
( 1847 )
3 questions par GDB (2007-01-27 13:40:03)
Bonjour mon père, voici mes questions.
1. Le dialogue avec les musulmans a-t-il permis beaucoup de conversions (j'entends des conversions au christianisme, je sais déjà qu'il y a beaucoup de conversions à l'islam). Ou bien le but n'est-il pas de convertir les musulmans, mais de les aider dans leur apostolat ?
2. Y a-t-il (ou plutôt est-il possible d'espérer qu'il y ait un jour) des prêtres dont le rôle est (ou soit) de réfuter les pamphlets anti-chrétiens en vente dans toute bonne librairie mahométane qui se respecte ? Par exemple, le livre du regrettable docteur Bucaille, "La Bible, le Coran et la science" a été réfuté, assez moyennement d'ailleurs, par un protestant évangélique. A ce jour, du côté catholique, je n'ai lu qu'un court article dans la revue 'Se Comprendre', de diffusion confidentielle. Infamie des infamies, le brûlot de Bucaille est disponible à la chapelle de la gare Montparnasse, haut lieu du modernisme le plus fou, sans doute au nom du dialogue, car "nous avons tant de choses à nous dire". Je n'ai rien trouvé contre les petits livrets d'Ahmed Deedat, qui pourtant, quoi qu'on en dise, sont très efficaces sur le catholique moyen, le catholique des 51% de catholiques du sondage du Monde des Religions.
3. Pourquoi l'Eglise ne développe-t-elle pas davantage le dialogue avec les autres païens. Après tout, les bouddhistes ou les hindous ignorent Notre Seigneur Jésus-Christ, mais au moins, à la différence du coran de Mahomet, leurs textes sacrés ne blasphèment pas de façon ignoble contre la divinité de Jésus et son sacrifice rédempteur. Pourquoi cette option préférentielle pour la fausse religion la plus anti-chrétienne sur terre.
En vous remerciant de vos efforts pour la concorde entre catholique, mais en avouant ne pas très bien comprendre l'intérêt du dilogue interreligieux tel qu'il est aujourd'hui mené.
GDB

( 1879 )
Réponse sur la conversion par
Père Michel Lelong (2007-01-29 20:14:23)
[en réponse à 1847]
La question posée ici est très importante : il s’agit des relations entre l’annonce de l’Evangile et le dialogue avec les autres croyants auquel nous a appelé Vatican II.
Trop souvent, on oppose évangélisation et dialogue ; en réalité, ils sont liés. Rappelons-nous ce qu’écrivait l’apôtre Saint Pierre aux premiers chrétiens : rendez compte de l’Espérance qui est en vous, avec douceur et respect. Rendre compte de l’espérance qui est en nous, c’est annoncer sans peur la vérité du Christ et donc d’abord s’efforcer d’être fidèle au Christ, car comme l’a écrit le père de Foucauld, l’important ce n’est pas ce qu’on dit, mais ce qu’on est.
Et puis, cette espérance, nous devons, comme le recommandait Saint Pierre, l’annoncer avec douceur et respect. Avec douceur, c’est-à -dire sans agressivité, sans polémique. Avec respect, c’est-à -dire, en étant attentif à l’autre et aux valeurs dont il vit. Pour cela, il est très important de connaître et reconnaître les divergences et les convergences qui existent entre notre Foi catholique et la foi des musulmans. Les différences sont évidentes, puisque si les musulmans vénèrent Jésus et voient en Lui « le verbe de Dieu né de la Vierge Marie » ils ne croient pas comme nous au mystère du Christ crucifié et ressuscité pour le salut du monde. Mais tout en affirmant clairement ces divergences doctrinales fondamentales, nous devons aussi découvrir les convergences spirituelles qui existent entre notre foi chrétienne et la foi musulmane. En effet, les musulmans croient que Dieu est le créateur de l’homme et de l’univers, que nous retournerons à Lui après la mort, qu’Il est à la fois le Tout autre et le Tout proche et qu’Il n’entend pas la prière de celui qui commet l’injustice. Contrairement à ce que pensent certains, il existe des valeurs éthiques et spirituelles communes à la Foi chrétienne et à la religion musulmane, comme l’écrivait bien avant le concile Vatican II, le théologien thomiste Louis Gardet.
Quant à savoir si beaucoup de musulmans se convertissent, tout catholique bien entendu doit souhaiter que le mystère du Christ, le mystère de la Croix, scandale pour les juifs, folie pour les païens et question posée aux musulmans, soit accueilli par tous les hommes. Ce que nous pouvons faire pour qu’il en soit ainsi, c’est d’être nous-mêmes fidèles à l’appel du Christ dans l’Eglise, en confiant à Dieu le salut de tous.
Je crois que Mgr Lefebvre, quand il était archevêque de Dakar, n’a pas converti beaucoup de musulmans, mais je sais par le cardinal Thiandoum qui estimait beaucoup le fondateur de la FSSPX, que celui-ci était respecté et admiré par beaucoup de musulmans. Ils voyaient en lui, un prêtre et pouvaient déjà découvrir d'une certaine manière le message du Christ, même s'ils n'entraient pas dans l'Eglise.