Le Forum Catholique

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images/icones/neutre.gif  ( 4890 )Un thomisme peu "thomasien" par Denis SUREAU (2008-02-05 15:00:41) 

Cher Monsieur l'Abbé,
J'ai été choqué, dans votre dernier livre "Qu'est-ce que la Théologie?", par votre rejet total d'une nouvelle théologie qui intégrerait l'apport du Cardinal de Lubac dans sa redécouverte de saint Thomas. Il y a pourtant aujourd'hui un large consensus chez les thomistes sur l'intérêt sur la redécouverte du désir naturel de Dieu contre les lectures rationalisantes (et, entre nous, typiquement modernes) qui ont enfanté l'"aristotélico-thomisme" du début du XXe siècle. Même si sur certains points Lubac est effectivement contestable ou incertain (il lui manque une rigueur plus scolastique!), on ne peut plus s'en tenir à la critique assez rudimentaire du P. Garrigou-Lagrange (dont la philosophie est d'ailleurs contaminée par le rationalisme moderne, comme Gilson l'a montré) ni même du P. Labourdette, comme le reconnaissent ses fils spirituels, les Dominicains de Toulouse.
Si les catholiques veulent en finir avec la modernité qui nous détruit, n'est-il pas vital de dénoncer son péché mortel: penser la nature en dehors de sa participation à Dieu qui lui donne son sens? (Ou la philosophie sans théologie, ou la politique sans l'Eglise.) C'est le sens de courants tels que Radical Orthodoxy (non exempt de lacunes, certes, mais stimulant) et des théologiens émergents qui se réclament d'un thomisme qualifié parfois d'augustinien?
images/icones/neutre.gif  ( 4906 )Vingt ans de retard.... par alban de mun (2008-02-07 18:19:56) 
[en réponse à 4890]

Cher monsieur,

veuillez excuser cette annonce qui pourra paraître agressive mais arrêtons le sketch. Etant universitaire je me dois de récuser un certain nombre de vos affirmations. Tout d'abord au sujet du P. de Lubac, certes les dits conservateurs dans le milieu thomiste universitaire se veulent lubacien, mais une chose est certaine, peu nombreux sont ceux qui aujourd'hui osent encore affirmer le désir naturel de voir Dieu, cela ne se trouve plus que dans les adeptes de la "théologie de l'amour".

Quant à votre analyse de la doctrine du P. Garrigou.... j'en ris encore. Certes pour un adepte comme vous de Radical Orthodoxy rien de bien surprenant, mais soyons sérieux le thomsisme traditionnel ne se résume pas à Gilson et aux dominicains de Toulouse.

Il me faut cependant reconnaitre un point dans votre texte, LE TITRE. Un thomisme peu thomasien, certe, le thomsime de l'abbé Lucien ne l'est pas, et certe celui de Gilson n'est que Thomasien. Mais nier l'évolution du donné révélé, nier l'avancée de la réflexion théologique et philosophique (que vous sembler avoir en peu d'estime) c'est nier la possibilité à l'Eglise catholique d'approfondir les données de la Foi. Le thomisme au sens scholastique du terme n'est pas thomasien. Comme le disais un de mes professeur d'université (peu suspect d'ultra thomisme) : "vous êtes là pour quoi? Pour faire de l'histoire ou pour faire de la recherche en théologie?, si vous voulez faire de la théologie dite positive aller en cours d'histoire, sinon commencer à réfléchir à l'image des grands théologiens"

Sur ce bonne soirée.
images/icones/fleche2.gif  ( 4949 )cher monsieur par Vassilissa (2008-02-07 21:34:12) 
[en réponse à 4906]

je profite de votre intervention pour vous demander si vous connaissez la première occurrence de l'adjectif "thomasien" . Merci beaucoup.
images/icones/neutre.gif  ( 4956 )tout dépend... par alban de mun (2008-02-07 21:53:15) 
[en réponse à 4949]

