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Dangereux puzzle par XA (2008-11-02 09:45:41) Imprimer

Un entretien avec Mgr Tony Anatrella en attendant le Rendez-vous.


Famille Chrétienne
11/11/2006 - n°1504


Rubrique :Famille et pratique / Notre vie

Dangereux puzzle

Psychanalyste et spécialiste en psychiatrie sociale, Mgr Tony Anatrella met en garde contre le projet de légaliser l'adoption par un duo homosexuel. Une légalisation qui toucherait aux fondamentaux de l'humain.

Entretien réalisé par Bénédicte Drouin


Vous dites que le terme même d'"homoparentalité" est contradictoire, pouvez-vous expliquer ?

L'"homoparentalité" signifie le "parent semblable". Comment ne pas voir que l'homosexualité est contraire au sens de la parenté ? Des mots étranges sont ainsi fabriqués pour faire croire que la société est dans une nouvelle réalité alors qu'il s'agit d'un faux-semblant. Deux personnes de même sexe sont dans une monosexualité dont l'altérité sexuelle et le couple générationnel sont absents. Ils ne forment ni un couple puisqu'il n'y a pas de complémentarité, ni une famille puisque l'enfant ne procède pas de deux personnes de même sexe.

Certains ont tendance à piller le langage qui concerne la famille fondée par un homme et une femme et à l'attribuer à un duo homosexuel - terme que j'ai initié dans mon dernier livre (1) -, alors que nous sommes en présence de structures psychiques incomparables.

Dans le cas qui nous occupe, il faut distinguer des enfants nés dans un couple formé par un homme et une femme, dont l'un des partenaires se sépare pour vivre son homosexualité, et des enfants qui seraient conçus à la suite de manipulation biologique ou adoptés dans un contexte homosexuel. Dans la première situation, l'enfant sait qu'il vient d'un homme et d'une femme et il entretient sa relation parentale, même si elle pose souvent des problèmes. Dans la seconde, il doit sa naissance en dehors d'une vie et d'une union amoureuse entre un homme et une femme. Le discours ambiant produit des idées irréalistes en séparant la procréation de la différence sexuelle. La théorie apparaît séduisante sur le papier, mais en pratique nous préparons les problèmes affectifs et identitaires de demain. L'"homoparentalité" est un mensonge social, l'enfant ne se conçoit ni ne s'éduque à partir d'un seul sexe.

Sait-on quelle proportion d'homosexuels veut adopter un enfant ?

Non, mais c'est un phénomène extra minoritaire. De très nombreuses personnes homosexuelles ne veulent ni se marier ni adopter des enfants. Elles considèrent, avec raison, qu'elles sont dans une situation contraire à la vie conjugale et à la parenté.

Certains mettent en avant leur désir d'enfant pour légitimer l'adoption. La force de ce désir suffit-elle à garantir un déve-loppement harmonieux de l'enfant ?

L'égalité des droits devant la loi ne signifie pas que toutes les situations se valent et que les personnes peuvent bénéficier des mêmes droits. La force du désir est loin d'être une garantie pour l'avenir de l'enfant. Nous croyons de façon illusoire que la force du désir d'enfant est un gage de son épanouissement. Certes, nous avons à veiller à la qualité du désir, mais aussi et surtout à vérifier si l'enfant est reconnu pour lui-même. Une vision sentimentale nous assure qu'il sera mieux "aimé" que dans un couple qui se déchire. Là n'est pas là question, mais davantage de savoir dans quelle structure relationnelle un enfant sera engagé.

La filiation ne se définit pas à partir de l'adoption. C'est plutôt l'adoption qui doit se définir à partir d'un couple générationnel constitué d'un homme et d'une femme qui rend lisible l'origine dont l'enfant a besoin pour se repérer charnellement. Jusqu'à présent, on exigeait avec raison des célibataires voulant adopter un désir d'éduquer dans un milieu où l'altérité sexuelle est intégrée et acceptée.

Quand on examine les motivations d'homosexuels qui veulent un enfant, il apparaît que ce dernier n'est pas conçu pour lui-même, mais qu'il est instrumentalisé pour soutenir des adultes. Dans un contexte unisexué, l'enfant est plutôt le miroir et le référant social qui sert à valider la reconnaissance de leur homosexualité. Il s'agit d'un phénomène de mimétisme afin d'être comme tout le monde. Il est impossible de concevoir un autre à partir du même.

Que sait-on des enfants élevés par des homosexuels ? Ont-ils des difficultés plus particulières à se structurer ? Ont-ils plus de risques de devenir homosexuels ?

