Le Forum Catholique

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images/icones/1a.gif  ( 3825 )démocratie et ordre naturel par Personne (2007-10-08 00:02:21) 

Bonjour monsieur,

Je n'ai pas encore achevé la lecture de votre livre, mais le thème étant fort intéressant, vous me pardonnerez de vous poser quelques questions que vous traitez peut-être dans un passage de votre livre.

Il y a moins d'une semaine, la pape a fait une déclaration très intéressante concernant justement les "fondements de la démocratie".

Le pape a déclaré notamment :


La loi naturelle est, selon le pape, la « norme écrite par le Créateur dans le cœur de l’homme », qui lui permet de distinguer le bien du mal.

Aujourd’hui, a-t-il souligné, en partie à cause de « facteurs d’ordre culturel et idéologique, la société civile et laïque se trouve dans une situation d’égarement et de confusion : on a perdu la preuve originelle des fondements de l’être humain et de son action éthique, et la doctrine de la loi morale naturelle se heurte à d’autres conceptions qui en sont la négation directe ».

« Tout ceci a des conséquences énormes et graves dans l’ordre civil et social, a-t-il expliqué. Une conception positiviste du droit semble dominer chez de nombreux penseurs aujourd’hui ».

« Selon eux, l’humanité, ou la société, ou en fait la majorité des citoyens, devient la source ultime de la loi civile »,

« Le problème qui se pose n’est donc pas la recherche du bien mais celle du pouvoir, ou plutôt de l’équilibre des pouvoirs », a poursuivi le pape.

« A la racine de cette tendance se trouve le relativisme éthique, dans lequel certains voient même l’une des principales conditions de la démocratie, car le relativisme garantirait la tolérance et le respect réciproque des personnes », a expliqué Benoît XVI.

« Mais s’il en était ainsi, la majorité d’un instant deviendrait la source ultime du droit. L’histoire montre très clairement que les majorités peuvent se tromper », a souligné le pape.

« La vraie rationalité n’est pas garantie par le consensus d’un grand nombre, mais uniquement par la transparence de la raison humaine à la Raison créatrice et l’écoute commune de cette Source de notre rationalité », a poursuivi le pape.

« Lorsque sont en jeu les exigences fondamentales de la dignité de la personne humaine, de sa vie, de l’institution familiale, de l’équité de l’ordre social, c’est-à-dire les droits fondamentaux de l’homme, aucune loi faite par les hommes ne peut modifier la norme écrite par le Créateur dans le cœur de l’homme, sans que la société elle-même ne soit touchée de manière dramatique dans ce qui constitue sa base essentielle », a-t-il expliqué.

La loi naturelle devient ainsi « la véritable garantie offerte à chacun pour vivre libre et respecté dans sa dignité, et protégé de toute manipulation idéologique, de toute décision arbitraire et abusive du plus fort », a souligné Benoît XVI.

« Personne ne peut se soustraire à cet appel, a-t-il observé. Si en raison d’un obscurcissement tragique de la conscience collective, le scepticisme et le relativisme éthique parvenaient à effacer les principes fondamentaux de la loi morale naturelle, l’ordre démocratique lui-même serait blessé de manière radicale dans ses fondements ».



Ces déclarations de Benoît XVI constituent une critique violente de l'ensemble des démocraties actuelles. En effet, aucune démocratie ne répond aux conditions énoncées par le Saint-Père. Notamment par ces déclarations, le pape rejette la notion de laïcité, rétablit la notion de l'ordre naturel (puisqu'un Créateur est l'origine de la loi naturelle) et s'attaque au relativisme. En fin de citation, le pape déclare toutefois que "Si en raison d’un obscurcissement tragique de la conscience collective, le scepticisme et le relativisme éthique parvenaient à effacer les principes fondamentaux de la loi morale naturelle, l’ordre démocratique lui-même serait blessé de manière radicale dans ses fondements". Ces déclarations et notamment cette dernière phrase m'amènent plusieurs réflexions que je vous soumets :

- A-t-il déjà existé une démocratie répondant aux différentes critiques du pape (une démocratie qui aurait comme lois fondamentales celles reposant sur la loi naturelle, à savoir sur l'ordre naturel voulu par Dieu)?

- Existe-t-il à votre avis un "ordre démocratique"? Et si oui quel est-il? Le pape fait-il allusion à une définition de la démocratie qui n'est pas celle que nous constatons depuis que ce régime a été instauré dans nos contrées? Ou le pape joue-t-il sur les mots pour dire en fait que la démocratie n'existe pas?

- De manière plus générale, Benoît XVI, dans ces déclarations, reprend et amplifie ce qu'écrivait son prédécesseur Jean-Paul II notamment dans l'encyclique "Veritatis Splendor" :


la doctrine morale ne peut certainement pas dépendre du simple respect d'une procédure : en effet, elle n'est nullement établie en appliquant les règles et les formalités d'une délibération de type démocratique

[...]
Une démocratie sans valeurs se transforme facilement en un totalitarisme déclaré ou sournois, comme le montre l'histoire.



Vous soulignez dans votre livre (p.58-59) que le pape Paul VI ainsi que son successeur Jean-Paul II ont fait la promotion de la démocratie à plusieurs reprises : pensez-vous que ces pontifes n'avaient pas la même définition de la démocratie que celle de nos dirigeants (ce qui serait assez surprenant) ou pensez-vous plutôt, à la lecture des dernières encycliques de Jean-Paul II, que ce dernier a évolué dans sa conception de la démocratie et que cette évolution se poursuit avec Benoît XVI, évolution qui aboutit à un rejet(au moins philosophique)des démocraties actuelles? Ou avez-vous une autre explication?

