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Un article de Maitre Jacques Tremolet de Villers par XA (2010-03-15 13:48:50) Imprimer

La vocation chrétienne de la France



Voici un livre qui va déranger, bousculer et irriter, et qui, en définitive, est mieux qu’un beau livre puisque c’est un cri – un long cri d’amour pour la vocation chrétienne de la France. D’amour et de foi puisés à la source, au baptême de Clovis, et, avant, à la conversion de Constantin : In hoc signo vinces – Par ce signe, tu vaincras !

Jean-François Chemain est lyonnais. Il est professeur agrégé d’histoire. Après un parcours universitaire et professionnel brillant, il choisit, à quarante-cinq ans, d’enseigner l’histoire, la géographie et l’éducation civique à Vénissieux-les Minguettes dans un collège de Zone d’éducation prioritaire – la ZEP de la banlieue lyonnaise. A un siècle et demi de distance, il y a du Frédéric Ozanam chez cet homme, pour qui le savoir n’est rien sans la foi, et « la foi qui n’agit point est-ce une foi sincère ? », donc la charité, pas en mots, en dissertations ni en phrases, mais concrètement, en allant voir, là où ils sont, les pauvres. Ozanam emmenait, grâce à la sœur Rosalie, les étudiants aisés de la Sorbonne de l’autre côté de la montagne Sainte-Geneviève, rue Mouffetard et aux alentours, pour voir et aider les vrais pauvres. Entrer chez eux, les toucher, sentir leur odeur, les laver, les nourrir, les servir pour ce qu’ils sont : « Nos seigneurs les pauvres ! » Rue Mouffetard, aujourd’hui, le mètre carré habitable n’est à la portée ni des nobles ni des bourgeois. Les pauvres sont ailleurs. A Vénisssieux-les Minguettes. Et leur pauvreté n’est plus, d’abord, de nourriture ni de soins. Elle est spirituelle et intellectuelle. Et, par là, elle est partagée par beaucoup. Elle est le lot de la majorité des enfants de France.

En quoi la démarche de Jean-François Chemain est plus proche encore de celle de son célèbre et bienheureux collègue et compatriote, puisque Frédéric Ozanam avait inscrit cette charité spirituelle et intellectuelle au premier rang des devoirs de ses conférences de Saint-Vincent de Paul, avant la charité matérielle, comme dans saint Marc (VI, 34). « Alors Jésus étant sorti vit là une grande multitude, et il fut touché de compassion envers eux, parce qu’ils étaient comme des brebis qui n’ont point de berger, et il se mit à les enseigner. »

La ressemblance ne s’arrête pas là. Il y a des accents dans ce chant de la France chrétienne et dans ce que j’appellerais une certaine injustice à l’égard des rois de France – de certains rois, au premier rang desquels Louis XIV – qu’on retrouve aussi chez le Maître de Lyon.

Dirais-je que pour la République, les Droits de l’homme, l’Europe et Charles de Gaulle, Jean-François Chemain me semble avoir les yeux énamourés d’Ozanam pour la démocratie qui doit venir, la République de 1848 qui devait être chrétienne – et ne le fut point ? Il n’est pas jusqu’à l’amitié pour Lamennais, Lacordaire, Montalembert, et, plus tard Marc Sangnier qui ne soit marquée de la même illusion.

C’est pourquoi, au fil de cette lecture enlevée, car l’auteur écrit bien, ce qui ne gâte rien, chacun peut voir son épiderme froissé à telle ou telle page. Mon admiration pour Maurras a souffert quand je lis une phrase aussi fausse qu’injuste : « Il rêvait d’un catholicisme historique, culturel, anthropologique mais vidé de sa substance, d’un christianisme sans le Christ. » Mais où a-t-il vu cela ? Maurras, qui n’a jamais beaucoup aimé le christianisme, a vénéré et servi l’Eglise avec une intuition si juste de son être profond que saint Pie X a pu dire, de lui, à la grande surprise de Maurras « qu’il était un beau défenseur de la foi ». Qui aime ainsi, si justement, pour ce qu’Elle est, l’Eglise, n’aime-t-il pas, du même coup, Jésus-Christ, puisque « à mon avis de Jésus Christ et de l’Eglise, c’est tout un », comme le disait Jeanne d’Arc ? Et que dire de son discours de réception à l’Académie française où ce vieil agnostique, combattant politique, chante Notre Dame et Thérèse de Lisieux, et clôt son homélie sur un chant de Noël en Provence ? Les « chrétiens professionnels » de notre littérature – Claudel, Mauriac, et consorts ont-ils eu cette ferveur et cette audace ?

