Le Forum Catholique
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( 2004 )
Les "tradis" et les "autres" par Gonzague (2007-02-11 17:51:13)
Vous vous situez dans le camp des "autres", mais vous connaissez très bien le monde "tradi", pourtant si complexe.
Ce qui est irritant dans votre style, c'est votre parti-pris de ne pas juger, de vous en tenir à une stricte neutralité d'historien, de sociologue, de psychologue ; d'expliquer les prises de position sans prendre position vous-même. Pour tout dire, à vous lire on reste sur sa fin. On a envie de vous dire : OK, c'est ce qu'ont pensé, dit, fait, untel et autre tel ; mais vous, qu'en pensez-vous vraiment ? Votre retenue est-elle calculée ou naturelle ? Est-elle une déformation professionnelle ?
Pourtant, derrière cette apparente froideur, cette prudence, cette pudeur (?), on devine que vous éprouvez envers ce monde "tradi", au-delà de ses aspects critiquables, une certaine admiration, une certaine sympathie, peut-être même de la piété, et non de la pitié condescendante.

( 2007 )
Une fausse indifférence... par ChatS (2007-02-11 21:23:44)
[en réponse à 2004]
Une fausse indifférence...
Oui, cher Gonzague, c'est très bien vu - et très bien dit.
Bref, cher M. Airiau, nous en attendons de votre part un peu plus que d'habitude...
Chat S

( 2035 )
Un peu plus : c'est long chez moi par
Paul Airiau (2007-02-13 21:28:48)
[en réponse à 2007]
Voici un texte ancien que je signe encore des deux mains, et plus ; il date de 1996, et il est de moi
Mission, eschatologie, des mots. Concrètement, cela donne, en vrac : l’Arc de triomphe transformé en reposoir du Saint-Sacrement avec les Champs-Elysées noirs de monde, quinze fois, mille fois, vingt millions de fois plus que lors des obsèques de Victor Hugo, ou de la défaite de Saint-Etienne en Coupe d’Europe, et les corps constitués venant en procession présenter leurs hommages au Sauveur ; des missionnaires qui se lèvent et marchent, ayant aux pieds la belle poussière de ceux qui annoncent l’Evangile, et qui se répandent sur toute la face de la Terre, évangélisant les Ingouches, martyrs chez les Tartares, confesseurs à Bobigny, démembrés à La Mecque, crucifiés au Pendjab, la langue usée à force de prêcher, morts de fatigue, ne dormant plus tant il y a à confesser, devant biner, triner, dire vingt messes par jour tant l’amour de l’Eucharistie se déploie, imbibés d’eau et transformés en éponge sur lesquelles poussent des colonies de parasites et où vivent des poissons à force de baptiser par immersion dans les rivières ; un pape papou, des cardinaux pygmées, des évêques bédouins, une curie noire et jaune ; des colonies de stylites qui se répandent sur le pourtour de la Méditerranée, des ermites tellement partout qu’ils doivent se réfugier en Antarctique, les métros se vidant pour aller confluer dans les monastères ; les carmels débordant sous les commandes d’instruments de pénitence, les paroisses se constituant comme une traînée de poudre, les xérophiles réapparaissant, les fols en Christ devenant monnaie commune ; des signes dans le Ciel, une femme couronnée d’étoiles, des danses du soleil, des bi, des tri, des quadrilocations, des corps glorieux par centaines qui ruinent E. D. F., l’Eucharistie vraie nourriture et vraie boisson, la Parole comme seule nourriture, des miracles des langues à profusion, le Sinaï qui se déplace et comble la Mer Rouge, la Mer morte adoucie, Jérusalem exaltée vers laquelle converge les tribus et les nations, les rois et les princes de la Terre, Satan tombant du Ciel comme la grêle au printemps, les énergumènes libérés dans de grands cris de rage, les Cieux se déchirant et la Parousie. Et tout cela dans dix ans, dans deux ans, dans six mois, maintenant, tout de suite. En vrac et en rêve. Tel est notre espoir, espoir si fou que seul le Retour en gloire du Fils de l’Homme sur des nuées peut nous satisfaire. Nous voulons allumer un feu au derrière du monde tel qu’il ne puisse plus s’asseoir sur le Christ sans se relever d’un bond et vouloir être lui aussi baptisé d’un baptême de vie.