Merci pour vos réponses, et félicitations pour votre ouvrage.

Personne.



images/icones/hein.gif  ( 3858 )Idem! par Gentiloup (2007-10-08 20:20:04) 
[en réponse à 3825]

Cher monsieur,

J'attends avec gourmandise votre réponse à "Démocratrie et ordre naturel" déposée ci-dessus par Personne!

Et vous en remercie d'avance à mon tour!

Gentiloup
images/icones/1n.gif  ( 3859 )Benoît XVI et la démocratie par Maxence Hecquard (2007-10-08 20:23:27) 
[en réponse à 3825]

Merci, Cher Personne, de nous communiquer ce texte de Benoît XVI sur la démocratie.

La vérité est que ce texte ne me paraît pas si clair. Il est bien le moins qu'il rappelle que tout pouvoir vient de Dieu(Rom. XIII, 1). C'est donc légitimement qu'il rejette la souveraineté populaire et en appelle à la loi naturelle. Toutefois il n'aborde pas à mon sens le fond de la question sous le bon angle. La démocratie ne se fonde pas sur le relativisme éthique. Je crois plutôt que le relativisme éthique est la conséquence de la métaphysique évolutionniste de la démocratie.

Sans doute faut-il rappeler que les règles morales sont les mêmes pour tous, mais pourquoi le sont-elles ? Parce que la vérité est la même pour tous, parce que notre connaissance est valide et que l'ordre du monde peut nous être connu. En conclusion parce que la philosophie allemande est fausse.

Or je suis surpris du vocabulaire employé ("la transparence de la raison humaine à la Raison créatrice...")qui semble issue de cette même philosophie.

Je pense donc que la dénonciation de la démocratie doit être métaphysique et radicale ou n'être pas (pardon de me répéter !)

Comme je l'ai dit plus haut, je pense que les chrétiens ne s'en sortent pas depuis la Révolution française, parce qu'ils participent à un régime qui est contradictoire avec le Christianisme en rêvant qu'ils sont dans une démocratie à la grecque qui n'a jamais existé !

images/icones/coeur.gif  ( 3865 )Cependant... par Gentiloup (2007-10-08 20:53:59) 
[en réponse à 3859]

Merci de votre réponbse à Personne.
Je ne suis pas philosophe, cependant il me semble bien que le relativisme a engendré la démocratie à la française, (c'est-à-dire celle issue de la révolution de 1789), et non l'inverse.
En effet, ayant un peu approfondi l'histoire de la Révolution, c'est bien des loges maçonniques qu'est issue la Révolution. Or la Franc-maçonnerie est fondée sur le relativisme qu'on retrouve dans ses anti-chambres que sont les clubs style Rotary. "Laissez vos convictions religieuses au vestiaire avant d'entrée". Cela est bien la négation absolue de la Vérité unique comme Dieu, ne croyez-vous pas?
Jésus a dit "Je suis la Voie, la Vérité et la Vie", donc il n'y a qu'une seule Vérité qui passe forcément par Jésus.
Le relativisme est en soit la religion des vérités multiples toutes d'égales valeurs, toutes également discutables (même s'il faudrait nuancer...).
Il me semble que Benoît XVI met bien le doigt sur le vice absolu du système et sur l'antithèse de la Foi catholique qui n'est pas une conviction parmi d'autres, mais l'unique vérité sans choix et sans accomodements.

Certes, sans doute par tactique, par diplomatie ou pour ménager les susceptibilités, le pape ne tire-t-il pas toutes les conclusions de sa démonstration,(Peut-être n'est-il pas arrivé au bout de son raisonnement.) mais il me semble qu'elle est au coeur de la dérive sans fin et sans limite de la démocratie... Dérive qui n'a rien de commun vec le hasard, mais qui est voulue.
Qu'en pensez-vous?

Gentiloup
images/icones/1b.gif  ( 3921 )la poule et l'oeuf... par Maxence Hecquard (2007-10-09 01:25:58) 
[en réponse à 3865]

Il y a un peu de cela dans notre discussion. En réalité le relativisme et la philosophie du mouvement sont logiquement liés comme les deux faces d'une même pierre. Je pense pourtant que la métaphysique. C'est parce que - depuis Darwin - nous sommes des singes en mutation, que nous nous autorisons à nous comporter comme des singes. Si nous admettions un Dieu créateur ayant posé des règles, nous ne nous comporterions pas n'importe comment.

La morale suit la métaphysique, comme la volonté suit l'intelligence (même si souvent nous finissons par penser comme nous vivons à force de ne pas vivre comme nous pensons...).

Benoît XVI ignore complètement le caractère métaphysique de la démocratie, quand il ne donne pas des gages à l'évolutionisme.
images/icones/fleur.gif  ( 3933 )Bien d'accord avec vous! par Gentiloup (2007-10-09 20:06:25) 
[en réponse à 3921]


Benoît XVI ignore complètement le caractère métaphysique de la démocratie, quand il ne donne pas des gages à l'évolutionisme.



Le Pape effectivement ne perçoit pas la dimension maléfique de la démocratie avec son inversion totale des valeurs.
Il ne semble pas percevoir non plus son aspect irréversible et incontournable de décadence morale. En fait la démocratie agit comme si elle n'avait qu'un seul dieu: Lucifer, au service de qui elle entraîne le monde entier en marche vers la globalisation économique, politique et vers le syncrétisme religieux qui a un visage: celui du Malin.

Je n'ai pas encore lu votre livre, je suis actellement en déménagement, mais je me promets bien de le faire, ces échanges m'en mettent l'eau à la bouche.

Merci!

Gentiloup