Quant à imaginer que l’Eglise et la vocation chrétienne de la France se sont trouvées plus épanouies dans la Déclaration des droits de l’homme, les Lumières et la séparation de l’Eglise et de l’Etat que sous le régime du Roi Soleil, il y a des paradoxes que même l’élégance du style ne parvient pas à nous faire avaler.

Mais bon ! Ce sont aussi des débats d’historiens, et même si ces débats peuvent et doivent être vifs – ils sont occasion de disputes, comme on disait dans les universités médiévales –, ce ne sont pas les combats d’aujourd’hui. Le combat d’aujourd’hui, est simple : la France et ceux qui la gouvernent savent-ils encore qu’elle a une vocation chrétienne ? Savent-ils ce que cela signifie ? Savent-ils d’où elle vient ?

Après une analyse remarquable du rôle provocateur, stigmatisant, et, en définitive, de la véritable agression permanente que constitue le port du voile – « Celle qui choisit de porter le voile choisit de s’isoler au sein de la nation, de préférer son statut de musulmane à son statut de citoyenne, de ne jamais laisser en repos ceux qui ne partagent pas sa foi, ou la partagent plus tièdement. Elle appelle implicitement la revendication des droits différenciés en fonction de la religion pratiquée, le communautarisme et son corollaire, l’impossibilité de se mélanger sans trahir, de quitter le groupe sans en payer le prix le plus élevé. » –, l’auteur conclut : « Il faut résister. »

Et, il affirme tranquillement cette vérité si simple et qu’on entend si peu :

« Ce ne sont pas les religions qui posent problème, c’est l’islam, il faut avoir, coûte que coûte, le courage de le dire, et l’antidote à sa violence théologique intrinsèque n’est pas le laïcisme mais le christianisme » (p. 121-122).

Et encore « pour que la liberté religieuse soit définitivement garantie dans notre pays, et dans l’intérêt de toutes les religions comme de ceux qui n’en ont pas, il importe de maintenir le calendrier chrétien et lui seul [souligné par l’auteur]. Le christianisme est, en effet, la seule religion au monde à favoriser une totale liberté religieuse là où il est majoritaire : en terre d’islam, la liberté religieuse n’existe nulle part, en Israël les non-juifs souffrent de discriminations ! »

Ce chant, qui n’est pas toujours une démonstration mais qui ne manque pas d’arguments se termine comme il a commencé, avec Constantin et Clovis, dans l’appel au miracle.

« Destin personnel, salut de la France et construction du Royaume de Dieu, les grands Français qui nous ont précédés témoignent qu’il suffit, pour que ces trois astres se mettent en conjonction, de croire ardemment au miracle. »

« Et de prier. Quel miracle un chrétien qui n’en demande pas est-il en droit d’espérer ? »

Deux citations empruntées à deux femmes accompagnent et soulignent la profession de foi finale : « J’ignore bien sûr, l’avenir mais, quel qu’il soit, je souhaite à ceux qui auront alors à prendre des décisions politiques de se souvenir ardemment de cela : la France est née chrétienne, elle est chrétienne, elle restera chrétienne et Dieu sans doute la sauvera encore. »

La première de ces citations est d’Ingrid Betancourt : « J’ai demandé à Dieu qu’il me recouvre de la même force que celle avec laquelle la France a pu supporter l’adversité, pour me sentir plus digne d’être comptée parmi ses enfants. »

La seconde est de Marthe Robin : « La France tombera très bas. Plus bas que les autres nations à cause de son orgueil (…). Il n’y aura plus rien. Mais dans sa détresse, elle se souviendra de Dieu et criera vers Lui, et c’est la Sainte Vierge qui viendra la sauver. La France retrouvera alors sa vocation de Fille aînée de l’Eglise, elle sera le lieu de la plus grande effusion de l’Esprit Saint et elle enverra à nouveau des missionnaires dans le monde entier. »

Sans effacer tout ce qui, dans les jugements sur le passé ancien ou même récent me sépare, ou m’oppose aux propos de Jean-François Chemain, je me sens totalement un avec lui, dans l’essentiel de son concerto, du Testament de saint Rémy – « le royaume des Francs durera jusqu’à la fin des temps » –, à la prophétie de la stigmatisée de Chateauneuf-de-Galaure, et j’affirme que la réalisation de cette union des vrais amoureux de la France, venant de familles, d’écoles ou de traditions différentes, voire opposées, est le grand travail de l’heure, la condition préalable et nécessaire, l’effort qui nous est demandé pour que vienne, une fois encore, une fois enfin, le miracle.

• Jean-François Chemain, La Vocation chrétienne de la France, Via Romana.

JACQUES TREMOLET DE VILLERS

Article extrait du n° 7048 de Présent du Mercredi 10 mars 2010
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