Le Forum Catholique

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images/icones/croix.gif  ( 991 )Votre métier et vos convictions personnelles ? par XA (2006-12-18 11:41:14) 

Y a-t-il selon vous une approche catholique spécifique du métier de journaliste ? Vos convictions religieuses personnelles influent-elles sur votre façon d'exercer votre profession ? Si oui, comment ?
images/icones/neutre.gif  ( 1006 )Objectivité et religion par Emmanuel (2006-12-18 14:08:24) 
[en rponse 991]

A propos d'objectivité, le journalisme pose toujours le problème de l'information "objective".
En matière de chroniques religieuses, pensez-vous que l'objectivité soit possible ou à l'inverse qu'une tentative d'objectivité serait non seulement vouée à l'échec mais nuisible à la "véracité" de l'information religieuse ?
images/icones/croix.gif  ( 1048 )Objectivité par Olivier Figueras (2006-12-18 18:50:25) 
[en rponse 991]

L’objectivité du journalisme est un vaste sujet. Le fait est-il objectif ? Il est facile de répondre oui ; mais il est soumis à l’objectivité du lecteur. Quand on connaît son lectorat, il paraît normal de s’adresser à quelqu’un que l’on connaît, plutôt que de répondre à sa lecture par le simple exposé de faits, dont, peut-être, il ne connaît pas les tenants et les aboutissants.

Dès lors, effectivement, les convictions religieuses peuvent influer, ne serait-ce que pour empêcher d’écrire n’importe quoi…
images/icones/neutre.gif  ( 1050 )spirito santo par Sophie de Ravinel (Le Figaro) (2006-12-18 18:52:28) 
[en rponse 991]

Le meilleur soutien est sans doute celui de l'Esprit Saint, quand on daigne l'écouter. L'orgueil nous guette en Une... Pour le reste, une simple éthique humaine et du bon sens permettent de bien gérer ce métier.
images/icones/neutre.gif  ( 1051 )Co-créateur... par Guillaume Riffaud (2006-12-18 18:52:56) 
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fait à l'image de Dieu, l'homme est donc co-créateur. Il peut construire ou bien détruire. Pour moi, comme chrétien, il est imporatnt d'aider davantage à construire, à encourager la création, l'inventivité, l'initiative, que l'inverse. En ça, le journaliste chrétien peut se différencier.
images/icones/fleche3.gif  ( 1054 )Objectivité ou honnêteté ? par Nicolas Senèze (La Croix) (2006-12-18 18:53:57) 
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Mes convictions influent forcément sur mon travail ! Et je ne pense pas qu'il existe une quelconque contradiction entre être journaliste et catholique. Au contraire : c'est à mon sens un appel à être d'abord un bon journaliste. Comme l'expliquait le P. Emile Gabel, rédacteur en chef de "La Croix" dans les années 1950 : "Le journaliste catholique a une noble mission. Il n'échappe cependant en aucun domaine aux lois du journalisme. J'oserais presque dire qu'avant d'avoir une mission, il a une technique".
Par contre, je ne crois pas du tout à "l'objectivité". Je soupçonne même ceux de mes confrères qui prétendent à l'objectivité de ne pas être très objectifs... En journaliste, nous parlons d'abord de réalités humaines éloignées de l' "objectivité" des faits scientifiques. Lorsque nous traitons un sujet, nous le faisons avec ce que nous sommes : notre histoire, notre éducation, notre humeur du moment. Le choix même de tel ou tel sujet et de la manière de le traiter reflète forcément notre propre subjectivité. A l'objectivité, je préfère donc l'honnêteté qui permet au journaliste de reconnaître ces manques et d'en tenir compte.
images/icones/neutre.gif  ( 1068 )Monde & Vie par Olivier Pichon (Monde & Vie) (2006-12-18 19:01:52) 
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Oui bien sûr, il y a une approche catholique du métier. Si un jeune étudiant en journalisme me demandait quelques conseils, je lui indiquerais ces quelques directions pour sa réflexion. Les plus simples tout d’abord parce que les plus évidents, mais les plus difficile à respecter.
1. L’honnêteté, c’est une évidence.
2. Le témoignage, soit ne pas avoir son drapeau dans sa poche (combien de journalistes catholiques ont-ils entendu le coq chanter ? j’avoue ne pas y avoir échappé).
3. La charité, le plus difficile. Mais bien sûr le péché, pas le pécheur et la charité du discernement.
4. Un quatrième point me paraît important. Le journaliste chrétien ne croit pas au sens de l’histoire (marxiste, scientifique ou autre), il croit que “Mon Royaume n’est pas de ce monde”. Mon maître en Sorbonne, Henri-Irénée Marrou, disait : « le sens de l’histoire n’a d’autre sens que la liquidation de l’adversaire ». Le péché originel est une grille d’interprétation journalistique qui doit nous permettre de ne pas tomber dans le sens où le monde penche, toujours se souvenir du surnaturel opposable au “surartificiel” des journalistes !
5. Un autre point sur lequel j’insisterais : se garder d’être un journaliste démiurge, dans le style « Dieu créa le monde et Le Monde crée l’événement ». Je veux dire par là que le journaliste n’est pas un metteur en scène, il n’est pas un démiurge.
6. Le sixième point puisque nous sommes dans la phénoménologie religieuse, le journaliste catholique ne saurait être manichéen. Il ne doit pas scénariser la lutte du bien contre le mal, il doit se souvenir de cette parabole puissamment anti-utopique celle de l’ivraie et du bon grain. Ce n’est pas, hic et nunc, que l’homme peut séparer le bien et le mal, le Maître de moissons est très clair là-dessus, Il les laisse croître ensemble. On sait d’ailleurs ce qu’ont donné les régimes les plus férocement attachés à éradiquer le mal, baptisé pour la circonstance, mal social, économique, racial, etc.
7. Septième point, il porterait sur le principe suivant : l’éternité plus que l’immédiateté, ainsi la presse est impatiente de faire dire aux papes des vérités qui sont les siennes et non celles, éternelles, de l’Eglise. D’où ce mouvement de déception enfantine qui affecte la presse quand Jean-Paul II refuse la contraception ou Benoît XVI tient la controverse de Ratisbonne.
8. Un autre point, le huitième me paraît être celui du doute légitime, surtout à une époque où la presse s’érige en quatrième pouvoir. Ce que recherche un journaliste catholique ce n’est pas le pouvoir ou plutôt celui de la vérité. Posons-nous la question de l’empire que nous exerçons parfois sur les autres.
9. Un journaliste catholique est aussi un héritier, héritier des trésors de la culture chrétienne et il a le devoir impératif de se former, il n’y a pas de combat politique pour une information libre sans combat culturel.
10. En dernier lieu s’il fallait chercher des modèles plutôt que de citer des journalistes je voudrais citer au moins trois noms Matthieu, Marc, Luc. On aura reconnu les synoptiques sait-on le formidable professionnalisme de ces témoins ? Il faut comparer leurs textes avec les apocryphes et l’on aura compris ce qu’est un canon. Ne soyons pas des apocryphes (fantaisies, inventions, non-vérification des faits, etc.) dans l’exercice de notre métier.
C’est répondre ici à la question selon laquelle nos convictions doivent nous influencer dans l’exercice. Je pense donc que nous pouvons admettre d’être des journalistes à part dans ce métier.
images/icones/hein.gif  ( 1070 )journaliste catholique par Marc B. (2006-12-18 19:03:38) 
[en rponse 991]

