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[réponse] par Mgr Pascal N'KOUE (2010-04-29 09:10:35) Imprimer

1. Que pensent les évêques africains du mépris dans lequel sont tenues - hélas - les populations africaines catholiques installées en France, si l'on songe que les documents du Magistère pour la pastorale des migrants y sont ignorés, uniquement pour les Africains ? Est-il normal que l'Afrique soit le seul continent pour lequel l'instance de coordination de la CEF indique qu'il n'y a AUCUNE structure pastorale spécifique ?
Pourtant la CEF produit de nombreux discours sur la migration et les migrants bizarrement, sans se soucier des catholiques africains. Il est bien d'encourager à la connaissance de l'Autre musulman mais si c'est pour ne rien faire pour son propre frère venu d'Afrique...
Les évêques d'Afrique, particulièrement des pays autrefois liés à la France, n'ont-ils pas à rappeler - collectivement -, dans les formes les plus appropriées, à leurs confrères français (et européens) que ces catholiques existent, qu'ils ont des besoins spirituels propres et pourraient apporter plus à la vie de nos diocèses s'ils étaient pris en compte réellement comme le réclame Erga Migrantes Caritas Christi ?


• La Conférence Episcopale de France fait beaucoup pour les prêtres et religieux africains à travers son service de la mission universelle. Pour le reste je ne sais pas.

2. Enseignant d'une Faculté de Théologie catholique qui accueille chaque année un nombre conséquent d'étudiants africains (souvent clercs ou séminaristes), je suis frappé par leur désir d'apprendre, de leur extrême bonne volonté en dépit des grosses difficultés culturelles et matérielles.
Mais la plupart sont peu armés, voire pas préparés du tout, à se confronter aux théologies occidentales dissidentes, parfois carrément hétérodoxes par rapport au Magistère romain. Plutôt que d'enrichir leur réflexion doctrinale et pastorale par une fréquentation habituelle avec la Tradition et le Magistère, il y a souvent - pas toujours - une fascination pour l'hétérodoxie qu'ils ont tendance à assimiler à la "modernité" religieuse dont nos Églises malades ou mourantes d'Europe seraient porteuses, comme l'a encore dit la cardinal Danneels récemment, se croyant en mesure de donner des leçons à ses confrères d'Afrique.
Je précise que cette malheureuse fascination n'est pas invicible chez les clercs africains : la grande majorité ont, en arrivant, l'amour de l'Église et celui de Rome et ne demandent qu'à s'abreuver aux bonnes sources.

Comme je suis convaincu que l'Afrique noire est un lieu décisif pour l'avenir du catholicisme au XXIe siècle, j'aimerais savoir ce qu'un évêque pense de cet état de fait. N'y-a-t-il pas une carence dans la formation initiale en Afrique de ces prêtres qui les rend plus vulnérables à l'hétérodoxie répandue en Europe et leur fait perdre leur sens critique à l'égard des lectures déviantes et des pastorales inspirées par des principes qui ont conduit, chez nous en Europe, à un échec patent ?
Les échanges de clercs, spécialement des Africains venant en Europe, sont essentiels et contribuent à unir l'Eglise, c'est pourquoi l'enjeu me semble important.


• Pour les étudiants clercs ou séminaristes africains en France : Oui, malheureusement, la modernité fascine, le relativisme aussi. La théologie africaine cherche encore son expression au sein de l’universalité catholique. Chaque peuple exprime, avec son génie propre, la même foi. Il suffit de voir la variété de l’expression de la foi en Europe (Allemagne, Italie, Espagne). Sans tomber dans le fidéisme, je crois qu’il faut croire plus en l’amour de Dieu qui sauve plutôt que de s’embarquer allègrement dans la logomachie ou gymnastique intellectuelle. On se complique la vie avec cela. Que nos théologies soient plus bibliques, qu’elles s’appuient plus sur les Saintes Ecritures. Le message de Dieu est là. C’est la parole de Dieu qui est efficace et non les théologies.

3. La liturgie romaine latine (Forme extraordinaire) fait partie du patrimoine des Églises africaines puisque l'évangélisation du XIX-XXe siècle s'est faite dans cette liturgie. Pourquoi les évêques d'Afrique en général sont si réticents à mettre en valeur ce patrimoine qui leur appartient autant qu'aux Européens ou aux Latino-américains ?
Un séminariste ivoirien, ordonné prêtre cette année, que j'avais amené à la Messe latine traditionnelle me disait qu'il comprenait désormais mieux ce que lui rapportait sa mère sur la liturgie plus priante et d'adoration qu'elle avait vécue dans sa jeunesse. Le style de la liturgie romaine traditionnelle s'est très bien inculturé dans les civilisations africaines et résonne très bien avec le sens du sacré dans ces cultures traditionnelles. Pourquoi l'Église en Afrique tend-elle à se priver de cette Forme extraordinaire de la liturgie comme un des atouts à sa disposition pour l'évangélisation ?
Je sais bien Monseigneur que vous n'êtes pas directement concerné mais comment comprenez-vous la tendance très majoritaire dans l'Église africaine ? N'est-ce pas une conséquence de la question n°2 ?


• Beaucoup d’évêques en Afrique sont jeunes et n’ont pas connu la forme extraordinaire. Ils ne peuvent donc pas être demandeurs de ce qu’ils n’ont pas connu et aimé. Vous me donnez raison avec cet exemple du jeune Ivoirien qui a vu et a apprécié. Il faut qu’on voit d’abord. Et puis en Afrique on ne crache pas sur la forme ordinaire comme certains groupes le font chez vous. C’est dans cette forme que le Pape célèbre et cela nous sécurise. Enfin, la fameuse querelle de Mgr Lefebvre et le Pape a beaucoup terni son image. On ne s’oppose pas à l’Autorité spirituelle supérieure. Pour nous c’est très mauvais. A cause de ce bras de fer, le nom de Mgr Lefebvre n’est pas une bonne publicité. On le rejette purement et simplement avec le rite qu’il a soutenu « unguibus et rostro ». Toute la confusion vient de là. Mais ne soyons pas pressé. L’Afrique est souvent en retard sur les bonnes choses… Elle redécouvrira un jour ce rite ancien. En tout cas, dans mon diocèse, la forme extraordinaire est célébrée régulièrement dans une paroisse personnelle créée à cet effet à côté de l’évêché. elle y trouve pleinement et pacifiquement sa place. Et c’est une richesse pour tout le diocèse.
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