
[en réponse à 5334]
Vous parlez d'un acte qui provoque directement la mort, voulue pour elle même comme sa fin.
Le cas de la grossesse extra utérine n'a rien à voir. Nous parlons ici d'une intervention chirurgicale visant directement à sauver la mère, qui a pour conséquence indirecte la mort de l'enfant, mort non voulue pour elle même, mais conséquence inévitable, sachant qu'il n'y a aucun autre moyen de sauver l'enfant.
Ne mélangeons pas tout.
Bien à vous
Une Ame

( 5338 )
[réponse] par Bouffareou (2008-03-13 22:17:09)
[en réponse à 5325]
Si je puis me permettre, cher Monsieur Ardouin, à la fois de vous appuyer, mais aussi de mieux répondre à Emmanuel:
Il ne s'agit pas effectivement d'une situation de moindre mal. L'intervention chirurgicale porte sur la trompe et non sur l'embryon. La trompe, en grave danger (léthal pour la mère), est opérée de son segment "malade", et, indirectement (quoiqu'hélas certainement) l'embryon est ôté. L'effet bon, direct et voulu, est la restauration de la trompe, ce qui sauve la mère.
L'effet indirect et non voulu en soi, c'est que l'embryon est ôté avec un segment de trompe. (Les moralistes parlent de "volontaire indirect"). Il existe une cause proportionnée pour procéder à l'opération puisque l'effet bon est important et que, d'autre part, l'embryon est, de toutes façons, condamné. Ce qui rend moral cette opération.
Notons bien ce qui est important: Il n'y a pas d'occision directe d'un innocent. (C'est pourquoi la Modération s'honorerait d'enlever le post de jl d'andré, pour le moins hors de propos)

( 5340 )
[réponse] par
Pierre-Olivier Arduin (2008-03-13 22:32:39)
[en réponse à 5338]
Je vous remercie de cette démonstration! Je n'ai pas voulu employer l'argument du double effet volontairement pour ne pas troubler les esprits car beaucoup de personnes l'appliquent dans le cas de Jeanne Beretta Molla. En disant qu'on aurait pu la sauver par ablation de sa tumeur, l'effet prévu mais non intentionnel étant la mort du bébé; or, dans ce cas, la différence fondamentale avec la situation de grossesse extra-utérine est que l'enfant peut lui aussi être secouru.Il y a donc l'émergence d'un conflit moral dramatique dont on peut sortir de manière héroïque.
Dans le cas de la grossesse extra-utérine, l'effet prévu non voulu est la mort de l'embryon que l'on fasse ou non la résection de la trompe de la maman.

( 5341 )
Rappel par Une Ame (2008-03-13 22:35:14)
[en réponse à 5338]
Rappel des règles du volontaire indirect que vous invoquez ici (à juste titre, je pense)
- l'action doit être en elle-même moralement bonne. Ici il s'agit de soigner, de sauver la vie. Si la technique médicale le permettait, il faudrait tenter de soigner les deux, la mère et l'enfant. Il faut en effet également qu'il n'y ait pas d'autre moyen exempt d'effet mauvais pour obtenir l'effet bon.
- l'effet bon ne doit pas provenir directement de l'effet mauvais. Ici il s'agit d'opérer la trompe, il en résulte à la fois l'effet bon - la survie de la mère-, et l'effet mauvais - la mort de l'enfant -. Mais ce n'est pas la mort de l'enfant qui provoque directement la survie de la mère. Comme je l'ai dit, si la science permettait de réimplanter l'embryon, il faudrait le faire. Et dans ce cas, l'effet bon serait atteint et l'effet mauvais serait absent, preuve que l'effet bon peut exister sans l'effet mauvais, et que celui-ci n'est donc pas directement cause de celui-là .
- qu'il y ait une raison proportionnée : que l'effet bon soit proportionnellement supérieur, ou au moins équivalent à l'effet négatif. C'est ici au moins équivalent : une vie pour une vie. C'est peut-être même dans certains cas meilleur, autant qu'on puisse en juger au moment de l'acte, dans le cas d'une mère de famille nombreuse par exemple.
- que l'intention soit informée par la fin bonne. Que le chirurgien ait donc l'intention de sauver la mère et non de tuer l'enfant.
- qu'il n'y ait pas d'autre moyen exempt d'effet mauvais pour obtenir l'effet bon.
Bien à vous
Une Ame

( 5347 )
Merci beaucoup par Philippilus (2008-03-14 18:02:14)
[en réponse à 5338]
de cette précision,
jusqu'à présent, j'avais pensé que c'était la mort de l'embryon qui était le but de l'opération.
Devant cette méconnaissance des faits, je croyais, comme Mr d'André qu'il ne pouvait y avoir de justification morale à l'intervention.
Votre explication plus précise remet les choses en place. On se trouve bien dans le cadre du "volontaire indirect".
Philippilus

( 5344 )
Merci M. Ardouin par Clem (2008-03-13 23:51:44)
[en réponse à 5279]
De retour sur le forum (je n'ai pas pu être connectée pendant votre intervention), je vous remercie pour ces réponses éclairantes.