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Adoption contre PMA par le torrentiel (2018-06-07 03:10:53)
Rebonsoir, Madame,
Permettez-moi une autre question.
Adhérez-vous à mon idée selon laquelle la facilitation de l'adoption d'enfants étrangers ou français, moins conditionnée à une mutilation totale de la parenté biologique, serait une alternative à la PMA, qu'il est urgent d'opposer à la société individualiste?
Dès lors que la filiation repose aussi sur le caractère symbolique, pourquoi "un enfant de moi et pour moi", fruit de mon désir et comportant mes gamètes, quand le premier devoir d'une famille devrait être de recueillir les enfants de la malchance ou de l'abandon?
On peut faire une analogie avec l'orientation scolaire. L'Education nationale, dans notre société individualiste, ne définit pas le critère, non seulement des débouchés professionnels, mais des besoins de la nation, comme essentiel à l'orientation scolaire, dont la seule appréciation est laissée à l'enfant en fonction de son envie plus ou moins floue d'exercer telle activité professionnelle.
Croyez-vous qu'il soit possible de passer d'"un enfant de moi et pour moi" au désir d'adopter l'enfant des autres, avec coupure plus ou moins radicale avec les parents biologiques? Pourquoi les anti-PMA ne parlent-ils presque jamais de l'adoption comme alternative à la PMA? N'y a-t-il pas une brèche par où faire entrer un peu d'altruisme dans le désir d'enfants des futurs parents de la société individualiste? Quelle parole êtes-vous prête ou non, à porter et assumer à cet égard?
Avec les remerciements
du torrentiel

( 10544 )
[réponse] par
Aude Mirkovic (2018-06-11 18:59:11)
[en réponse à 10528]
excusez moi mais vous posez trop de questions à la fois
Pouvez-vous poster vos questions sur le forum une à une? Je prends trop de temps à répondre, et cela nuit au dynamisme du forum.
Je n'esquive aucune question, mais je propose: un sujet/une question

( 10550 )
C'aurait été avec plaisir, par le torrentiel (2018-06-11 19:38:23)
[en réponse à 10544]
mais je dois me rendre à un dîner ce soir. Je vous lirai en différé et n'ai pas le temps de reformuler mes questions, qui se ramènent dans ce message à opposer l'adoption, acte charitable, gratuit, au désir d'"un enfant de moi, à moi et pour moi". L'adoption n'est-elle pas une alternative à la PMA?
Bonne soirée et au plaisir de vous lire à mon retour. Merci aussi pour votre réponse remarquablement complète à mon premier message posté dans ce rendez-vous.

( 10558 )
[réponse] par
Aude Mirkovic (2018-06-11 21:04:39)
[en réponse à 10550]
Alors bon dîner !!!
S’il vous reste quelques forces à votre retour, quelques mots.
D’abord, je rappelle que l’adoption est une institution au service de l’enfant, qui a pour raison d’être de réparer le préjudice subi par un enfant privé, par les malheurs et les aléas de la vie, d’un de ses parents ou des deux. La famille adoptive ne peut devenir LA famille de l’enfant que si elle remplace la famille d’origine. Laisser subsister les deux revient à faire de la famille adoptive une famille d’accueil, et cela ne rend pas le même service à l’enfant. Cela ne veut pas dire que l’enfant n’a pas accès s’il le souhaite à l’identité des parents d’origine qui, lorsqu’ils sont connus, figurent en général dans les jugements d’adoption. Cela veut dire que la famille de l’enfant, c’est désormais la famille adoptive, point. Sinon il y a potentialité de concurrence entre les deux, avec risque de conflit de loyauté pour l’enfant.
L’adoption ne vise pas à donner des enfants aux gens qui n’en ont pas, mais des parents à des enfants qui n’en ont plus, ce qui est tout à fait différent. Si l’adoption comble aussi de joie les adoptants, c’est bien entendu tant mieux, mais il faut rappeler que ce n’est pas l’objectif qui est le bien de l’enfant.
Pour certaines personnes généreuses, l’adoption pourrait tout à fait être une alternative à la PMA : hélas, elle ne peut être présentée comme une alternative crédible tant elle est compliquée et rare aujourd’hui. Mais c’est là un terrain à investir aussi car il est possible de remédier à cela. Non qu’il soit souhaitable d’avoir des enfants sans parents mais parce que, en réalité, il y a de nombreux enfants qui devraient être déclarés adoptables alors qu’ils sont maintenus en famille d’accueil pour des raisons plus ou moins idéologiques. Sans même parler des 220 000 enfants avortés chaque année qui pourraient être confiés à l’adoption si cette possibilité était seulement évoquée.
Bref, l’adoption est au service de l’enfant, mais elle pourrait aussi combler le désir d’enfant de beaucoup de personnes. En revanche, cela ne fera pas disparaître le revendication de la PMA, car d’autres personnes ne sont pas intéressées par l’adoption et préfèrent avoir un enfant lié biologiquement à elles et, en outre, qui n’ait pas une histoire antérieure.
C’est pourquoi il faut le dire et le redire : l’adoption doit cesser de servir de prétexte à la PMA, concrètement la PMA sans père. L’adoption n’a en effet jamais privé un enfant de rien, et certainement pas de ses parents d’origine : elle intervient au profit d’un enfant, déjà privé de ses parents, pour réparer au mieux cette privation. L’adoption ne prive l’enfant de rien, elle répare.
Au contraire, la PMA pour les femmes organiserait effacement du père, pour mettre délibérément l’enfant dans la situation de n’avoir qu’un seul parent et le rendre ainsi adoptable, disponible pour réaliser le désir d’autrui. Ce que l’adoption tente de réparer, la PMA le provoque. Et gérer la situation d’un enfant privé de ses parents n’a rien à voir avec le fait de susciter délibérément cette situation.