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[réponse] par Marc Levatois (2009-05-25 19:02:47) Imprimer

Merci de cette nouvelle question. La situation des constructions entreprises entre la fin de la Seconde guerre mondiale et le concile Vatican II est sans doute essentielle. L’instruction Inter Oecumenici, qui lance officiellement le retournement généralisé, est elle-même antérieure de cinq ans à la réforme fondamentale du missel romain et se situe à une époque où cette dernière n’était sans doute pas acquise dans la radicalité qui a été la sienne.

C’est la raison pour laquelle j’ai voulu faire référence à l’article de Paul Claudel, publié à la l’immédiate veille de sa mort, au tout début 1955, sous le titre emblématique de « La messe à l’envers », dans la mesure où était alors mis en lumière – et critiqué – un début de retournement des autels, près de dix ans avant Inter Oecumenici et par un auteur que l’on ne peut considérer en bloc comme un conservateur.

Il faudrait sans doute disposer d’archives pour évaluer le rôle de la controverse engagée par Claudel et la position publiée l’année suivante, en 1956, par les cardinaux et archevêques de France, dans le Directoire pour la pastorale de la messe, ouvrage de fond qui comporte une exposition des principes qui peuvent régir le sacré dans le culte chrétien, ainsi que des règles de contrôle strict de la célébration « face au peuple », la proscrivant dans les églises ne disposant que d’un seul autel, pour ne pas dissocier le tabernacle de l’autel, et la soumettant toujours à une autorisation de l’ordinaire. Cette position claire des évêques de France est sans doute aussi à placer dans un mouvement lancé quelques années auparavant par l’encyclique Mediator Dei de Pie XII mais aussi en relation avec le rôle pratique des commissions diocésaines d’art sacré qui se mettaient en place ces années-là. C’est selon moi la réaffirmation de ces règles classiques qui permet de comprendre l’exemple assez paradoxal – mais seulement de notre point du vue a posteriori – de la chapelle construite par Le Corbusier à Ronchamp où, à part la célébration face au peuple dans le sanctuaire extérieur, coexistent une organisation spatiale liturgique intérieure tout à fait classique et une architecture que l’on peut qualifier de révolutionnaire.

Le rôle des commissions d’art sacré est sans doute très important pour comprendre non seulement la perspective majoritairement « conservatrice » des structures dans les années cinquante mais aussi la généralisation du « retournement » dix ans plus tard. La gestion de ces questions se situait, en effet, dans le domaine de la norme et de l’argument d’autorité, qui sera encore évident – voire beaucoup plus - dans les années soixante. Un de mes oncles, sculpteur, ayant participé à la grande campagne de reconstruction des églises de Basse-Normandie dévastées par la dernière guerre, était tellement convaincu de l’autoritarisme de la commission d’art sacré du diocèse de Coutances qu’il avait donné les traits du chanoine qui la présidait à l’un des démons figurés sur la base d’un maître-autel qu’il avait réalisé. L’Eglise des années cinquante à soixante-dix est encore une Eglise où le clergé est puissant, en nombre et en autorité. Cet argument d’autorité est présent également sous la plume de Claudel, surtout dans la suite donnée par lui, quinze jours plus tard, à « La messe à l’envers ».

Dans ce cadre, la référence que vous faites à la basilique Saint-Pie-X de Lourdes est un élément essentiel, que je vous remercie d’avoir mis en lumière, dans la mesure où il y a ici, pour un édifice construit à la fin du règne de Pie XII et consacré en 1958, l’amorce d’une mutation de fond, non pas tant, peut-être, dans l’affirmation exclusive de la célébration face au peuple que dans l’absence d’orientation nette d’un vaisseau dont la nef est totalement elliptique, supposant une certaine ambivalence de l’orientation choisie, même si, à Lourdes, l’ellipse n’est pas centrée sur l’autel – maintenant une certaine orientation – contrairement à des exemples beaucoup plus récents d’églises elliptiques centrées et non plus orientées, comme Saint-François-de-Molitor à Paris. L’explication de cet exemple de Lourdes n’est pas facile. La place des conditions pratiques d’un sous-sol inondable et de la capacité d’accueil pour des foules de handicapés est sans doute un élément à prendre en compte. J’avoue manquer ici des éléments. Il est certain que cet exemple se situe dans la veine des innovations structurelles, rares mais marquantes, d’avant le concile Vatican, mises en évidence, surtout pour le monde germanique, par Dom Debuys dans Le génie chrétien du lieu.

Bien cordialement. Marc Levatois

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images/icones/neutre.gif Lourdes par Meneau (2009-05-24 23:38:28)
     images/icones/neutre.gif [réponse] par Marc Levatois (2009-05-25 19:02:47)
     images/icones/hein.gif En 1958, peu après son inauguration par Ewondo (2009-05-25 19:08:20)
         images/icones/neutre.gif [réponse] par Marc Levatois (2009-05-25 20:58:12)



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