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à Castille par Maxence Caron (2010-03-22 20:00:01) Imprimer

Chère Madame, que de diverses questions…

- Il existe, comme vous le savez sûrement, de la musique descriptive ou de la musique à programme. Cela pour la musique purement instrumentale, car la musique vocale, c’est-à-dire la musique religieuse, le lied et l’opéra, veut dire par l’émotion sise dans la mélodie ce dont il est question dans les paroles chantées, et construit par la structure harmonique tout une ambiance allant même jusqu’à suggérer, comme chez Wagner, par l’usage du leitmotiv et sa fugitive apparition en décalage par rapport à la thématique du texte, l’inconscient des protagonistes. Pour nous en tenir à la musique purement instrumentale, car je crois que c’est le sens de votre première question, il y a bien entendu de très grandes œuvres descriptives, comme la Symphonie pastorale de Beethoven, ou la Troisième Symphonie de Mahler qui décrit en six mouvements chacun des règnes de la Création avant de parvenir à la longue et lente contemplation du Créateur : les minéraux, les végétaux, les animaux, les hommes, les anges, et enfin Dieu. La musique de Beethoven en général était définie par son auteur comme description de ses émotions et de ses pensées. Ainsi, prenez une pièce aussi célèbre que la Sonate dite « au clair de lune », et vous verrez très clairement comment le premier mouvement, Adagio sostenuto, dit la douloureuse profondeur de l’amour que Beethoven voue à Juliette Guicciardi, tout ce qu’il est prêt à donner à cette femme, et la méditation mélancolique naissant de la conscience que notre cœur ne nous appartient plus mais est entre les mains d’une personne dont nous imaginons que notre bonheur dépend. Le deuxième mouvement, léger, bref et futile, est la réponse de Juliette qui n’a rien compris de ce que lui disait Ludwig dans le premier mouvement. Et, au terme de ce deuxième mouvement, explose en un sublime trait la rageuse colère de l’artiste voyant combien l’on se moque de l’authentique sincérité et de la dimension difficilement égalable de ses sentiments. Les exemples peuvent être multipliés chez Beethoven. Vous pouvez entendre cette sonate, ainsi qu’une autre sonate descriptive de Beethoven, appelée « Pastorale » comme sa Symphonie, en cette internautique place :
Vous avez également chez Brahms, dans une optique théologique, sa Troisième Symphonie qui est une peinture de la Trinité créatrice et dont je restitue le sens dans mon recueil Pages (éd. Séguier). Un dernier exemple : le deuxième mouvement de la Huitième Symphonie de Beethoven décrit le comportement monomane du métronome qui venait d’être inventé…

- Je ne crois pas du tout d’une part que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets, d’autre part qu’en ce qui touche à la sensibilité les mêmes images soient provoquées par les mêmes sonorités ou les mêmes phrases musicales. Comment pouvez-vous imaginer une sensibilité équivalente chez chacun quand au sein d’une même personne les mêmes émotions ne seront pas suscitées par l’écoute d’un même morceau à deux moments différents ? Votre question reflète une anxiété, celle de ne pouvoir maîtriser le mystère musical, et pour cela de le vouloir donner des normes théoriques de compréhension. Si la chose est possible, ce n’est certes pas par ce biais normatif.

- Je ne vois poindre en matière d’art, chère Madame, aucun retour à quoi que ce soit.

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