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Pas d'accent pour un québecois, quel dommage par Dominique Morin (2006-12-11 19:26:58) Imprimer

Bonjour Tardivel,
Je suis vraiment désolé de vous décevoir, mais je ne suis pas le Dominique Morin qui a écrit des livres religieux. Au moment du concile, je pensais plutôt à jouer comme tous les enfants en dessous de dix ans. Effectivement, je suis oblat bénédictin du Barroux depuis ma profession d’oblat le 25 août 94, fête de Saint Louis.
Peux-il exister un œcuménisme catholique ?
J’adhère à 200 pour 100 à la doctrine catholique, à l’autorité du pape et à tous les conciles car la tradition est vivante et ininterrompue sinon elle est morte. Je dis à 200% car j’adhère aussi à ce que je ne comprends pas. Les intéressés comprendront.
Vous avez raison de poser vos questions. L’ayant proposé, je parlerais librement.
Le sida a été une catastrophe incompréhensible pour moi et à un moment ou je pensais au mariage avec une amie et que tout allait bien. D’autre part, j’étais chaste et abstinent depuis 13 années et donc pas concerné par ça. De plus, c’était le lobby homosexuel qui tenait la parole dans les médias et essayait, ils y ont réussi, à banaliser les pratiques homosexuelles et prétendre représenter toute la population. Je me sentais très mal d’être malade de ça. Mais le test et la charge virale étaient là incontestables et la tuberculose atypique voulait vraiment ma peau. Alors j’ai composé avec, faisant le dos rond en attendant de comprendre. Il m’a fallu des mois pour accepter d’être malade du sida, d’être convaincu que personne ne pouvait le lire sur mon visage donc de pouvoir aller vers les autres sans complexe. C’est un ami que j’ai connu dans la défense de la vie, malade en phase terminale et venant du monde homosexuel, qui m’a donné sa force pour parvenir à accepter. La grâce m’a aidé à surnager et avec le complot d’amour de mes amis et de ma famille, j’ai été quasiment porté. Années difficiles sans traitements sérieux, une santé très délabrée de partout et aucun projet possible au-delà de trois mois.
Je comprends votre question, on me la pose souvent. Pourquoi me révolter ? Je suis seul responsable de ma liberté même si j’étais irresponsable et ignorant de ce risque quand je l’ai contracté. La fille qui m’a sûrement contaminé s’appelait comme moi Dominique et est morte depuis du sida. Je ne lui en veux pas, elle n’est pas plus responsable que moi et ne pouvait pas savoir. J’ai la foi et j’aime la vie, elle est morte comment pour sa part ? Je prie donc désormais pour elle. J’ai évité surtout le remord d’avoir transmis le virus en restant abstinent durant 13 ans. Pour la culpabilité, Dieu pardonne toujours et l’homme qui se frappe est une brute. Je précise que je ne suis pas doloriste, que je souffre très mal, que je suis un très mauvais malade et que la santé, ma foi, me convenait bien.
J’aurais pu ne jamais sortir de mes ornières, de la drogue, infecter plein de femmes, être révélé malade dans les années où j’étais encore si instable. À ce moment, j’aurais eu bien plus de mal à accepter. 13 ans plus tard, c’est clairement une grâce. Mon sida est une grâce, au risque de faire hurler. Il m’a recentré sur l’essentiel y compris spirituellement. Il m’a obligé à avancer au lieu de rester dans mon confort. J’étais militant pour la vie, je me trouvais soudain aux premières loges pour mener le combat. Au lieu de ma vocation de riche, le mariage, Dieu m’a offert une vocation de pauvre que personne ne choisirait, de témoigner de la vérité de l’amour, de Son amour, de la beauté d’une liberté qui n’est pas entachée de soupçon et donne la vie en permettant d’aimer.