Vous vous êtes tous présentés comme catholiques.

L'enseignement de l'Eglise est-il sujet selon vous à commentaires, quitte à ce que ceux-ci soient négatifs?

Pour être plus clair, un journaliste catholique peut-il contredire la foi de l'Eglise dans un "papier"?
images/icones/1b.gif  ( 1083 )Pie XII... par Nicolas Senèze (La Croix) (2006-12-18 19:10:10) 
[en rponse 1070]

... a laissé un magnifique texte à ce sujet : son discours aux journalisstes catholiques en 1950…

« Nous voudrions encore ajouter un mot relatif à l’opinion publique au sein de l’Eglise (naturellement dans les limites laissées à la libre discussion) Car enfin elle est un corps vivant et il manquerait quelque chose à sa vie si l’opinion publique lui faisait défaut, défaut dont le blâme retomberait sur les pasteurs et sur les fidèles. Mais ici encore la presse catholique peut encore servir (…) Le publiciste catholique saura se garder tout autant d’un servilisme muet que d’une critique sans contrôle. Il aidera, avec une ferme clarté, à la formation d’une opinion catholique dans l’Eglise, précisément lorsque, comme aujourd’hui, cette opinion oscille entre les deux pôles également dangereux d’un spiritualisme illusoire et irréel, d’un réalisme défaitisme et matérialisant. »

Je crois qu’ici tout est dit par un pape difficilement accusable d’être un « khmer rouge » !
images/icones/hein.gif  ( 1092 )Journaliste: formateur? par Marc B. (2006-12-18 19:14:22) 
[en rponse 1083]


Il aidera, avec une ferme clarté, à la formation d’une opinion catholique dans l’Eglise



Vous sentez vous formateur d'une opinion catholique? Une opinion catholique est-elle à rechercher?


