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Combattre le mal par le bien par Dominique Morin (2006-12-11 18:41:08) Imprimer

Thomas,
Je n’ai pas eu conscience de me rebeller immédiatement. Je voyais ma vie comme un échec familial par l’absence de mon père, la découverte négative de ma sexualité par l’impureté et la pornographie sans cadre porteur vers un but supérieur, mon échec scolaire et pas de projet d’avenir, un malaise profond lié aussi à cet âge de transformation. J’avais globalement une vision négative de la vie. J’ai commencé à m’intéresser aux idées anarchistes, aux utopies soixante-huitardes, à jouer le rebelle. Mais jusque-là, ce n’était pas bien terrible, juste une crise d’adolescent. La rencontre avec la drogue, son aspect magique, le manque de lucidité sur le risque car j’étais adolescent, puis sa capacité d’abstraction du réel a été un déclencheur. Très vite, les changements de fréquentation, de mentalité, les voyages à Amsterdam et la drogue ont empli le vide de ma vie, caché le malaise, m’ont donné un sentiment de supériorité et de vivre une aventure en prenant des risques. Ce chemin si tentant s’est révélé une impasse et j’y ai gâché mon adolescence. Puis ce fut les filles et le sexe. Une information défaillante sur ma sexualité, la pornographie qui met la confusion dans notre esprit et abîme le regard, un discours unique de copains eux-mêmes en plein défoulement sexuel hors de toute maîtrise, tout cela est venu polluer une attirance naturelle vers les filles et un besoin en soi légitime d’affection. Avec en prime, les premiers discours de la libération sexuelle, pouvais-je deviner qu’il existait autre chose ? Autre impasse, autre déception, à 19 ans, je ne croyais plus en rien sinon au plaisir, souffrant même d’éprouver des sentiments qui ne menaient jamais à rien.
La violence politique s’est mise en place assez vite. Les squats politisés du début des années 80 avec les Autonomes, mélange de marxistes et d’anarchistes d’ultra-gauche prônant la rupture et la violence sur le modèle Italien. La casse dans les manifs, le pillage dans les magasins, les occupations illégales, le refus des lois, du service militaire pour les anarchistes, nous avons soutenu l’avortement, les droits des homosexuels, la légalisation de la drogue, les terroristes d’Action Directe en prison à l’époque. Très vite, les positions se sont radicalisées, les unes en pensées velléitaires dirais-je, ceux que l’extrême droite appelait élégamment « la race des signeurs », les autres dans la délinquance politisée avec des cambriolages, du trafic de drogue, des magouilles en tout genre. Au milieu, il y avait nous, les « purs », les pires, cherchant un mode d’expression dépassant le jet de cocktail Molotov dans une manif. J’ai donc appris à fabriquer des explosifs artisanaux, à mettre le feu à un local politique puis est venu l’arme automatique dans mes mains et j’ai alors compris que j’étais pris au piège. J’étais devenu un vrai rebelle sans m’en rendre compte alors que jusque-là je jouais plutôt au rebelle. J’ai eu peur de moi, je commençais à voir l’autre face de nos comportements, la solitude, la violence, la misère humaine et morale de nos vies. J’ai aussi commencé à découvrir le vrai visage du communisme, menteur, bestial, inhumain, incompatible avec la moindre humanité. Je me suis éloigné très vite de tout ça pour échapper à la tentation et j’ai essayé d’apprendre à vivre en société, selon la loi naturelle et morale. J’ai mis à distance la drogue petit à petit, car on n’arrête pas le cannabis comme ça. J’ai fui la violence immédiatement même si cet instinct reste en nous très longtemps après. J’ai regardé avec un esprit plus critique les idées anarchistes auxquelles j’ai préféré le principe de réalité pour me sortir de cette mélasse, cette inertie, ce fatalisme. Mes lectures aussi ont évolué, ouvrant ainsi devant moi de nouveaux horizons. Enfin de l’air !
J’ai manqué d’un père, d’une société qui tienne la route, d’un cadre porteur au lieu de la cité, son laissez faire, ses tentations et son fatalisme. Il m’aurait fallu croire à quelque chose, en moi, dans mon avenir. L’école laïque aussi était en crise comme la société des adultes. Ma mère tenait debout, mais j’échappais à son autorité et elle était dépassée.
C’est depuis l’enfance que j’avais besoin d’un cadre, de modèles adultes positifs, de discours éducatifs cohérents, de Dieu dans ma vie. Peut-on reprocher à un adolescent d’être naïf et de suivre de mauvais exemples, de manquer de lucidité sur les tentations ? Je manquais clairement d’enthousiasme pour la vie et de confiance en moi.
Je m’efforce d’être indulgent pour mes égarements pour ne pas être trop dur avec moi. C’est le passé et les remords n’aident pas à avancer. Il faut faire le bilan et passer à la suite.
Je regrette deux choses, en dehors du mal que j’ai fait autour de moi et à moi-même. Tout d’abord ma virginité que j’aurais dû réserver à la femme que j’aime et ne peux demander en mariage à cause du sida. Je pleure cette virginité. Aucun jeune n’a jamais rigolé quand je leur dis cela. Ils ont une certaine expérience de la vie et savent que l’amour, c’est sérieux ou ce n’est plus rien que du plaisir et de la peur.