Il n’est pas question de châtiment dans l’Ecriture pour un catholique. Prenez Sodome et Gomorrhe. Dieu envoie ses anges, il y a un juste Lot, Dieu els appelle à se repentir. Mais les habitants pervertis refusent obstinément de se convertir jusqu’au bout, préférant choisir leur plaisir que le salut. L’enfer c’est la privation de Dieu, c’est de ne plus aimer comme dit Bernanos. Ninive s’est converti et Dieu l’a épargné car Dieu n’est pas un créateur sadique qui joue avec des créatures qui ne peuvent échapper à leur destin. Laissons cela à d’autres religions ou sagesses. Nous demeurons libres et responsables de notre destin pour devenir capables d’aimer en vérité. Le véritable châtiment serait que Dieu nous abandonne à nous-même, l’homme à l’homme. Louis Veuillot disait « « Lorsque l’insolence de l’homme a obstinément rejeté Dieu, alors Dieu dit : Eh bien que ta volonté soit faite. Et le dernier fléau est lâché. Ce n’est pas la famine, ce n’est pas la peste, ce n’est pas la mort, c’est L’HOMME. Quand l’homme est livré à l’homme, alors on peut dire qu’il connaît la colère de Dieu. »
J’ai fléchi, douté, mais jamais je n’ai renoncé. C’est un luxe de riche et je suis pauvre. C’est aussi une grâce, soyez en sur et nos mérites y sont pour peu de chose. Il faut simplement dire oui tous les jours et prendre les moyens, prière, sacrements et commandements, Dieu donne le nécessaire. Je l’ai expérimenté à plusieurs reprises dans ma vie. Chacun peut vivre cette expérience de l’action divine dans sa vie. Mais nous restons libres aussi de la refuser.
Courage, je ne sais pas. Humilité, certainement mais il faut être réaliste, les médecins en échec et votre vie en chiffon, ce n’est pas le moment de faire le difficile ni de se poser des problèmes philosophiques. J’ai aussi une nature heureuse et beaucoup de gens qui m’aiment.
Effectivement, malade du sida est une image difficile à porter même si certains essaient de retourner cela en dialectique de lutte des classes et faire de leur échec un étendard. Le club des amis du sida avec le ruban rouge, ça a un côté magique et désuet car rien n’est proposé aux gens pour se réformer.
Question piège, Tardivel. Je ne vais pas me faire que des amis mais allons-y.
Je fais des témoignages dans toute la France depuis 1994, j’ai rencontré beaucoup de laïcs et prêtres. Au début, j’étais fermement catholique comme maintenant, mais devant le tollé contre la morale catholique et livré à moi-même, le discours de l’Eglise de France très discret, j’étais plutôt enclin à la compréhension, au consensus, à éviter les mots qui fâchent. Cela n’a jamais été bien loin, mais je faisais du sentiment et je ne voyais pas le mal. J’ai réalisé alors plusieurs choses. Nous, catholiques et gens de bien, étions tombés dans un piège dialectique tendu par la gauche. Sida égale êtes-vous pour ou contre le préservatif ? Caricature de dialogue, débat impossible !
Les militants, car ils en sont, qui monopolisent le discours autorisé ont réussi à imposer des mensonges en jouant sur la peur des gens et le souci de ne pas contredire ce qui était présenté comme un bien, prendre des risques « proprement » c’est-à-dire avec une capote. Ils ne reculaient devant rien, même dans certaines aumôneries et pastorales d’écoles catholiques. Je garde les noms pour moi car chacun doit avoir une chance de se réformer. Alors assez vite, j’ai compris que je serais toujours trop catholique à moins de cracher sur l’Eglise, me renier. De l’autre côté, les catholiques sérieux étaient rares ou discrets, je les comprends. D’autres, officiellement catholiques, plus nombreux la ramenaient avec des discours invraisemblables, parfois pires que ceux des amis de la capote et de la sodomie réunies car, à leur différence, ils leur fallaient faire oublier qu’ils étaient catholiques. J’étais gêné pour eux quand on nous attaquait, et certains jours, ça sentait la poudre pour moi comme pour le professeur Lestradet, mon ami le Père Daniel Ange et d’autres. Alors, ces « frères » regardaient ailleurs voire nous reprochant parfois avec hypocrisie, la bouche en cœur, d’avoir été excessif, de manquer de charité.
Alors, entre les lâches et les salauds, j’ai compris ou étais la meilleure place. Il n’y avait pas de charité possible sans vérité et pas de vérité à moitié. La doctrine catholique est claire et cohérente car elle défend l’homme y compris contre sa tentation de vivre dans le mensonge en cherchant une échappatoire. On ne peut pas pécher proprement et il n’est pas possible de prendre des risques sans risque.
