En refusant que les sacres deviennent une « ligne de démarcation » entre catholiques de tradition, Jean Madiran refusait de parler en termes dialectiques de camps mais voulait penser en termes de bien commun pour l’Eglise. Il affirmait au reste qu’il n’était pas plus ni moins « rallié » à Rome avant qu’après les sacres. On pourrait dire qu’il appliquait le « tradi-oecuménisme » cher à certains, aussi bien sur sa droite que sur sa gauche, mais en une attitude claire toujours fondée sur sa foi, sa charité et son esprit d’Eglise. Autant il fut dans « l’émerveillement » après le motu proprio du 07-07-07 – comme après certains textes de Jean-Paul II (Veritatis splendor) – autant, avec la prudence qui était la sienne, il commençait à s’inquiéter de certains faits et gestes du pape François, comme la béatification-canonisation de certains papes contemporains : « A quoi ai-je servi, si ce pape est béatifié », avait-il confié à Jeanne Smits. Elle-même rapporte qu’il avait dit de François : « C’est un pape pour les barbares ». C’est-à-dire qu’il a une expression qui ne peut toucher les gens que par le sentiment et non par l’intelligence, après des dizaines d’années d’incurie ecclésiale. Avec ce qui se passe aujourd’hui dans l’Eglise, nul doute qu’il aurait repris les armes de sa raison et de sa foi éclairés pour lutter contre les docteurs douteux ou distraits, prévaricateurs ou apostats. S’il admettait les désaccords, il ne supportait pas les abus de pouvoir cléricaux assénés sans motivation et avec malveillance contre les catholiques de tradition. D’où son exclamation révélatrice au moment du motu proprio de 2007 :
« Avec la bienveillance tout devient possible et vivable, même les désaccords. Avec la malveillance tout est contaminé, même les accords éventuels. » |