Je regrette les années de drogue, qui m’ont fait vivre entre parenthèses mon adolescence. J’ai touché du doigt en négatif l’importance d’une famille stable, d’une éducation à la vie, d’une information affective, de vivre en présence de Dieu et d’avoir un but dans sa vie. Céline disait « On parle souvent des illusions, qu’elles perdent la jeunesse. On l’a perdu sans illusions la jeunesse. » J’en étais là au bout de quatre années de n’importe quoi.
Sans l’accueil bienveillant de ma mère et la puissance de la vie en moi, je n’aurais pas eu la force de tout quitter pour revenir sur terre.
Je cherchais un sens, une saveur, un but à ma vie et n’y ai trouvé que du plaisir médiocre, le mensonge et la fuite. Il faut savoir se pardonner de s’être trompé.
Je pense avoir été fidèle à mon idéal anarchiste en suivant un chemin de vie à travers la foi retrouvée. Mais anarchiste, je faisais de ma liberté un idéal, presque un but, et cela ne m’a apporté ni la paix ni la joie. En apprenant à ordonner ma vie à une loi, ma liberté est devenu un moyen pour choisir et aimer. L’anarchiste devrait comprendre que raisonnablement ce qu’il cherche se trouve dans la foi catholique. Le courage intellectuel est la véritable rébellion et l’humilité une véritable vertu virile. C’est là que j’y ai trouvé cette force de donner le meilleur de moi et d’aimer. Aucun obstacle n’est infranchissable à qui le veut.
L’idéologie pervertit notre esprit en opposant l’idéal à la réalité. Elle est une contre religion par essence en refusant ce qui est pour ce qu’il voudrait. Le catholique adhère à la réalité puisque c’est par elle qu’il peut maîtriser sa nature, les éléments et aller vers Dieu, qu’il devient capable d’aimer et de surmonter les épreuves. Attention à fuir une vision idéologique de la foi coupée du réel. L’orgueil mais aussi la paresse intellectuelle empêchent beaucoup de personnes de se remettre en cause. Pour ma part, ce sont des auteurs « sulfureux » qu’anarchiste, je commençais à lire. Avec Céline, Bernanos, Saint Exupéry, j’ai élargi ma vision étroite rétrécissant la réalité à mes idées que je croyais généreuses. L’idéalisme est une bonne chose en soi, mais le mettre en pratique est une autre chose. Qu’un jeune soit révolté contre l’injustice, le mal est sain en soi. Mais ce ne sont pas les contraintes sociales qui sont à réformer en priorité mais les intelligences et les cœurs. Tuer les prêtres en Espagne pour le bonheur de l’humanité, interdire l’expression en France aux militants pour la vie au nom de la liberté, refuser de se remettre en cause et chercher sans arrêt des exutoires à ses problèmes, tout cela n’est pas cohérent. Et n’apporte pas la moindre réponse à nos problèmes.
Nietzsche, j’étais individualiste illégaliste, a bien dit « Nous avons tué Dieu, nous sommes maudits. Ne sentons-nous pas le froid envahir notre cœur ? Comment pourrons-nous nous consoler nous, les assassins des assassins ? Jamais plus, nous ne connaîtrons la consolation d’une prière. »
Comment apporter la paix autour de soi sans commencer soi-même par la posséder ? Comment aimer réellement sans se détacher de sa volonté et de ses désirs ? Ces idéologies, ces idées chrétiennes devenues folles comme disait Chesterton, apparemment généreuses gaspillent un potentiel humain formidable et risquent de dégoûter d’aimer et de vivre beaucoup de gens. Écoutez ce que disait Jim Morrison, icône de 68 ;
« Dans la vie, j’ai eu le choix entre l’amour, la drogue et la mort. J’ai choisi les deux premières et c’est la troisième qui m’a choisi. »
Que ce soit par les expériences de la drogue, du sexe, de la violence idéologique ou non, c’est toujours nous qui sommes perdants. Il n’y a rien derrière, aucune forme de bonheur authentique, seulement la solitude et la souffrance de vivre qui devient peu à peu insupportable. Je pense à ces copains qui ont fini par mettre fin à leurs jours d’une façon ou d’une autre. L’arbre se juge à ses fruits et celui de cet idéalisme sent le sapin. Ayons pitié de nous et ne nous faisons pas payer une faute qui ne nous appartient pas, nos problèmes personnels, nos erreurs. Et même si c’était le cas, Dieu pardonne toujours, pardonnons-nous aussi.
Principe de réalité et recherche de son vrai bien tiennent leurs promesses et sur cette route, on rencontre l’Eglise catholique qui nous enseigne comment aimer comme nous n’imaginions pas pouvoir le faire.
Comme disait Fernando Arrabal, écrivain anarchiste, lors d’un congrès de la Fédération anarchiste ibérique en provoquant un tollé : « Compagnons, il nous faut réapprendre à prier. »
J’espère avoir répondu à vos questions sinon n’hésitez pas à me questionner.
Union de prière.
Dominique



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