
( 532 )
Une double question historico-politique par abbé Claude Barthe (2006-11-20 14:47:36)
Une double question historico-"politique" :
1°/ A supposer que l’on puisse très grossièrement distinguer trois « partis » (terme totalement inadéquat, mais bien pratique) au Concile : a) la tendance Rahner, Lercaro, etc. ; b) la tendance Lubac, Colombo etc. (celle de Paul VI) : c) et la minorité (Coetus et alentours), peut-on dire que la minorité est partiellement « responsable » de l’ambiguïté des textes conciliaires les plus discutés, en ce sens qu’elle a réellement contribué à les modérer, et donc à les faire « passer » ?
2°/ Si dans les 40 ans premières années de l’après-Concile, cette ambiguïté – ou ambivalence – a joué contre la doctrine traditionnelle, en raison du poids de la gauche sur le centre, ne peut-elle pas aujourd’hui jouer en sa faveur, dans la mesure où le pontificat de Benoît XVI semble incliner vers une alliance entre les deux autres tendances ?
L'abbé Claude Barthe

( 544 )
histoire nominations épiscopales GAILLOT, etc par Presbuteros (2006-11-20 19:19:23)
[en réponse à 532]
cher abbé, j'ai beaucoup apprécié vos deux articles dans "l'Homme Nouveau" sur les nominations épiscopales. En consultant vos dossiers, pouvez-vous identifier les ecclésiastiques, dont beaucoup sont encore vivants, et qui ont poussé à la roue pour 1) Mgr GAILLOT 2) Mgr ROUET et quelques autres classés "5 mitres" par GOLIAS ?
En effet, Mgr Gaillot, précédemment professeur de séminaire n'a pas camouflé ses défauts comme l'aurait fait une "taupe" ou un "trêtre" jusqu'à sa nomination par ROME. Bien des clercs savaient et se sont tus, ou plus probablement ont été réduits au silence...

( 545 )
Je précise par
Le Webmestre (2006-11-20 19:21:18)
[en réponse à 544]
M. l'abbé Barthe n'est pas présent ce soir. Il a publié ce message en prévision de ce débat. En revanche, vous pourrez le retrouver dans un débat qui se tiendra en janvier. Je vous invite à vous reporter au planning des différents rendez-vous.

( 571 )
[réponse] par
Luc Perrin (2006-11-20 21:52:17)
[en réponse à 532]
cher M. l'abbé,
1)
je crois qu'il y avait bien plus que 3 mouvances au Concile : je ne suis pas sûr de mettre de Lubac et Colombo ensemble comme ça sans nuance. Et tout cela a bougé entre 1962 et 1964 avec des alliances et des clivages.
Où situer un Mgr Garrone contribuant à torpiller le voeu du pape Paul VI de voir Marie proclamée Mater Ecclesiae ?
Sur la question mariale, on sait que les clivages étaient très différents.
L'action "modératrice" a été celle de Jean XXIII qui a donné des sièges de compensation et un rôle dirigeant à la Curie puis surtout celle de Paul VI qui a pesé, à plusieurs reprises, pour que des requêtes de la Minorité du Coetus notamment soient prises en compte.
L'affaire de 1964 reste un point mystérieux : le "plan Döpfner" qui visait à boucler le Concile à la fin 1964 en taillant dans les schémas à la faux, remettant le soin de l'application à la Curie, était de Paul VI, ceci a été démontré.
En 1966 encore, le cardinal Ottaviani nourrit l'espoir et Mgr Lefebvre avec lui que Rome va "tenir" la mise en oeuvre du Concile dans le sens de la Tradition. La crise généralisée et brutale rend vite illusoire cette idée et les conférences épiscopales alimentent le feu de la locomotive en se précipitant pou user des nouveaux pouvoirs qui leur sont attribués, en liturgie principalement, surtout pour ne pas trop avoir l'air de courir après leurs troupes.
Dès lors une herméneutique normale, de réforme dans la continuité, était rendue imposssible ;l'herméneutique de la rupture devenait la vulgate, ce n'était plus Vatican II mais LE concile, tous les autres étant engloutis dans la poubelle de l'histoire, mode catho-marxiste aidant.
Je crois que le pontificat de Paul VI est un effort constant et le plus souvent désespéré pour retrouver une prise sur les événements. Le pathétique, bien tridentin, "Credo du peuple de Dieu, rédigé essentiellement par Jacques Maritain, tombe à plat : c'est Mgr Lefebvre et les réseaux tradis qui en assurent la diffusion ! La crispation de 1975-76 entre Paul VI et Mgr Lefebvre s'explique sans doute en partie par cela, outre les manoeuvres bien sombres de chapeaux rouges français (Villot, Garrone).
Le pape semblait recouvrer un semblant d'autorité vers 1974-75, paraître céder à Mgr aurait été perçu comme une faiblesse de trop.
Mauvais choix prudentiel que fit le pape à ce moment, mais de cela Pastor aeternus ne garantit pas.
2) je crois que les événements récents ont montré que votre perspective est loin d'être réalisée. Combien de temps faudra-t-il pour que les disciples des "nouveaux théologiens" (de Lubac, Balthasar..) se rendent compte qu'ils ont matière à dialogue avec les tradis - qui ont évolué aussi - qu'avec Wir Sind Kirche, les tenants de Vatican III-IV-V-VI, les afficionados des "ministères" surtout le moins "ordonnés" possible, des "créatifs de l'inculturation" tous azimuth ... it's a long way to Tipperrary !
Restent à certains tradis à reconquérir le sensus Ecclesiae qui file à force de vivre avec des oeillères : j'ai été consterné de lire le texte de Maxence Hecquart.
Restent aussi les héritiers du "congarisme" : j'en connais. Après tout le Père Congar était un néo-thomiste.
Le dialogue théologique, pastoral, éminemment liturgique, me semble devoir s'établir entre ces 3 grandes mouvances dans l'Eglise sous la hiérarchie et avec l'initiative de laïcs qui parfois ont le mérite de jouer au paysan de la Garonne pour secouer les "rois fainéants" (expression du Père Bouyer ... à propos des clercs de l'après 68).