Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=10538
images/icones/hein.gif  ( 10538 )Combien de types de PMA ? Quels critères d'appréciation ? par Gaspard (2018-06-11 17:18:10) 

Bonjour,

Il y a semble-t-il PMA et PMA : celle de l'industrie des bébés qui supprime le père, mais aussi des interventions médicales plus classiques. On peut ainsi imaginer par exemple un médicament qui aide à la nidation, qui a priori ne semble poser aucun problème, mais qui rentre donc aussi dans le label "procréation médicalement assistée".

Où situez-vous la limite entre l'acceptable et l'inacceptable parmi les différentes techniques de PMA ?

Merci beaucoup.
images/icones/neutre.gif  ( 10554 )[réponse] par Aude Mirkovic (2018-06-11 20:33:15) 
[en réponse à 10538]

Vous avez raison, dans la PMA on met beaucoup de pratiques diverses.
L'élément essentiel qui distingue la procréation artificielle de l'aide à la procréation naturelle c'est la façon dont se passe la rencontre des gamètes: si la rencontre des gamètes a lieu dans l'union des personnes, concrètement lors de l'union sexuelle de l'homme et de la femme, il s'agit d'une procréation naturelle, permise, facilitée, favorisée le cas échéant par la médecine.
En revanche, si la rencontre des gamètes se fait par insémination de la femme ou même carrément en dehors du corps de la femme, en laboratoire, par fécondation in vitro (FIV), alors nous sommes dans la PMA proprement dite.
Le problème commun à toute les techniques de PMA est la dissociation de la procréation et de l'union des personnes: l'enfant apparaît alors non comme le fruit de cette union mais comme le résultat d'un geste technique. Il est le produit d’une technique et, d’ailleurs, lorsque le produit ne convient pas, les parents trouvent tout naturel d’engager la responsabilité de l’hôpital car l’enfant ainsi « produit » n’est pas supposé venir avec des défauts.
En effet, la PMA est liée à l’eugénisme : les choix qu’elle suscite, choix des donneurs, choix des embryons, suppose un tri, et il faudrait être « idiot » pour retenir un donneur qui ne présente pas les meilleures garanties ou un embryons présentant des défauts.
La FIV présente l’inconvénient de générer la destruction d’embryon et la congélation de ceux obtenus en surnombre, dits embryons surnuméraires, dont les parents ne savent pas quoi faire pour beaucoup d’entre eux (quelques centaines de milliers dans les congélateurs hospitaliers, quand même).
La PMA avec donneur (insémination ou FIV) pose le problème spécifique d’écarter un des géniteurs de l’enfant au profit d’un parent d’intention.
La PMA pour les femmes présente tout cela avec, en plus, l’effacement de la lignée paternelle, et plein d’autres dégâts. Mais pour faire le tour des dégâts de la PMA pour les femmes, il faut lire mon livre !!
images/icones/neutre.gif  ( 10566 )Et l'insémination sans donneur ? par Turlure (2018-06-11 22:03:28) 
[en réponse à 10554]

Bonsoir Madame,

Je remarque que dans votre énumération des problèmes éthiques majeurs liés à la PMA, sont concernées :
- La PMA avec donneur (qu'elle soit par insémination artificielle ou par FIV)
- La FIV (qu'elle soit avec ou sans donneur).

Dès lors, que pouvons-nous dire de la PMA "classique" consistant à inséminer la femme avec le sperme du mari/compagnon, dans l'hypothèse où le couple est fertile mais ne parvient pas à concevoir au cours d'un rapport sexuel naturel ?

Comme vous dites, se pose le problème commun à tout PMA - et que l'Eglise met en avant - de séparation de l'acte sexuel et de la procréation.

Mais votre connaissance du sujet vous amène-t-elle à penser qu'on y trouve aussi des dérives semblables à celles que vous décrivez plus bas ? Les couples qui y ont recours voient-ils vraiment l'enfant ainsi conçu comme un pur "produit médical" ou bien voient-ils plutôt dans l'acte un simple "coup de pouce" pour permettre la rencontre des gamètes qu'ils n'arrivaient pas à provoquer naturellement ?
images/icones/neutre.gif  ( 10570 )[réponse] par Aude Mirkovic (2018-06-11 22:36:46) 
[en réponse à 10566]

En décembre 2017, une clinique de fertilité new-yorkaise a été condamnée par la Cour d’appel de New York pour n’avoir pas pratiqué un dépistage génétique des donneuses, au terme d’un procès engagé par deux couples dont les enfants ont été conçus au moyen de dons d’ovocytes porteurs du syndrome de l'X fragile. Certes, il s'agissait de dons d'ovocytes, mais c’est déjà révélateur. Quand on voit qu’un couple de femmes attaque l’hôpital car la fille mise au monde par celle qui a été inséminée est métis, alors qu’elle est par ailleurs en parfaite santé, on comprend ce que signifie l’exigence de conformité de l’enfant à la commande.
Pour l'instant, le contentieux en France porte sur les erreurs de gamètes et d'embryons lors des FIV et des inséminations: dans ce cas, la totalité des couples préfère, semble-t-il, avorter. On n'a pas encore eu en France de plainte de couples qui n'étaient pas satisfait de l'enfant issu de leurs propres gamètes.
MAIS, si on accepte la PMA non thérapeutique avec la PMA pour les femmes, alors tout le monde aura accès à la PMA, y compris les couples homme/femme fertiles, beaucoup plus nombreux que les couples homosexuels, qui sont l’objectif réel du grand marché de la procréation qui se hâtera, une fois le verrou thérapeutique levé, de proposer des prestations sur mesure pour choisir tel aspect chez l’enfant ou éviter tel autre non souhaité.
Si un couple fertile se tourne vers la PMA, ce n’est pas pour avoir un enfant, sans plus. Cela, ils peuvent le faire tout seuls. C’est pour avoir tel enfant avec telle caractéristique, et le produit devra être conforme à la commande, sinon à quoi bon être passé par la PMA ?
En bref, dans la PMA actuelle à objectif thérapeutique, le risque d’exigence d’enfant conforme à la commande est déjà réel même si quelque peu contenu. Mais, dès lors que la PMA sera ouverte en dehors des indications thérapeutiques, la conformité à la commande sera exigée, c’est certain.