Le Forum Catholique

http://www.leforumcatholique.org/message.php?num=10191
images/icones/neutre.gif  ( 10191 )Questions de théologie par Garlon (2015-10-19 19:46:00) 

Bonjour,

Je vous remercie pour m'ouvrir votre porte. Et je ne sais si mes questions seront les bienvenues de part leur ignorance parfois mais aussi par leur naïveté.

J'ai discuté avec des amis catholiques du Synode, qui me semble un fait important, dépassant largement l'église romaine, et trop marginalement considéré, surtout par les médias (ce qui n'est pas étonnant en soi de leur part).

Je l'ai peut-être mal compris mais il apparaît que la seule question réelle qui se discute soit celle de l'ouverture des sacrements aux divorcés-remariés, même si les débats auront été larges depuis l'an dernier, dans un appel à débattre de tous les sujets autour de la famille (y compris donc potentiellement le mariage des prêtres ou le mariage homosexuel et l'homoparentalité).

Ce resserrement du Synode sur cette question est-il exact ?
Et si oui, n'est-ce pas justement trop ou trop peu ? Trop pour les "traditionalistes" et trop peu pour les "progressistes" si je puis les séparer (peut-être trop vite) comme cela ?


Sur le fond :

Les prêtres du premier christianisme pouvait se marier me semble-t-il ?
Le mariage lui-même ne devient un sacrement officiel que tardivement (11e s.) je crois ?
Les annulations existent et ont été abondamment utilisées, surtout par la noblesse ? Et le sont encore... même si plus rarement.

Quelle difficulté en ce cas, pour les traditionalistes sur cette question de la communion ?
Quels sont les enjeux théologiques ? Ne s'y mêlent-ils pas des enjeux politiques ? Stratégiques face aux autres christianismes ?

Merci,
images/icones/neutre.gif  ( 10203 )Vos questions sont multiples par Abbé Claude Barthe (2015-10-19 20:10:44) 
[en réponse à 10191]

Vos questions ne sont pas naïves, mais trop nombreuses pour recevoir (de ma part) la réponse rapide qu'exige le jeu auquel nous nous livrons ce soir.
La cristallisation sur la question de la communion aux époux vivant publiquement dans l'adultère contredit directement la morale et la nature du mariage. D'où le fait qu'elle soit devenue LA question.

En très bref: les prêtres des premiers siècles de l'Eglise pouvaient être mariés avant de recevoir les ordres sacrés, mais ils étaient soumis dès ce moment à la continence. En revanche, la discipline orientale a admis que des prêtres mariés puissent user du mariage. Mais jamais l'Eglise n'a permis à des prêtres ordonnés de se marier après leur ordination.

Les déclarations de nullité ont toujours existé dans l'Eglise. Bien des grands se sont vus refuser l'annulation (Henry VIII, Napoléon Ier, entre autres).
images/icones/neutre.gif  ( 10213 )[réponse] par Garlon (2015-10-19 20:49:54) 
[en réponse à 10203]

Ah, je ne connais pas la règle du jeu (le forum fonctionne par cession ? sans accumulation ?).


Pour rester précis alors, En quoi serait-il problématique de considérer tout divorce comme une annulation ? Au sens ou l'annulation elle-même venait de toute façon se faire sans le soutien des écritures...


Par ailleurs, si Marc et Luc reporte la qualification d'adultère en cas de remariage ou répudiation, Matthieu lui, reporte l'infidélité de l'épouse comme un cas différent... Et le cas de la non condamnation chez Jean avec l'exemple de la femme adultère montre que jésus ne semble pas sanctionné l'adultère (si c'est une erreur unique).

D'autre part les veufs peuvent se remarier chez Paul, alors même que la mort ne devrait pas être un facteur de dissolution...


Somme toute, l'évangile permet donc une grande souplesse sur cette question. N'est-ce pas un choix d'herméneutique ?

Et en quoi alors le changement est-il si difficile ?
images/icones/neutre.gif  ( 10224 )[réponse] par Abbé Claude Barthe (2015-10-19 21:27:18) 
[en réponse à 10213]

La déclaration de nullité que prononce un tribunal ecclésiastique n'est pas un divorce, mais la constatation, après examen sérieux, réunion de preuves, de témoignage, que le consentement des époux n'a pas existé au moment des noces (erreur, violence, immaturité profonde), ou qu'il y a eu un vice de forme invalidant, car le mariage est un acte social public réglé comme tel par des lois précises.
Marc et Luc, comme Matthieu, rapportent la loi de Moïse qui tolérait dans certains cas (Marc dit "infidélité", Matthieu dit "pour n'importe quelle raison", faisant allusion à une interprétation rabbinique plus large). Jésus se prononce sans aucune ambiguïté : Moïse a permis cela à cause de la dureté de cœur des juifs, mais à l'origine il n'en était pas ainsi. Et il restitue la loi divine dans sa pureté : l'homme ne peut séparer ce que Dieu a uni. Quelques temps avant, saint Jean-Baptiste avait été martyrisé pour avoir dénoncé le "remariage" d'Hérode.
Et si Jésus empêche que la femme adultère soit lapidée, c'est pour lui dire : "Va, désormais ne pèche plus". En clair : ton adultère est un péché;
Et si saint Paul peut dire que le mariage chrétien est le signe de l'union du Christ et de l'Eglise, c'est nécessairement en tant qu'indissoluble.

(le mariage étant une institution pour la vie terrestre, comme le rappelle par ailleurs Jésus : de sorte que la mort fait disparaître sa raison d'être : "Au ciel il n'y aura ni ceux qui se marient, ni ceux qu'on marie". C'est pourquoi, les veufs peuvent se remarier).