
( 1584 )
une convergence en panne : pourquoi ? par Luc Perrin (2007-01-22 16:36:06)
cher M. l'abbé,
Nous avons partagé de longue date le désir d'une convergence des "bonnes volontés" au sein de l'Église pour travailler en commun à lui réinsuffler un dynamisme missionnaire dont elle manque cruellement en Occident. Les colloques du C.I.E.L., spécialement le dernier en date, La Nef, une partie de l'épiscopat américain etc. en donnent quelques exemples parmi bien d'autres. Tous, avec des sensibilités différentes, veulent surmonter les causes internes de la crise de l'Église (néo-modernisme, impasses pastorales du catholicisme libéral, chaos liturgique, brouillage de l'identité sacerdotale etc.). L'élection de Benoît XVI a paru être un "signe des temps" pour que cette convergence s'opère. Pourtant depuis avril 2005, le dialogue avec la FSSPX patine, le statut de la Messe traditionnelle n'a pas été clarifié, le renouvellement de l'épiscopat - sauf cas très isolés - ne se produit pas voire régresse (cf. États-Unis : on ne peut incriminer un lobby français romain ici), pire les dissensions à Lyon et Versailles sont attisées par des évêques connus pour leur attachement à l'orthodoxie catholique.
Comment expliquez-vous cette amorce d'involution ?
Quelles conditions restent à remplir pour que le mouvement de convergence, si souhaitable, puisse s'établir durablement ?
Luc Perrin

( 1591 )
Une nouvelle génération de hauts fonctionnaires par Abbé Claude Barthe (2007-01-22 18:45:56)
[en réponse à 1584]
Cher Luc Perrin, si nous sommes effectivement, ce que je crois, dans un processus de transition, celui-ci comporte par définition des hauts et des bas : le discours de Ratisbonne, mais le voyage en Turquie ; le discours à la Curie de 2005, mais celui de 2006 ; etc.
Le statut de la messe traditionnelle va, sans doute aucun, être clarifié. C’est un point capital et qui aura des résonances incalculables. Les réactions épiscopales et celles des «progressistes» de tous bords les annoncent.
Les affaires de Versailles et Lyon, aussi pénibles qu’elles soient pour ceux qui les vivent, et spécialement pour la Fssp, me paraissent d'importance relative, temporaire. La donne cléricale est en train de changer complètement et tout ceci n’est qu’affaire d’un moment.
Ce qui, personnellement, m’inquiète le plus est le caractère désastreux des nominations épiscopales françaises. Je disais à un prélat de la Curie : « C’est comme si la droite avait gagné les élections, et que l’on continuait à nommer des préfets de gauche ». J’ai dit, écrit, claironné, au début du pontificat, qu’il serait réussi ou raté si les nominations, spécialement épiscopales, et particulièrement françaises, permettaient de faire la convergence des bonnes volontés que vous et moi souhaitons (avec toutes l’Église !). En effet, sans chauvinisme stupide, le laboratoire français a toujours été assez déterminant. L’américanisme de jadis n’a-t-il pas d’abord été affaire parisienne ? En tout cas, la querelle liturgique est d’abord française.
Le vivier des « nouveaux prêtres » ayant toutes qualités pour devenir des évêques très convenables est immense. Et cependant, on continue à nommer imperturbablement tel vicaire général progressiste en diable, tel vicaire épiscopal qui semait la terreur chez les prêtres en col romain. On ne sort pas des vieux schémas usés jusqu’à la corde. Et pourtant, certains, et non des moindres, le comprennent.
Un tout autre problème, celui de la Fsspx, me paraît relever de la même explication. On fonctionne avec elle selon des schémas dont on ne veut pas sortir : on considère les membres de la Fsspx comme des gens du « dehors » qu’il faut faire rentrer « dedans ». Autrement dit, pour la Fsspx, on se refuse d’appliquer le principe (certes, erroné en soi, mais qui ici conviendrait, au moins diplomatiquement et sûrement théologiquement) de la « communion imparfaite ». Et pourtant, ici encore, certains, et non des moindres le comprennent.
En un mot comme en mille, une des conditions à remplir, pour que la convergence souhaitée survienne, est qu’une nouvelle génération de hauts fonctionnaires romains prennent pleinement les commandes.