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Pour la pacification liturgique par Rémi Fontaine (2009-03-02 19:12:23) Imprimer

1. Votre question, chère Constance, est complexe, car le motu proprio donne lieu lui-même à plusieurs interprétations plus ou moins légitimes (et carrément « hors-la-loi » chez beaucoup d’évêques, comme vous le laissez entendre). Deux chapitres de mon livre noir et blanc sont d’ailleurs consacrés à ce sujet crucial. Sur le fond, je partage assez le point de vue de Denis Sureau ou Michel De Jaeghere (sur ce Forum) ou celui d’Yves Daoudal dans la recension qu’il a faite du livre de Christophe Geffroy sur « la paix liturgique » (« Reconquête » de novembre-décembre 2008), notamment sur la question du magistère. Plus pratiquement, voici l’opinion que j’avais moi-même développé dans « Présent » du 3 décembre 2008, en réfléchissant aux diverses modalités de cette « indispensable pacification des esprits » demandée par Benoît XVI :

Le motu proprio ne contraint nullement les prêtres du rite romain de célébrer selon la forme extraordinaire ou selon la forme ordinaire : il a simplement libéré la messe dite de saint-Pie V de son injuste interdiction, en recommandant à l’Eglise son usage fécond par le plus de voies possibles. Il a offert aux fidèles une sorte de « droit opposable » à la messe traditionnelle selon l’expression de l’abbé de Tanouärn. Par ce « bimorphisme » du rite romain, qu’on peut considérer comme un pis-aller nécessaire relativement à la crise, Benoît XVI a voulu surmonter de jure la querelle théologique autour de ce rite (mono ou bi-ritualisme) provoquée par la rupture liturgique du nouvel ordo de Paul VI. Les uns rejetant (ou « tolérant ») la messe traditionnelle au nom de l’unité du rite romain, les autres considérant que cette rupture nous plaçait de facto en face de deux rites irréductibles, plus ou moins ou pas du tout cohabitables.
Indépendamment des questions doctrinales qui demeurent encore, cette nouvelle donne suscite des propositions pratiques différentes, qui peuvent parfois être pommes de discorde. Ainsi la décision initiale (aujourd’hui revue et corrigée) des Guides et Scouts d’Europe (GSE) d’exclure la forme extraordinaire de leur pratique. Ou bien la proposition de Christophe Geffroy de renoncer, à plus ou moins court terme, à un usage exclusif de la forme extraordinaire pour les communautés religieuses traditionnelles (cf. Benoît XVI et « la paix liturgique » aux éditions du Cerf, septembre 2008) - comme on demande aux GSE de le faire pour la forme ordinaire. La symétrie apparente n’est cependant pas totalement fondée.
Autant la décision initiale des GSE s’avérait contraire à la lettre et l’esprit du nouveau motu proprio, autant le souhait de Christophe Geffroy apparaît comme une « opinion » respectable, en tant qu’option prudentielle d’esprit missionnaire : qui peut le plus peut le moins !? A la condition précisément de ne pas en faire une obligation universelle, autoritaire et dogmatique, et de laisser la liberté à d’autres options (prudentielles) toutes aussi défendables – sans aucune « ambiguïté détestable », comme il dit ! - du point de vue du bien commun de ces instituts sacerdotaux, qui n’est pas le même que le bien commun des Scouts d’Europe (mouvement de laïcs).
L’ouverture et la réciprocité (qu’on peut éventuellement souhaiter) n’est pas une obligation bilatérale, en des termes égalitaires. Etant donné, d’une part, le déni de justice et la persécution subis par les uns (et non par les autres) ; d’autre part, la différence objective des deux formes avec les « insuffisances de la réforme liturgique » (selon le cardinal Ratzinger) et la « primauté d’honneur » de l’ancienne en raison précisément de son usage vénérable et antique ; enfin, étant donné la nature et le statut des communautés envisagées dans leur finalité et leur histoire différentes… Ces objections peuvent s’adresser par exemple à ceux qui font un devoir impératif au pèlerinage de chrétienté de s’ouvrir à la forme ordinaire : ne pas l’exclure « par principe » ne signifie pas forcément l’adopter pratiquement.
Autrement dit, il y a plusieurs demeures dans la tradition, qui demeure un concept d’autant plus analogique qu’on est en crise. L’erreur serait de vouloir imposer une voie univoque, monolithique, sans la prudence que réclame le bien commun des parties et de tous dans l’Eglise. C’est, semble-t-il, l’esprit de Benoît XVI, tant dans son motu proprio que dans sa volonté de réforme de la réforme. Un esprit qui réclame, certes, un grand respect mutuel et une grande patience pour renouer progressivement et authentiquement avec la tradition. Dans la vérité, la justice et la charité.

2. L’une des conséquences possibles et souhaitables du motu proprio est en effet le retour de « tradis » dans leur paroisse territoriale, car ils appartiennent fraternellement au Corps mystique de l’Eglise non seulement dans un temps, mais dans un espace ou un lieu donnés. La situation la plus « normale » serait de trouver la forme extraordinaire dans sa propre paroisse locale, quitte à ce qu’elle cohabite avec la forme ordinaire. Encore y faut-il la rencontre d’un prêtre « en phase » avec un « groupe stable ». Mais là encore, il faut « laisser le temps au temps » ainsi que des voies missionnaires et de réconciliation différentes, car c’est loin d’être possible partout. Et, après des décennies de crise et de quasi-apartheid, la paroisse (tradi) personnelle correspond aussi à un besoin vital. Elle peut du reste très bien s’intégrer dans le diocèse et coexister avec les autres paroisses territoriales, comme le montre le cas heureux de Toulon.
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