Le Forum Catholique

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images/icones/fleche2.gif  ( 1914 )Maurras, l'Eglis et la politique. par Myster de Kerpolik (2007-02-02 18:24:32) 

Mes questions porteront sur Maurras en raison de votre grande connaissance de cet auteur (entre autre une biographie du félibre de Martigues et de nombreux travaux).

Est-ce que, d'après vous, Maurras a quelque chose à nous dire de concret, donc de pratique, pour une articulation du politique et du discours chrétien?

On a récemment accusé l'Eglise pour ses prises de positions sur les enjeux de la biologie génétique et de ses applications, au motif qu'elle sortait de son champ de compétence purement spirituel. Cela revient à réintroduire le dualisme absolu, reproché en son temps à Maurras, avec la primauté du politique (politique d'abord) coupée de la religion (comme de la morale). Or les adversaires de Maurras, Maritain après la condamnation de 1926, comme, et surtout, la Cal de Lubac ou le R.P. Y. Congar avec l'intégration théologique de la nature et de la grâce, préconisaient une primauté du spirituelle au motif que l’état de nature « pur » était une invention moderne. Mais ils réintroduisaient, de fait, un certain dualisme par la distinction de plans réservant le politique à l’Etat et non à l’Eglise, aux laïcs et non aux clercs.

Autrement dit, la critique faite à l’Eglise par l’incursion de sa parole dans le champ politique, par le biais d’un discours éthique sur des décisions scientifiques et des mises en garde sur une législation en bioéthique, ne réintroduit-elle pas la totale séparation de la nature et de la grâce par ceux-là même qui, en politique, agitent Maurras comme l’épouvantail de la droite la plus extrême ?

Et, par cette parole, l’Eglise ne donne-t-elle pas raison, paradoxalement, à Maurras qui lui reconnaissait la possibilité d’avoir un rôle politique important par son action sur les mécanismes sociaux ?
images/icones/neutre.gif  ( 1943 )Biographie par Lamy (2007-02-05 19:36:32) 
[en rponse 1914]

Question complémentaire : en tant que biographe de Maurras, que pensez-vous de la biographie de Stéphane Giocanti ?
images/icones/neutre.gif  ( 1949 )giocanti par Yves Chiron (2007-02-05 19:56:06) 
[en rponse 1943]

Lisez le n° 1 de MAURRASSIANA (accès libre sur internet).
images/icones/neutre.gif  ( 1953 )l'union par Yves Chiron (2007-02-05 20:21:03) 
[en rponse 1914]

Maurras a toujours "quelque chose de concret, de pratique" à nous dire. Mais il n'y a pas de doctrine maurrassienne. Il y a un exemple et il y a une façon de faire de la politique.
Jean Madiran a bien décrit Maurras comme un "moraliste" et un "combattant civique".

Pour entrer plus précisément dans votre question : Maurras a toujours estimé qu'il y a quelque chose de supérieur aux lois, non la simple conscience mais Dieu ou la loi naturelle. Et quand il parlait de l' "ordre" romain et du "bienfait du catholicisme", il ne désignait pas seulement des institutions bienfaisantes pour l'ordre publc et la société mais d'abord de "communes vues générales".

Aujourd'hui, comme hier, temporel et spirituel ne peuvent être séparés ou opposés. Ils sont distincts : "Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu" mais, comme le dit Jean Madiran, César non plus n'est pas dispensé de "rendre à Dieu ce qui est à Dieu".

La théocratie serait que les hommes d'Eglise gouvernent la cité. La vraie démocraie chrétienne ("action bienfaisante en faveur du peuple" disaient Léon XIII et Pie X) ou la monarchie chrétienne seraient l'union de l'Eglise et de l'Etat, c'est-à-dire, disait Dom Besse, "quand l'Etat fait dans ses constitutions, au Décalogue, la place qu'il mérite".

Alors, dans un état non-chrétien, le pouvoir spirituel - l'Eglise - ne peut se taire quand le Décalogue ou la loi naturelle sont bafoués par le gouvernement ou la loi civile.
images/icones/neutre.gif  ( 1959 )Donc par Myster de Kerpolik (2007-02-05 20:42:14) 
[en rponse 1953]

l'empirisme organisateur est encore valable tout comme la position maurrassienne d'occuper une place sur le terrain politique en invitant l'Eglise à ne pas se cantonner dans la sphère du strictement privé à l'intérieur de laquelle ses contempteurs voudraient l'enfermer.
Maurras serait bien, en cela et en beaucoup d'autres choses, toujours d'actualité, merci de me le confirmer.