Je suis habitué à des prêtres qui disent n’importe quoi. Heureusement, ils ne sont pas si nombreux que ça même si on n’entend qu’eux dans la grosse presse. Ils sont mal formés, livrés à eux-mêmes ou fondent leur adhésion doctrinale sur leurs sentiments. Quelle est leur vie de prière, leurs lectures, leur vie de communauté, leurs fragilités humaines ? Car nos prêtres sont aussi des hommes. L’un a même créé une antenne d’Aides, association homosexuelle et anti-catholique. Ils sont au contact de souffrants, d’homosexuels, prostitués, toxicomanes et finissent, à mon sens, par se retrouver captifs sentimentalement de ceux-ci et condamnés alors d’une certaine façon à « gérer » le sida.
La sensibilité est une bonne servante mais une mauvaise maîtresse. Gardons-nous de juger même si nous devons dénoncer en certaines circonstances leurs agissements. Laissons leur une chance de changer et prions pour eux.
Je dénonce quand je le peux ceux qui propagent des mensonges avec l’appui de leurs compétences et l’autorité d’une maison d’édition catholique voire d’un évêque, qu’ils soient autorités morales ou intellectuelles au discours ambigu ou hérétique. Avec des amis comme ça, ce n’est pas la peine d’avoir des ennemis !
Le clivage évolue entre progressistes et conservateurs. Je vois des prêtres, des laïcs changer favorablement et le discours doctrinal passe de mieux en mieux. Il faut quand même faire souvent preuve de ruse et de prudence pour toucher un public efficacement. Effectivement quand je commence à aborder les sujets délicats on voit des réactions positives ou négatives assez régulièrement. Mais cela m’importe peu. Si je cherchais à plaire, je ne serais plus fidèle et honnête. La persécution existe sournoise, hypocrite mais qu’attendions-nous, le confort, la sympathie des esprits faux ? Alors, il ne fallait pas choisir l’Eglise catholique.
J’ai eu des obstacles, mais j’ai aussi beaucoup réconforté et enthousiasmé ceux qui attendaient une parole de vérité. Le témoin peut se permettre de parler plus librement qu’un prêtre ou un responsable pastoral. Je ne m’en prive pas sachant que je sers plus grand que moi et que mes idées ne doivent pas interférer. J’ai aussi souvent été édifié et réconforté par des témoins silencieux de la charité et de la foi. Ils sont autour de nous, mais nous ne les voyons pas.
Lors de conférences devant un public composite, sur un sujet réservé à la pensée unique, des manifestations d’agressivité arrivent régulièrement. Mais depuis quelques années, le groupe de pression homosexuel ou féministe ne vient plus perturber mes conférences. Il faut dire que je passe plutôt dans les écoles, aumôneries et paroisses et qu’ils ont plutôt le pouvoir dans la société. Ils ont parfois réussi à dissuader sous des prétextes fallacieux des gens de m’inviter, aujourd’hui encore dans certains endroits. Dans l’enseignement public, je suis quasiment interdit à cause de l’agrément accordé à la pensée unique.
Au début j’étais désarçonné, mais je leur ai toujours tenu tête. C’était parfois plus sournois et difficile à gérer comme dans cette école catholique du sud par un responsable de pastorale, homosexuel lui-même. J’ai eu du mal à pardonner sa diffamation, mais cela ne doit pas m’arrêter car j’étais dans mon droit. Des prêtres aussi manquent de clarté et il est alors délicat de cohabiter avec leurs propres incertitudes. J’ai connu ça avec un jésuite. Le pauvre a depuis quitté les ordres pour une femme. Prions pour lui. Les plus dangereux savent être fin et blessant. J’avoue y sentir la blessure mais aussi parfois la perversion de l’intelligence. Échaudé depuis le temps, je les attends de pied ferme quand il en arrive un. En privé, des amitiés se sont nouées avec certaines personnes qui acceptaient de reconnaître leur blessure. Les autres esquivent leur véritable situation et il est alors impossible de parler en vérité. L’agressivité est le signe d’une souffrance et il faut éviter d’y répondre. J’ai eu parfois du mal à résister à mon caractère.
J’ai rencontré plus de blessures mal ou pas guéries que de véritable malveillance. Ils ne me font pas peur et je sais qu’avançant en pleine lumière, je suis dans la vérité. J’en souhaite autant à chacun d’entre eux. Je prie tous les jours pour tous ceux que j’ai rencontré ou rencontrerais. C’est l’arme la plus efficace contre le mal et le mensonge.




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         images/icones/fleur.gif de passage par Tardivel (2006-12-11 20:41:16)
             images/icones/neutre.gif [réponse] par Dominique Morin (2006-12-11 23:32:29)



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