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[réponse] par Révérend Père Louis-Marie de Blignières (2009-11-27 18:23:09) Imprimer

Que dites-vous de la condamnation du bienheureux Pie IX dans Quanta Cura : "Et contre la doctrine de la Sainte Écriture, de l'Église et des saints Pères, ils affirment sans hésitation que : " la meilleure condition de la société est celle où on ne reconnaît pas au pouvoir le devoir de réprimer par des peines légales les violations de la loi catholique, si ce n'est dans la mesure où la tranquillité publique le demande ". "
Lequel souverain pontife ajoute un peu plus loin dans la même encyclique : "Au milieu donc d'une telle perversité d'opinions corrompues, Nous souvenant de Notre charge Apostolique, dans notre plus vive sollicitude pour notre très sainte religion, pour la saine doctrine, et pour le salut des âmes à Nous confiées par Dieu" et pour le bien de la société humaine elle-même, Nous avons jugé bon d'élever à nouveau Notre Voix Apostolique. En conséquence, toutes et chacune des opinions déréglées et des doctrines rappelées en détail dans ces Lettres, Nous les réprouvons, proscrivons et condamnons de Notre Autorité Apostolique ; et Nous voulons et ordonnons que tous les fils de l'Église catholique les tiennent absolument pour réprouvées, proscrites et condamnées."
N'est-ce pas une condamnation sans appel du n° 2 de Dignitatis Humanae heureusement non infaillible : "Le Concile du Vatican déclare que la personne humaine a droit à la liberté religieuse. Cette liberté consiste en ce que tous les hommes doivent être soustraits à toute contrainte de la part soit des individus, soit des groupes sociaux et de quelque pouvoir humain que ce soit, de telle sorte qu'en matière religieuse nul ne soit forcé d'agir contre sa conscience, ni empêché d'agir, dans de justes limites, selon sa conscience, en privé comme en public, seul ou associé à d'autres."

Réponse. 1. Pour « le fait » d’une éventuelle contradiction. Sur ce point, il y a une littérature infinie et souvent passionnée. J’ai cru aussi, de 1975 à 1987, qu’il y avait contradiction. A la suite de Brian Harrison (qui avait tenu un temps aussi pour la contradiction), et avec le Père de Saint Laumer, je me suis rendu compte que cette contradiction n’était pas certaine (ce qui est requis pour suspendre son assentiment à un texte du magistère qui requiert au minimum « l’assentiment de l’intelligence et de la volonté ») et qu’il y avait une possibilité de conciliation. Le Père Basile du Barroux, parti des mêmes prémisses que moi (il devait, sur la demande de Dom Gérard, entreprendre de me réfuter lorsque j’ai changé d’avis en 1988…), puis l’Abbé Lucien, sont arrivés par des voies différentes à la même conclusion. Il est serait capital que les discussions en cours à Rome permettent d’éclaircir la question, et qu’une interprétation authentique du Pape soit donnée sur ce point. Ayons confiance, car il est impensable que le magistère puisse, s’il y a contradiction (ce que je ne crois plus) la maintenir indéfiniment. Donc, M. d’André, si vous avez raison (dato non concesso), il y a aura tôt ou tard une rectification…
2. Pour le « comment », les positions d’Harrison sont résumées dans le n. 31 de Sedes sapientiæ, celles du Père de Saint Laumer dans le n. 25, celles de l’Abbé Lucien dans le n. 96 ; celles du Père Basile sont disponibles au Barroux. Voici, à titre d’illustration, ce qu’écrit l’Abbé Lucien :
« Selon nous, la différence essentielle entre le droit affirmé par Dignitatis humanæ personæ et celui condamné par Grégoire XVI et Pie IX consiste en ceci : – Dignitatis humanæ personæ affirme le droit naturel à la liberté [externe] d’agir, en matière religieuse, SELON SA CONSCIENCE ; – Les deux papes cités nient l’existence d’un droit naturel à la liberté externe d’agir, en matière religieuse, COMME ON VEUT.
Or il est tout à fait possible, et malheureusement très fréquent, qu’un homme agisse comme il veut, sans agir selon sa conscience. Souvent en effet le pécheur agit contre sa conscience, bien que dans d’autres cas il agisse selon sa conscience coupablement erronée. Il peut même arriver que l’homme, devenu par endurcissement indifférent au bien et au mal, agisse sans aucun jugement de conscience. (…) Et ainsi, au moins pour une part et dans certains cas, il est possible de juger prudemment de l’extérieur (à supposer que l’on ait une raison légitime de le faire) si une personne agit selon sa conscience ou non.(…)
Comprise comme nous venons de l’exposer, l’affirmation centrale de Dignitatis humanæ personæ ne met pas en cause, de façon essentielle, la pratique de l’Eglise dans la chrétienté.
La conscience en effet, selon la théologie catholique, a pour fonction propre l’application des normes générales de la moralité à une action particulière à poser par le sujet. Lors donc qu’une personne ne tient pas compte, dans son agir, des données morales générales objectives (naturelles ou surnaturelles) qui sont effectivement à sa disposition, l’autorité légitime peut légitimement présumer que cette personne n’agit pas selon sa conscience.
Or la religion catholique possède des motifs de crédibilité « adaptés à toutes les intelligences » ; et, en climat de chrétienté, ces données sont effectivement à la portée de tous. L’Eglise a donc légitimement pu présumer que ceux qui n’en tenaient pas compte (que ce soit les hérétiques et assimilés, ou, différemment, les infidèles prétendant diffuser leurs erreurs dans une nation catholique) n’agissaient pas selon leur conscience.
Dans la situation actuelle du monde, on ne peut évidemment plus présumer d’une manière générale, au niveau d’un Etat, que la religion catholique et ses motifs de crédibilité sont suffisamment présentés aux hommes, même dans un pays à majorité « catholique ». L’attitude pratique de l’Eglise, compte-tenu du droit énoncé par Vatican II, se trouve donc normalement modifiée. Ceci n’empêche pas de penser qu’une raison beaucoup plus efficace et fondamentale en faveur d’une large tolérance civile, dans le monde actuel, se tire des exigences propres du bien commun. »
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