Cette question s'adresse évidemment à tous.
images/icones/neutre.gif  ( 1104 )L'Eglise est une société par Nicolas Senèze (La Croix) (2006-12-18 19:19:12) 
[en rponse 1092]

L'Eglise est une société : elle a donc une opinion publique qui doit être formée. C'est à dire éclairée. Mais je pense aussi qu'elle doit l'être à plusieurs sources comme cela se fait dans toute société ouverte.
images/icones/hein.gif  ( 1187 )Prenons un cas concret, si vous le voulez bien. par XA (2006-12-18 20:04:03) 
[en rponse 1104]

Vous avez personnellement traité dernièrement du diocèse de Reims. Pour élaborer votre papier, vous avez rencontré l'évêque de Reims, Monseigneur Thierry Jordan, sans doute un ou deux prêtres du diocèse, et également un responsable du collectif Pour la Paix Liturgique à Reims. Ce type de collectif est assez rare en France aujourd'hui. Rare dans le sens où peu de diocèses ont un collectif aussi bruyant (à tous les sens du terme).
Lorsque vous avez publié votre article dans La Croix, vous avez finalement surtout repris les positions de Mgr Jordan. Notamment, vous vous êtes fait l'écho de ses chiffres concernant le nombre des familles qui expriment une demande pour obtenir une messe célébrée selon le missel de 1962. Les chiffres de l'évêque sont manifestement contestables.

Pouvez-vous nous dire si dans un cas comme celui-là vous avez agi par prudence, pour ne pas vous mettre à dos un représentant de l'épiscopat français, ou par conviction, dans la mesure où vous avez estimé au terme de votre enquête que les chiffres avancés par le représentant du collectif 51 étaient sans doute surdimensionnés ?

Notez bien que cette question ne se veut pas polémique en soi. Il s'agit de comprendre la marge de manoeuvre qui est la vôtre, et aussi la façon dont un journaliste de La Croix peut percevoir le public traditionaliste.
images/icones/neutre.gif  ( 1109 )Convictions personnelles par Gérard Leclerc (France Catholique) (2006-12-18 19:21:39) 
[en rponse 991]

Lors d'une Saint François de Sales où il célébrait la messe pour les journalistes, le cardinal Lustiger avait surpris son auditoire en préférant faire de chrétien le substantif et de journaliste l'adjectif. C'était choisir la bonne hiérarchie. Sinon on est rapidement tenté de donner au mot chrétien le sens d'une appartenance idéologique ou partisane. Le christianisme marque l'individu au plus profond de sa personnalité et détermine évidemment la façon dont il conduit son métier.

Il y a sans doute un problème particulier dans le traitement des affaires religieuses où le chrétien journaliste n'est évidemment pas neutre. Il n'est pas obligé d'être malhonnête pour autant, de travestir les faits, de les cacher éventuellement. Il doit simplement exercer son discernement. Je ne crois guère à une déontologie journalistique qui donnerait aux intéressés une indépendance qui leur permettraient de tout juger de leur hauteur. Il y a sans doute des sujets gênants, il n'y en a pas d'impossibles. J'ai toujours été très étonné de voir des confrères se précipiter dans certains panneaux sous prétexte que c'était l'opinion générale. Il m'est arrivé souvent de contrer certaines offensives perverses contre l'Eglise où l'information était fallacieuse et les commentaires scandaleusement partisans. Je pense à des affaires comme celle du préservatif, aux attaques dont ont été l'objet les communautés charismatiques, la communauté Saint Jean et les sœurs de Bethléem. Je pense aussi à l'affaire Touvier...
images/icones/fleche3.gif  ( 1132 )Bonne question par Philippe Maxence (Homme Nouveau) (2006-12-18 19:31:28) 
[en rponse 991]

Approche catholique spécifique du métier ? Le journaliste catholique se doit d’être un bon professionnel puisqu’il s’agit de son devoir d’état et il doit servir à faire briller la splendeur de la vérité. J’ai la chance de diriger la rédaction d’un journal de conviction catholique, ce qui m’offre la facilité d’avoir un grande harmonie entre mes convictions personnelles et mon travail. De temps en temps, sur tel ou tel point, il m’arrive de m’interdire d’exposer clairement ma pensée en raison de l’ancienneté du titre auquel j’appartiens. J’estime, en effet, que l’Homme Nouveau n’est pas d’abord « ma » tribune, « mon » journal, mais qu’il a une histoire, des lecteurs, que j’ai trouvé à mon arrivée. Ce passé et ces lecteurs ont droit que l’on respecte ce qu’ils représentent. Cette position n’est d’ailleurs pas toujours facile à tenir. Il y a une tension permanente et des choix s’imposent en permanence.
images/icones/neutre.gif  ( 1136 )Approche catholique du métier ? par Dominique Molitor (Le Choc du mois) (2006-12-18 19:34:57) 
[en rponse 991]

Non. Je crois simplement qu'il y a une approche catholique du travail, comme de la vie…
Comme je le disais dans mon petit mot de présentation je ne suis pas une journaliste catholique estampillée conforme, mais une catholique de conviction qui s'intéresse au monde comme il ne va pas et qui fait du journalisme.
Les convictions personnelles, sauf à être un monstre froid, interviennent forcément pour celui ou celle qui travaille. Elles conditionnent le choix d'un engagement, la manière de travailler en équipe, la façon de traiter son lecteur en le respectant. Mais je ne crois pas que l'on doive obligatoirement teinter sa prose dans des couleurs catholiques lorsque l'on traite de l'actualité politique.