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Eglises "ekklesia/kyriakè" et autres questions par Aétilius (2009-05-26 00:56:06) Imprimer

Même si l'heure est largement passée, je tente une série de nouvelles questions, ayant beaucoup apprécié toutes vos réponses, qui m'ont éclairé sur de nombreux points.

Je précise avant de commencer qu'âgé de 32 ans, j'ai donc évolué dans les deux rites depuis l'enfance, le moderne par la force des choses, l'ancien par l'orientation familiale prise à partir de ma 12ème année environ.

Je retrouve tout à fait ma propre analyse dans ce que vous dites sur le côté affectif des fidèles du rite ordinaire, pour qui la messe souvent est d'abord un lieu de partage et de rassemblement, où l'on veut passer un bon moment ensemble, approche que je qualifierai d'un peu féminine de la religion. Idem pour les "tradis", où l'on est dans une approche plus légaliste, cérébrale et virile de la religion, le culte rendu à Dieu écrasant l'aspect repas communautaire.

Il est intéressant de noter que le grec a donné aux langues européennes deux termes pour désigner le bâtiment église : "ekklesia", d'où découlent les termes des langues romanes "iglesia", église", "chiesa", "iliz"..., qui signifie "(lieu où se rassemble) l'assemblée", et "kyriakè", d'où viennent les mots des langues germaniques "church", "kirche", "kerk"..., littéralement "la maison) du Seigneur". Autrement dit, ces deux dimensions, l'horizontale et la verticale sont inséparables semble-t-il du lieu de culte chrétien.

Ne peut-on dire que l'équilibre a été trouvé dans le fait qu'à l'assemblée est réservée dans les rites traditionnels, occidentaux ou orientaux, une partie de l'église, en gros la nef, et qu'à Dieu appartient la partie proprement sacrée, le choeur, la rencontre entre les deux étant dans le rite latin la "table de communion", où Dieu s'abaisse à se donner à l'homme, pour l'élever à son propre rang ?

Que penser dans ce cas-là de l'intrusion des laïques, en particulier des femmes, dans le choeur ? D'ailleurs, y a-t-il une justification théologique du fait que, jusqu'à une date récente, il leur était totalement interdit ?

Quid de la séparation hommes (à droite)/femmes (à gauche) ? Souvent, lorsque je dis à des gens que je fréquente régulièrement le rite traditionnel, on me demande si c'est bien comme cela que les fidèles se disposent, ce que je n'ai jamais vu faire en France aujourd'hui.
A la réflexion, je me dis que cela a peut-être du bon, dans le sens où cela montre bien que l'on ne vient pas à une cérémonie humaine ordinaire : rien de contradictoire avec la célébre phrase de saint Paul où il dit qu'il n'y a plus ni femmes ni hommes mais seulement des frères en Jésus-Christ. Cela, c'est ce vers quoi nous devons tendre, mais en regardant la réalité imparfaite de ce monde en face, ce qui fait que l'apôtre interdit dans un autre passage aux femmes de prendre la parole en public durant le culte. Et puis, cela n'a rien de sexiste, au contraire du rite musulman, dans lequel les femmes sont exclues de la salle de prière principale, et de la liturgie juive, où les femmes sont reléguées sur des balcons.

D'un côté donc, le rite actuel, où les femmes sont les reines : lectures et parlottes incessantes, tournés les uns vers les autres (lectures des textes bibliques, des Prières universelles, des témoignages et autres mots sur la prochaine kermesse...), distribution de la communion, cérémonie des offrandes, avant l'offertoire, service de messe...Souvent, en observant les assemblées "modernes", je vois une surreprésentation de la part féminine de la population. De l'autre le traditionnel, d'où elles sont symboliquement absentes, et qui attire donc plus les hommes, la parité se faisant au minimum, voire une majorité masculine se dégageant.
Résultats : le prêtre apparaît comme une sorte d'eunuque au milieu de son harem, et sa noble fonction n'apparaît que bien peu attirante pour des jeunes qui ont peut-être la vocation, mais que le spectacle qu'ils contemplent refroidit. Inversement, on peut comprendre que les femmes ne soient pas très enthousisates aujourd'hui à l'idée de rester silencieuses et immobiles durant toute la liturgie.

Par ailleurs, toujours continuant sur cette idée qu'on a désincarné la liturgie et que les conséquences sont là, il me paraît logique que l'on vienne à la messe en tongues et short, vu que c'est un moment amical, point.

Je trouve ainsi de plus en plus normal de s'habiller différemment de la vie ordinaire quand on va à l'église : de même que les juifs mettent une kippa et un châle de prière sur les épaules, que les musulmans se déchaussent et souvent endossent une djellaba, de même devrait-on faire un effort vestimentaire, ce que font les servants, au moins à certains moments de la messe, en gros de l'offertoire à la communion, en particulier mettre un châle pour la gent féminine, symboliquement ainsi non pas là pour plaire à la gent masculine mais pour prier Dieu (beaucoup de femmes aujourd'hui qui fréquentent les églises semblent ne pas savoir qu'un homme n'est pas une femme comme les autres, et que la chevelure féminine possède pour la plupart des hommes une charge sensuelle qui reste très forte, d'où le conseil que donne de ce côté-là saint Paul, décidémment expert en connaisance de l'âme humaine).

Pour la désorientation des églises et de la prière personnelle, je pense qu'un retour au fait de se tourner concrètement vers l'est ne ferait pas de mal, car autrement prières et cultes deviennent quelque chose de cérébral, ce qui permet ensuite de partir dans toutes les dérives néo-platonisantes (sans le savoir). Et si se tourner vers l'est est ridicule et obsolète, suivent les battements de coulpe, les inclinations de tête, les génuflexions et agenouillements, les signes de croix, se signer en prenant de l'eau bénite à l'entrée de l'église... Bref, tout devient cérébral et assommant, profane et intello genre calviniste, et autant alors aller dans un bar, où on se marrera plus.

Je termine par une question : de quand datent les stalles des moines, tournées les unes vers les autres, ce qui fait que leurs occupants se "regardent", donnant ainsi une impression communautaire forte ? Cela ne les empêche pas de se tourner au moment de toutes les adresses à Dieu vers l'autel, se décentrant ainsi les uns des autres pour regarder ensemble dans la même direction : n'y a-t-il pas là un bel équilibre, qui pourrait être pris en modèle pour les fidèles ?

En tout cas, je vous promets de lire votre livre dès que je l'aurai trouvé. Un grand merci pour tout le temps que vous avez passé à nous répondre, mais quelle pagaille en tout cas que le spectacle que donne aujourd'hui le culte chrétien, chacun, et nous les premiers, donnant son avis sur la question.

Prions donc pour que tout ce charivari donne enfin naissance, après la messe ad orientem et la messe ad populum à une messe qui équilibre les deux dimensions de l'Homme-Dieu, Jésus-Christ, la messe ad deum cum populo, chacun des deux rites ayant tendance à évacuer l'une des deux orientations, pourtant indissociablement liées.

Bien à vous

Aétilius
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