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dérogation meurtrière et éthique procédurale par Pierre-Olivier Arduin (2008-03-13 19:34:03) Imprimer

Il est vrai que 2000 ans de christianisation capillaire et profonde de notre culture juridique, politique et morale ne s’effacent pas du jour au lendemain. De grands instruments juridiques internationaux comme la Convention européenne des droits de l’homme de 1950 pour ne citer que cet exemple en gardent la trace indélébile. Un autre aspect qui me semble important est que nos parlements et nos enceintes éthiques comme le CCNE fonctionnent selon le modèle de l’éthique de la discussion. Vous savez que c’est Jürgen Habermas, un philosophe allemand toujours vivant, qui a conceptualisé cette démarche pour nos sociétés pluralistes. Benoît XVI a mentionné son compatriote trois fois depuis qu’il a été élu, la dernière étant dans sa magistrale leçon de la Sapienza. C’est en effet un des grands penseurs actuels, très peu connu en France. Comment faire des choix en matière de bioéthique, se demande Habermas, alors que nos convictions sont divergentes ? En discutant ensemble afin de parvenir à dégager un consensus moral valable pour tous. J’ai montré dans un chapitre de mon livre que ce modèle procédural ne permet pas de sortir du relativisme et de l’utilitarisme contemporains malgré la bonne volonté de son auteur. L’éthique de la discussion veut produire la vérité alors qu’il s’agit avant tout de la recevoir. Cependant, le fait de convier à la table des discussions des personnalités catholiques – car tout le monde doit pouvoir participer au dialogue, nous dit Habermas –, permet d’atténuer les effets dramatiques de la culture de mort. On aboutit à une sorte de troisième voie où tout en rappelant le principe du droit à la vie qui se réfère à la loi morale naturelle, on y déroge de manière encadrée. C’est le modèle initial de la loi Veil ou de la loi bioéthique actuelle. Dans ce dernier exemple, le législateur inscrit dans le dispositif le principe d’interdiction de recherche sur l’embryon tout en ouvrant un régime dérogatoire concernant les embryons surnuméraires congelés depuis plus de cinq ans et dépourvus de projet parental. Le père Michel Schooyans parle de dérogation meurtrière pour qualifier cet exercice d’équilibriste aberrant. Bref, on transgresse l’impératif de protection inconditionnelle de la vie humaine tout en essayant d’en limiter les conséquences. Ce modèle n’est bien sûr pas satisfaisant intellectuellement ; en pratique, ce sont 220 000 avortements annuels et 130 000 embryons congelés, chiffres terrifiants. Ce qui montre bien que l’éthique de discussion ne peut enrayer l’emballement des effets de la culture de mort. Pour autant, il est vrai que cela pourrait être à chaque fois pire car le rédacteur de la loi ou de l’avis éthique est obligé de tenir compte a minima des positions conformes à la loi naturelle exprimée par tel ou tel… si au moins on lui en a donné l’occasion (voyez la nomination de xavier Lacroix au CCNE dont on espère qu’il pèsera dans les futurs débats). C’est pourquoi aujourd’hui beaucoup réclament la fin de ce modèle qu’ils jugent trop restrictif. Carine Camby, la directrice de l’Agence de biomédecine ou Axel Kahn, souhaitent que les autorisations de recherche sur l’embryon ne soient plus soumises à dérogation et que l’Agence de biomédecine acquière un pouvoir de décision dans les décisions bioéthiques pour court-circuiter le Parlement, jugé trop timide. C’est une confiscation de pouvoir bioéthique par les scientifiques qui s’annonce !
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