La plupart des études sont superficielles et militantes, et ne sont pas crédibles. Elles s'inspirent des adultes qui cherchent à se justifier et elles observent des enfants, uniquement sur des points particuliers, qui ne manifestent pas encore toutes les carences psychiques liées à cette situation. Au printemps 2005, la chaîne de télévision Arte a eu le courage et l'honnêteté de présenter un document où 40 % de jeunes de plus de 20 ans, ayant vécu dans ces conditions, se reconnaissaient être homosexuels. Ce n'est pas négligeable.

Si ce système est inscrit dans la loi et se généralise, d'autres problèmes psychologiques se poseront. Ainsi l'enfant intègre mieux l'interdit de l'inceste dans un couple générationnel, alors que l'une des origines de l'homosexualité est liée, entre autres, à la non-résolution de ce problème dans la personnalité. L'enfant peut mieux se reconnaître dans son identité et à sa place en se disant : "Je suis une fille, je suis un garçon, et plus tard je serai un homme comme papa et une femme comme maman".

L'unisexualité des adultes enferme dans un système de relation sans altérité qui mutile chez l'enfant de nombreuses dimensions du réel. L'acceptation, par exemple, de la différence sexuelle est l'une des premières limites que l'enfant rencontre à travers ses parents. Elle est inscrite dans le corps. Si je suis une fille, je ne peux pas être un garçon et réciproquement. Remettre en cause la parenté fondée sur la différence sexuelle revient à faire croire à l'enfant que tout est possible.

Ce sentiment de toute-puissance est handicapant, il l'empêche d'accéder à ses propres possibilités. L'enfant a besoin que sa mère soit une femme et son père un homme. Chacun est ainsi situé dans son identité et permet à l'enfant de se différencier subjectivement et socialement. L'homosexualité complique et ne permet pas ces processus. Elle n'est pas une différence comme on le prétend, elle est la négation de toutes les différences. On ne peut donc pas définir rationnellement la parenté et la filiation simple ou plénière, et encore moins l'éducation des enfants à partir de l'homosexualité.

Les besoins essentiels de l'enfant passent-ils nécessairement par la présence d'un père et d'une mère ? Les partisans de l'"homoparentalité" avancent que certaines civilisations font l'économie d'un père et d'une mère unique, l'enfant, selon son âge, est élevé par divers groupes.

L'argumentation utilisée par des militants est souvent de mauvaise foi. Bien sûr, selon les cultures claniques et tribales, la parenté peut être représentée de différentes façons. Nous n'en sommes plus là fort heureusement, à moins qu'on veuille régresser dans des états primitifs. Mais une étude éclairée, qui ne se contente pas de faire des constats extérieurs, montre que ces divers types de parentés ne produisent pas tous des effets bénéfiques sur les enfants et la société.

Les militants homosexuels ont aussi une façon particulière de détourner et de déformer des études pour justifier leurs revendications. Ils sont dans l'idée que l'enfant serait collectivement à la disposition de tous les adultes. Ils réactivent le réflexe ancien du rapt des enfants : autrefois pour des raisons économiques, aujourd'hui pour des raisons affectives.

Dans aucune société, l'homosexualité n'a participé à la définition du couple, du mariage, de la famille, de la filiation, de l'adoption et de l'éducation qui dépendent toujours de la relation entre un homme et une femme. Plutôt que l'intérêt de l'enfant, on privilégie actuellement le désir des adultes, qui est loin d'être légitime. Posséder un enfant, au nom d'un sexe unique, est l'expression d'un désir de domination d'un sexe autosuffisant. Comment peut-il en être autrement dans une vision unisexuée aussi close sur soi ?

Les personnes homosexuelles répondent que pour l'enfant l'autre sexe sera toujours présent à l'école ou dans la famille élargie. Qu'en pensez-vous ?

Ces personnes révèlent ainsi ce dont un enfant a besoin tout en étant incapables de le lui donner ! Elles demandent aux autres de représenter ce qu'elles ne vivent pas et de réparer les handicaps qu'elles vont créer, à long terme, sur des enfants comme sur la société quand la filiation ne sera plus charnellement lisible. Cette compensation est largement insuffisante. Ces arguments procèdent d'un raisonnement enfantin dans lequel des responsables politiques se laissent piéger sans en mesurer les origines et les enjeux.

C'est par l'intermédiaire de ses parents que l'enfant découvre et intègre la différence sexuelle (ou la refuse à la suite d'un conflit psychologique qu'il n'élabore pas). Il se sent homme comme son père et femme comme sa mère. Il découvre l'autre sexe à travers ce qu'il sent du désir de ses parents. Pour une fille, il est difficile d'aimer un homme, si elle ne sent pas que sa mère aime un homme. Le corps sexué des parents et le désir qui circule entre l'homme père et la femme mère est déterminant pour comprendre de quel désir sexuel l'enfant est né.

