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La DSE et le droit par The wild rover (2008-01-02 17:56:26) Imprimer

Le juriste et philosophe du droit que je suis ne manque pas de s'interroger sur la conception du droit présente dans la doctrine sociale de l'Eglise.

La grande nouveauté de la DSE est d'abandonner le vocabulaire et les définitions des grandes notions politiques que nous avaient légués les grecs, les romains et la pensée médiévale. Il suffit d'une lecture des documents pontificaux et de la littérature abondante sur la question pour se rendre compte de l'absence ou la rareté de certaines notions essentielles dans la pensée de Saint Thomas, dont pourtant Léon XIII entreprit en sontemps la "réabilitation"!

Ainsi, la notion de bien commun comme bien immatériel, indivisible et constitué de la paix, de la justice et de la concorde n'est plus reprise. C'est dans la même optique qu'il faut semble-t-il apprécier la nouvelle doctrine du droit développée par les papes des la fin du XIXè siècle. Les textes ne font plus état que d'une justice qui est soit commutative, soit distributive sans préciser ce qu'elle doit distribuer ni comment. Exit une définition de la justice et du droit, et place à un vocabulaire des droits. Que reste-t-il de la définition de la justice comme volonté constante d'attribuer à chacun "le sien" et non pas son dû (jus suum unicuique tribuere), définition donnée par Aristote, reprise par Cicéron, par le Digeste et précisée par Léon XIII?

Pas de traces non plus du droit(jus) comme mesure des choses(res) entre deux personnes en relation d'altérité, comme rapport à autrui dans le cadre de la cité.

Au lieu de cela, des affirmations étonnantes résumées ainsi par M. Brun:

"Nous reviendrons plus longuement sur l’inégalité de la possession des biens. Notons déjà cependant que ces questions tournent autour de quatre droits :
1) le droit à entretenir et à développer la vie corporelle, intellectuelle et morale
2) le droit pour tous les citoyens à un degré de culture intellectuelle, morale et physique
3) le droit à l’usage des biens matériels (ce qui suppose l’accession à la propriété privée)
4) le principe de la destination universelle des biens de la Terre"

Drôles d'affirmations, absoluement inexistentes dans la pensée de l'Eglise avant le XIXè, et qui ressemblent curieusement aux catalogues des droits de l'homme des Déclarations modernes...

Pas étonnant non plus si l'on se réfère aux écrits du principal penseur de l'encyclique De Rerum novarum qui n'était autre que Taparelli D'Azeglio qui, dans son Essai théorique de droit naturel basé sur les faits développe une conception très wolffienne du droit naturel, Wolff étant un éminent représentant des théories modernes du droit naturel. On y apprend que le droit est une puissance morale de l'homme...de là à affirmer que l'homme à des droits inaliénables et sacrés, il n'y a qu'un pas qui sera vite effectué par la suite!
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