( 2033 )
Compliment ? par
Paul Airiau (2007-02-13 21:25:20)
[en réponse à 2004]
1. Je note d'abord un compliment : je suis neutre. C'est bien pour un historien...
2. Et pourquoi faudrait-il prendre parti ? Ne peut-on canaliser la passion par la rigueur de l'analyse ?
3. Et pourquoi devrais-je en penser quelque chose ? Il y a beaucoup de choses sur lesquelles je ne pense rien. Devrais-je prendre parti sur la condamnation de Gentile par le P. Le Rohellec dans un polycopié de 1923 à Rome ?
4. Il y a plusieurs manières de prendre position. J'aime bien le faire sans le dire, pas des codes qui sont tout à fait repérables dans le monde universitaire.
Par exemple, ce début d'introduction d'une communication à un colloque sur la gestion des lieux de culte depuis 1905 : "« Le réformisme, cette hideuse tentative de la majesté pour sauver les meubles », voilà ce qui menace l’Eglise catholique en 1923, à en croire Jean Hocquart, le héros de Quadrige, roman de Frédéric H. Fajardie . Faut-il se fonder sur cette formule pour approcher les réaménagements des églises parisiennes depuis la fin du concile Vatican II ? D’aucuns y seraient favorables, d’autres en seraient offusquées. L’historien se contentera de regarder les choses avec une distance ironique, avec ce brun de cynisme que lui confère la contemplation de l’écoulement du cours du temps et de la vanité finale de toutes choses, fidèle en cela à l’Ecclésiaste. Fort prosaïquement, il posera d’emblée les limites de sa communication. "
POur info, sur les différents niveaux de lecture, j'ai été non classé lors d'une audition de recrutement à Clermont Ferrand comme maître de conférences en histoire (alors qu'après mon audition j'étais 1er ou 2e) parce qu'un des membres de la commission de spécialistes avait lu mon livre sur la laïcité, a cité un passage lors du débat, ce qui a permis au président de la commission de dire qu'il ne voulait pas d'un catholique intégriste.
6. POur avoir des avis plus précis sur mes jugements théologiques ou spirituels ou ecclésiaux, on peut lire la revue Résurrection.
7. J'aime bien le monde intransigeant du XIXe siècle : il y a du sang, de la chique et du molard, pour dire comme quand on était petit. Aujourd'hui, je ne sais si j'aime le monde tradi, ou si je l'admire, ou si j'ai pour lui de la piété. J'ai avec lui des désaccords, je serais plus proche de lui que des "progressistes" ou des "transigeants", mais il a nombre de traits qui m'insupportent - cette certitude d'avoir raison, cette incapacité à se remettre en cause, cette incapacité à s'analyser, etc. Par ailleurs, je ne travaille pas que sur les tradis. Il y a plein d'autres choses intéressantes à étudier en histoire !
Mais effectivement, ce n'est pas de la condescendance. C'est de la curiosité mâtinée d'ironie. Et c'est aussi une histoire de famille.

( 2055 )
Je suis neutre par Gonzague (2007-02-14 07:32:27)
[en réponse à 2033]
... à propos de votre neutralitude. Ni compliments, ni reproches, juste curiosité.
Je plaisante bien sûr, car la neutralité absolue est non seulement impossible, mais souvent pecamineuse. S'exprimer entre les lignes est un sport merveilleux. Le faire en public et par écrit demande du courage, mais il faut cultiver l'humilité et la simplicité...