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à Simplicissimus par Maxence Caron (2010-03-22 20:05:15) Imprimer

L’Art de la Fugue est une musique suprêmement savante, certes, et au sens le plus noble du terme, mais cela n’exclut pas qu’elle soit également une musique religieuse. Tout en cette œuvre, la solennité de son sujet initial, l’évolution de son architecture d’ensemble, l’usage de la significative tonalité de ré mineur, l’agencement du dernier contrepoint inachevé et l’intervention en celui-ci du thème de fugue formé par Bach sur son propre nom (B-A-C-H : si bémol-la-do-si naturel), de nombreuses autres données dans le détail desquelles il est impossible d’entrer ici mais dont il est question dans l’ouvrage sur la Messe en si, indique que cet Art de la fugue est pour Bach un mime de l’Eternité trinitaire. L’inscription musicale du nom de B-A-C-H est herméneutiquement si riche qu’elle permet, malgré l’inachèvement de la partition, d’en connaître le sens, et ce sens est évidemment religieux (de toutes façons pour Bach, rien en musique, il le disait lui-même, ne doit être extérieur à l’expression du divin). La Trinité, dont les trois Personnes ont été exprimées par les différents regroupements de Contrepoints, descend jusqu’à l’individualité humaine de Jean-Sébastien soussigné Bach, afin, par cette incarnation, de lui ouvrir le Salut. L’Art de la fugue, et je renvoie à La pensée catholique de Bach, possède une signification puissante que j’explique en lien avec la Messe en si dont l’œuvre est contemporaine.
Il en va de même pour L’Offrande musicale ou les Variations Goldberg, qu’il m’est impossible d’analyser ici. Quant à la musique antérieure à celle de ce « dernier Bach » que vous évoquez, elle n’est pas moins savante, et il suffit de citer le Premier livre du Clavier bien tempéré (sa dernière fugue fait alterner les mélodieuses marches d’harmonie et les dissonances qui n’ont rien à envier à Schönberg), ou d’évoquer maintes œuvres pour orgue dont la complexité d’écriture est redoutable.

Ainsi mon intention n’est-elle pas de nier la pertinence de votre remarque, mais de nuancer les conséquences de son application trop systématique. Il n’y a pas de rupture dans le cheminement de Bach : sa pensée est l’unité imperturbée qui se reconquiert elle-même au cœur d’une vie bouleversée par de profondes souffrances, et la grâce l’infuse si qu’à cette reconquête individuelle se superpose l’auto-expression de la paix chrétienne au travers d’une vie entière. Le cœur catholique de Bach, alimenté par une foi fervente et une pensée solide aussi bien dans la rigueur rationnelle de ses fondements que dans son contenu, ce cœur catholique est la réalité de la personne de Bach qui l’exprimera pleinement à la fin de son existence créatrice lorsque aucune contrainte liturgique ne pèsera plus sur lui : alors, il n’écrira que bien peu de musique de forme religieuse sauf lorsqu’il s’agira de composer sa « Grande Messe Catholique », et il fera parler la langue de la transsubstantiation au sein de ce qu’on appelle par commodité sa « musique » savante, dont le déchiffrement symbolique nécessite un travail du même style que celui que j’ai désiré d’accomplir sur la Messe en si : non pas de la musicologie creusement historico-critique, mais un langage sur la musique qui soit à la fois une pensée de la musique, une théologie de la musique et une littérature de la musique.
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