Dans le sens premier est thomasien ce qui est relatif à la philosophie ou à la théologie thomiste. or au niveau universitaire et commun, l'on emploie le terme thomasien pour parler du Saint Thomas historique, s'attachant ainsi plus à comparer les écrits du docteur angélique et à voir quelles évolutions il a pu accomplir que le fond de sa pensée. Le thomisme lui s'attache à transmettre la doctrine du docteur angélique et donc s'attache plus à l'esprit qu'à la lettre (n'oublions pas l'immaculée conception qu'un thomasien refusera à priori, non en tant que catholique mais en tant que thomasien)
images/icones/hum2.gif  ( 4960 )[réponse] par abbé Bernard Lucien (2008-02-07 21:58:36) 
[en réponse à 4949]

En toute vérité, je ne le sais pas. Il est possible que le mot vienne des milieux intellectuells allemands du XX° siècle qui, je crois, distinguaient thomasich de thomiste (sous toute réserve).
Pour ce qui est de la France, le mot a été introduit dans le courant du XX° siècle (je ne sais ni quand ni par qui), pour se distinguer des thomistes qui unissaient St Thomas et ses commentateurs.
En ce qui me concerne, je considère que beaucoup d'écrits "thomasiens" mériteraient mieux le qualificatif de "néo-historico-thomistes"...
images/icones/fleur.gif  ( 4987 )un grand merci par Vassilissa (2008-02-08 00:01:06) 
[en réponse à 4960]

monsieur l'abbé, je vais explorer cette piste allemande, qui semble intéressante. J'en profite pour vous dire que j'ai souvenir d'avoir assisté à votre messe il y a longtemps à Bordeaux, dans une petite chapelle improvisée près de la gare, ce devait être en 1995 !
images/icones/1a.gif  ( 4917 )Cher Monsieur par abbé Bernard Lucien (2008-02-07 19:26:25) 
[en réponse à 4890]

Vous ne vous étonnerez pas que je ne puisse régler en quelques de Forum un sujet qui a rempli des dizaines de milliers de pages depuis plus de 50 ans (il n'y a pas que Garrigou-Lagrange dans les innombrables opposants aux thèses de Lubac!).
Le petit consensus auquel vous faites allusion est bien limité dans le temps et dans l'espace que le vaste consensus auquel il s'oppose.
Je ne crois donc pas qu'il y ait à argumenter sur ce mode.

Puisque vous faites référence à Gilson, je me permets de vous rappeler que, sur des points de plus en plus nombreux, divers auteurs contemporains, reconnaissent et démontrent que sa doctrine n'est pas celle de Saint Thomas.
Deux exemples: - le P. Humbrecht (qu'on accusera certes pas de manque d'amour Gilsonien) affirme expréssement dans sa récente thèse, que Gilson se sépare de saint Thomas en affirmant en plusieurs liex que Dieu n'a pas d'Essence.
- McInerny, dans son récent ouvrage "preambula fidei", montre comme il l'avait déjà fait il y une trentaine d'années que Gilson contredit saint Thomas sur la question du jugement d'existence. Ce même auteur expose en outre, de façon détaillée, comment de Lubac et Gilson ont carricaturé sur plusieurs points la pensée de Cajetan.

En ce qui concerne "radical orthodoxy", je vous ferais remarquer que l'un des principaux auteurs de ce mouvement (Milbank), dans son ouvrage "le milieu suspendu" met bien en lumière l'opposition réelle entre la pensée de fond de Lubac concernant le surnaturel et l'enseignement de Pie XII, dans "Humani Generis". Bien plus, Milbank montre que le système de pensée de Lubac rend impossible une synthèse catholique "philosophico-théologique" cohérente. Milbank, qui admire Lubac, s'en réjouit. Mais Milbank est anglican...

D'ailleurs, les récents débats que vous avez eus ces derniers temps avec divers auteurs sur les rapports entre l'Eglise et l'Etat montrent assez bien, du moins à mon jugement, que vous-même n'arrivez pas à une synthèse cohérente dans cette ligne lubacienne.

Bien entendu, je ne pense pas avoir clos le débat par ces quelques considérations. Il y aurait certainement matière à le prolonger en d'autre lieux.