Dans un contexte homosexuel, l'enfant existe en dehors de l'intimité du champ corporel des adultes qui s'occupent de lui. Il ne procède nullement de leur vie sexuelle. La situation sera autre dans le cas d'un enfant adopté par un homme et une femme qui représentent un couple générationnel même si leur sexualité est inféconde. Ils sont dans l'altérité sexuelle dont l'enfant a besoin pour reconnaître son identité et se différencier.

En tant que thérapeute, pensez-vous que prendre le temps d'expliquer à un enfant son histoire suffit pour qu'il accepte cette "pluriparentalité", comme le soutiennent les partisans de l'"homoparentalité" ?

Certainement pas. On le constate déjà dans la situation des enfants du divorce qui n'acceptent pas l'autorité de l'adulte qui vit avec l'un de ses parents, ou qui sont fatigués par la garde alternée. Quand une société perd le sens de la différence sexuelle, elle commence à perdre le sens de la raison et de la réalité. Nous délirons avec la "pluriparentalité", il suffit d'entendre le discours des politiques qui sont prêts à tous les bricolages juridiques, et parfois les plus pernicieux.

Qui se préoccupe de ces enfants pris en otage dans cette supercherie ? L'enfant sent toujours l'inauthenticité des adultes quand on l'implique dans un système de justification qui ne correspond pas à ses besoins. Un garçon de 10 ans a dit à son père : "Si tu es homosexuel, tu ne peux plus être mon papa", tout en refusant de rencontrer son compagnon. Bien sûr, il arrive qu'un adulte joue un rôle éducatif auprès d'un enfant sans être son parent. Mais laisser entendre à l'enfant (et l'inscrire dans la loi) qu'il peut avoir plusieurs "papas" ou "mamans", c'est lui mentir. Il sait, ou il saura, qu'il n'a qu'un père et une mère comme tous les autres enfants.

La parenté par adoption, à la suite d'une fiction juridique (l'adulte devient parent) est et restera toujours une exception, là où pour des raisons idéologiques - au nom de l'égalité des citoyens à devenir parents - on voudrait changer les normes sociales et définir la parenté par l'adoption volontaire des enfants.

Comment interprétez-vous le déni du corps, la suppression des gestes de la transmission de la vie ? Peuvent-ils ne pas retentir sur l'enfant ?

Le déni du corps et l'abolition des gestes intimes pour transmettre la vie sont des constructions réactionnelles liées à l'absence de désir pour des personnes de l'autre sexe. Une peur et une angoisse inspirent l'approche intime de cet autre qui confine à l'impuissance et à la culpabilité de ne pas y parvenir. D'où ce mépris du corps que l'on exhibe par ailleurs. Ce conflit psychique et identitaire non traité est aujourd'hui source d'idéologie.

Il s'agit d'une philosophie (le gender) anticorporelle et antisexuelle qui désincarne la sexualité et la filiation. Elle laisse croire à l'enfant, comme dans les contes de fées et dans la psychose, qu'il peut être conçu sans sexe. La filiation qui ne s'inscrit pas dans l'histoire du couple homme/femme est ainsi déshumanisée. Le rejet du sexuel dans la procréation et l'exaltation d'un désir asexué d'enfant renvoient à la problématique de la castration homosexuelle.

Les conséquences sur les enfants et sur la société se manifesteront sur le long terme. Des enfants du divorce présentent des troubles de la filiation et de continuité psychique. Des enfants adoptés souffrent de problèmes d'origine. À leur tour, les enfants issus du déni du corps et de l'altérité sexuelle ne pourront pas se représenter leur conception.

Ils seront marqués par une privation des images parentales de la maternité et de la paternité. Ils développeront des images confuses des adultes qui s'occupent d'eux. Ils auront du mal à s'inscrire dans un lien familial cohérent à travers la succession des générations. Ainsi amputés, nous verrons apparaître chez eux des troubles de l'origine, non pas seulement au sens parental, mais au sens de la genèse de l'acte qui unit un homme et une femme, des perturbations identitaires, une approche déréelle de leur propre corps et des psychopathologies de la relation aux réalités.

Le déni d'un invariant humain est toujours source de conflit délétère. La société actuelle joue avec les structures fondamentales de la filiation qui stabilisent le corps social. Ce sera source d'insécurité et de violences. D'ailleurs, nous l'observons déjà chez les plus jeunes dans l'aveuglement du monde des adultes et des décisions irresponsables des politiques. Car admettre pour des personnes de même sexe le "mariage" ou un "contrat d'union civile" célébré en mairie, c'est préparer le terrain à l'adoption. Une société qui crée deux systèmes de normes contradictoires en matière conjugale et familiale est suicidaire.

(1) Le règne de Narcisse - Les enjeux du déni de la différence sexuelle, par Tony Anatrella, Presses de la Renaissance.
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